Ne le lisez pas trop fort, ça risquerait de s’ébruiter : en catimini, en février 2011, le ministère de la Santé a décidé de multiplier par 5 la concentration maximale autorisée pour les pesticides dans l’eau du robinet.
Désormais à consommer avec modération…
C’est l’association Générations Futures, ONG spécialisée dans la question des pesticides, qui a levé le lièvre le 7 février 2012, dans une indifférence médiatique totale.
Depuis 1998, un avis du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (CSHPF) tenait lieu de réglementation.
Dans une transposition quelque peu olé-olé de la directive européenne 98/83, le CSHPF avait en effet décidé que l’eau ne devait « pas être utilisée, ni pour la boisson, ni pour la préparation des aliments » si un pesticide s’y trouvait à une quantité supérieure à 20% d’une valeur répondant au doux nom de « valeur sanitaire maximale » (VMax, définie par divers organismes : OMS, EFSA, AFSSA…). Une interprétation qui dépassait déjà largement les normes européennes.
Les pesticides, c’est bon… buvez-en !
La « nouveauté », c’est qu’en février 2011, une instruction de la Direction Générale de la Santé (DGS, dépendant du ministère de la Santé), passée totalement inaperçue jusque là, a tout chamboulé. Sans tambour ni trompette, le ministère s’est donc jeté à l’eau et a décidé de porter les « seuils de potabilité » à 100% de la VMax. Soit une multiplication par 5 des seuils en vigueur !
« Autrement dit : on va tolérer dans de très nombreuses localités des quantités de pesticides dans l’eau 5 fois plus importantes qu’avant décembre 2010 ! » déclare François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. « Ainsi pour un pesticide comme le folpet, pourtant classé cancérigène probable aux Etats-Unis, on va maintenant tolérer jusqu’à 300 μg/l pendant plus d’un mois alors qu’auparavant on ne pouvait dépasser les 60 μg/l pendant la même durée ! » fulmine-t-il.
Le ministère de la Santé en eaux troubles…
Autre conséquence de cette nouvelle mesure sanitaire : la baisse artificielle du nombre de personnes concernées par une présence excessive de pesticides nécessitant une restriction d’utilisation de l’eau. On est ainsi passé de 34 300 personnes touchées par ces restrictions en 2009 à une estimation de 8 939, selon les chiffres du ministère ! De la belle ouvrage…
« Cette amélioration en trompe l’oeil n’est due qu’à une manipulation des valeurs de pesticides acceptées dans l’eau et pas à une véritable amélioration de la situation » proteste François Veillerette qui voit là « la preuve que les autorités publiques ont renoncé à améliorer la situation en changeant les pratiques agricoles en profondeur, mais préfèrent changer les graduations du thermomètre que de faire vraiment baisser la fièvre !« …
Et bientôt, au fil de l’eau, il suffira d’arroser son jardin pour le désherber ? On n’arrête pas le progrès…
POST-SCRIPTUM
La décision, datée du 9 décembre 2010, n’a été publiée au Bulletin Officiel que le 15 février 2011
Sources: carevox.fr, lesmotsontunsens.com, Direction Générale de la Santé, Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France
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10 août 2014 at 18 h 40 min
Très bien cette campagne pour conduire les gens à ne plus utiliser de pesticides.
En revanche, le Français moyen est celui qui consomme le plus de vin par an (60 litres environ) ; s’il boit du vin non bio, il absorbe alors plus de 5800 fois de pesticides par rapport à ce qui est autorisé dans l’eau de distribution !
Le Français moyen ingère donc directement une quantité impressionnante de pesticides et il serait bon de l’enjoindre à ne consommer que peu de vin non bio !
Détails sur : http://www.retrouversonnord.be/alimentsante.htm#Pesticides
Et n’est pas mieux dans nos assiettes : « 365 pesticides […] 3,5% des fruits et légumes européens dépassent le seuil maximal autorisé. Ils battent toujours des niveaux records. Les résidus de 365 pesticides différents ont été identifiés dans les fruits et légumes consommés en Europe par une étude de l’agence européenne pour la sécurité alimentaire (Efsa) publiée ce lundi 12 juillet. D’après cette étude, effectuée selon les nouvelles normes entrées en vigueur mi-2008 (qui ont le plus souvent élevé le seuil d’acceptabilité), 3,5% des échantillons présentaient des traces de pesticides dépassant les limites maximales autorisées ». (Source Vif l’Express du 14/10/2010)