Pour rebondir, plus précisément, sur mon dernier témoignage d’hier :
« Pourquoi cet endroit lui faisait-il si peur ? »
Une cliente est récemment retournée courir au Bois de Boulogne.
Pendant des mois, elle avait évité cet endroit.
Pas parce qu’elle n’aimait plus courir.
Pas parce qu’il était objectivement dangereux.
Mais parce qu’elle était convaincue qu’elle risquait d’y refaire une crise de panique.
Pourtant, ce que beaucoup ignorent, c’est que dans les troubles anxieux, ce n’est généralement pas l’endroit qui provoque la panique.
L’endroit devient simplement un déclencheur.
Dans son cas, tout avait commencé lors d’un jogging habituel, au printemps dernier. Elle s’était retrouvée entourée par un groupe d’hommes qui s’étaient moqués d’elle. Elle avait ressenti une montée d’angoisse extrêmement intense. Son cerveau avait alors enregistré une association :
« Ici = danger. » Même si, objectivement, rien de grave ne lui était arrivé.
C’est ainsi que fonctionne souvent le cerveau anxieux.
Une expérience marquante. Une émotion intense. Puis une conclusion automatique.
Et à partir de là, chaque retour dans cet environnement réactive l’alarme.
Mais le plus intéressant est ailleurs.
Avec le temps, elle ne craignait plus réellement le Bois de Boulogne (à Paris 16ᵉ).
Elle craignait ce qu’elle pensait ressentir là-bas.
Elle craignait :
« Et si je panique ? »
« Et si je perds le contrôle ? »
« Et si personne ne peut m’aider ? »
« Et si je n’arrive pas à gérer ? »
L’endroit n’était plus le problème.
Les sensations devenaient le problème.
Puis une autre croyance s’est installée :
« J’ai déjà eu peur ici une fois. »
« Donc ça va probablement recommencer. »
« Et si ça recommence, je ne pourrai pas le gérer. »
Voilà le véritable piège.
La croyance centrale n’était pas :
« Cet endroit est dangereux. »
La croyance centrale était :
« Je ne suis pas capable de gérer ce qui pourrait m’arriver. »
C’est exactement là que nous avons travaillé en TCC.
Pas pour lui prouver que le monde était sécuritaire.
Pas pour lui garantir qu’elle ne ressentirait plus jamais d’anxiété.
Mais pour lui permettre de découvrir quelque chose de beaucoup plus puissant :
« Même si l’anxiété apparaît, je suis capable de la traverser. »
Et lorsqu’elle est retournée courir, elle n’a pas prouvé que son parcours habituel du Bois de Boulogne était sécuritaire.
Elle a prouvé qu’elle pouvait compter sur elle-même.
Le jour où elle est retournée courir, elle n’a pas vaincu son sentier le long du lac.
Elle a cessé de croire qu’elle était incapable de gérer ce qu’elle ressentait.
Et c’est souvent à cet endroit précis que la sécurité intérieure commence à revenir. Quand une personne n’a plus besoin que le monde soit parfaitement sécuritaire pour se sentir en sécurité.
Parce qu’elle redécouvre qu’elle peut faire face à ce qui se passe en elle.
C’est le combat silencieux que vivent de nombreuses femmes en hypervigilance.
Et c’est aussi le chemin qui permet d’en sortir.
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