Sanofi envisage de réduire ses effectifs d’environ 900 postes en France, à l’horizon 2015.

« Essentiellement au travers de mesures de volontariat », a précisé le groupe dans un communiqué publié mardi 25 septembre au matin. Le chiffre est inférieur aux 1 200 à 2 500 postes qui avaient été précédemment évoqués.

L’information n’aura pas été donnée directement aux élus à l’occasion des cinq Comités centraux d’entreprises (CCE) prévus au même moment. Et pour cause. Aucun représentant syndical n’était présent, refusant la tenue de ces réunions au cours desquelles devaient leur être remis les documents préalables aux tenues des CCE « d’information et de consultation ».

Les syndicats, appuyés, disent-ils, par l’inspection du travail, jugeaient en effet cette procédure non conforme, car elle pouvait permettre que les documents ainsi « remis sur table » soient diffusés à l’extérieur avant toute discussion.

La direction du groupe pharmaceutique semble donc s’être rangée à la demande syndicale. Elle communiquera « dans les prochains jours » le projet de réorganisation de ses activités, avant d’engager une procédure d’information courant octobre.

Le site de recherche de Toulouse serait particulièrement visé. La direction de Sanofi, comme elle l’avait déjà précisé en juillet, réfléchit à sa « vocation » qui, dit-elle, « reste à préciser ».

SOMMES ENGLOUTIES

Sur place, le possible départ de centaines de salariés, regroupés sur le site de l’ancienne route d’Espagne, sur l’ex site d’AZF, porterait un rude coup au nouveau campus dédié à la lutte contre le cancer prévu pour la remplacer.

Depuis 2001, Sanofi est présenté comme l’un des deux « piliers » de la reconstruction de la zone industrielle chimique du sud de la ville. Philippe Douste-Blazy, qui venait d’être élu maire (UMP) de Toulouse quand la catastrophe s’est produite, promet de reconvertir les 220 hectares du site en « Canceropole ».

L’ancien ministre de la santé a su jouer de son influence pour forcer la main au PDG de Sanofi, annonçant unilatéralement que le laboratoire pharmaceutique français regrouperait ses chercheurs à Toulouse pour lutter contre le cancer, décrété « grande cause nationale » par Jacques Chirac.

« Vous me l’apprenez. J’ignorais qu’un élu dirigeait l’entreprise », ironisera Jean-François Dehecq, interrogé lors de la visite d’une usine du groupe à Colomiers en 2002.

Le patron historique du laboratoire, créé dans les années 1970 dans le giron d’Elf Aquitaine, était bien présent en novembre 2004 aux côtés de M.Douste-Blazy, revenu au gouvernement, pour inaugurer un nouveau bâtiment sur l’ancienne route d’Espagne. Il avait alors annoncé publiquement que le site devrait « employer 900 personnes à l’horizon 2010 ».

Rebaptisé « oncopole » par Pierre Cohen (PS), qui a succédé à M.Douste-Blazy à la mairie de Toulouse et à la tête de l’agglomération, ce projet symbolique et ambitieux marque le pas.

La future clinique universitaire du cancer sort de terre, avec deux ans de retard sur le calendrier initial.

Les sommes englouties dépassent le milliard d’euros, mais la contribution de Sanofi se limite à quelques dizaines de millions seulement.

Contrairement à Pierre Fabre, qui a misé sur la recherche en oncologie en concentrant la plupart de ses chercheurs dans des bâtiments futuristes sur la route d’Espagne, le groupe pharmaceutique s’est contenté d’inaugurer deux bâtiments discrets en retrait sur son site, qu’il occupe depuis 1965. Sans rapport direct avec le cancer.

Sanofi a simplement regroupé à Toulouse les salariés d’un autre site de recherche de l’agglomération situé à Labège.

« COLS BLANCS »

Le canceropole, simple opération immobilière locale pour Sanofi ?

Avant même l’été 2012, le nouveau géant européen du médicament a lancé une cure d’amaigrissement de sa masse salariale dans la recherche. Une centaine de salariés a quitté la route d’Espagne en 2010.

L’usine de Colomiers, qui fabrique des suppositoires et salariait 200 personnes, a été externalisée en 2009. Contrairement à Montpellier, Sanofi n’emploie plus que des « cols blancs » à Toulouse, mais n’a plus de site de production.

Un handicap ? Pierre Cohen ne veut pas croire que le concept de campus des biotechnologies hérité de son prédécesseur souffre du désengagement de Sanofi. Il reproche au laboratoire de ne jamais s’être réellement investi dans la recherche contre le cancer à Toulouse.

L’investissement le plus significatif concerne la « chimiothèque » du groupe : 30 millions d’euros pour moderniser cette banque de molécules, désormais entièrement robotisée. Sanofi ne s’est engagé localement dans l’oncologie que par un premier accord avec l’Inserm et le centre spécialisé Claudius Régaud, qui doit emménager en 2014 dans la future clinique universitaire du cancer.

Signé en catimini le 29 mars, l’accord ne concerne qu’une dizaine de chercheurs de Sanofi.

« Ce mal [le désengagement de Sanofi] peut devenir un bien s’il nous amène à être proactif », estime Gilles Favre, directeur des affaires scientifiques de l’Institut Claudius Regaud. « C’est une perte importante, mais qui ne menace pas notre survie », ajoute-t-il.

Références: Annie Kahn, Stéphane Thépot, lemonde.fr


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