C’est l’une des choses que 38 ans de travail autour des troubles anxieux m’ont apprises.

Et probablement l’une des plus importantes.

Parce que beaucoup de personnes anxieuses ne manquent pas d’explications.

Au contraire.

Elles ont lu.

Elles ont cherché.

Elles ont analysé.

Elles connaissent leurs déclencheurs.

Elles savent parfois exactement d’où viennent certaines de leurs peurs.

Certaines pourraient presque vous faire un cours sur leur propre anxiété.

Et pourtant…

Le cœur s’emballe toujours.

La peur revient.

Les scénarios catastrophes recommencent.

Les évitements prennent de plus en plus de place.

Et une question finit souvent par devenir obsédante :

« Pourquoi mon corps continue-t-il à réagir alors que je SAIS qu’il n’y a pas de danger ? »

C’est précisément là que quelque chose me semble essentiel.

Savoir que vous êtes en sécurité ne signifie pas forcément que votre système se sent en sécurité !

Et cette différence change beaucoup de choses.

Avec les années, j’ai progressivement cessé de regarder l’anxiété comme le problème central.

Je regarde davantage ce qu’il y a derrière.

Un système qui a appris à rester en alerte.

Un corps qui surveille en permanence.

Un cerveau qui cherche le prochain danger.

Des sensations qui deviennent inquiétantes.

Des automatismes qui se déclenchent parfois avant même que vous ayez eu le temps de réfléchir.

Alors vous pouvez vous répéter :

« Tout va bien. »

« Je ne risque rien. »

« Ce n’est qu’une crise d’angoisse. »

« Ça va passer. »

Votre tête peut parfaitement le comprendre…

pendant que votre corps continue à sonner l’alarme.

Et c’est là que beaucoup de personnes finissent par se sentir piégées.

Parce qu’elles ont compris.

Parce qu’elles ont essayé.

Parce qu’elles font parfois tout « comme il faut ».

Mais quelque chose continue à réagir malgré elles.

Après 38 ans d’expérience professionnelle, à mon premier cabinet parisien en 1988, puis à Toulouse depuis 2005, je crois que c’est l’une des distinctions les plus importantes que j’ai apprises :

Comprendre son anxiété est précieux.

Mais comprendre n’est pas toujours désapprendre l’alarme.

On ne sort pas durablement du mode survie uniquement en devenant meilleur pour supporter la peur.

Il faut aussi travailler sur ce qui fait que le système croit encore nécessaire de vous protéger.

Et quand cela commence à changer, le véritable progrès ne se mesure pas seulement à une note d’anxiété.

Il se voit dans la vie.

Vous reprenez la voiture que vous évitiez.

Vous acceptez ce voyage que vous auriez refusé.

Vous sortez sans vérifier vingt fois comment rentrer rapidement.

Vous prenez une décision sans imaginer tous les scénarios possibles.

Votre cœur accélère… et vous ne paniquez plus immédiatement.

Vous recommencez, peu à peu, à faire confiance à votre corps.

Vous recommencez surtout à prendre vos décisions en fonction de ce que vous voulez vivre… et non de ce que votre peur vous autorise à faire.

C’est cela qui a profondément changé ma manière de travailler.

Je cherche de moins en moins à combattre l’anxiété.

Je cherche davantage à comprendre une autre chose :

Pourquoi ce système croit-il encore qu’il doit vous protéger… alors que le danger n’est plus là ?

Parce qu’entre apprendre à vivre avec une alarme qui sonne sans cesse…

et permettre progressivement à cette alarme de ne plus se déclencher pour tout…

il y a une différence immense.

N.B. : Bon, là dans la photo en 2004 je crois, je n’étais pas à mon cabinet… 😁


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