« Antidouleurs : l’Amérique dévastée » : un scandale sanitaire hors du commun

Ce soir, « Envoyé spécial » revient sur l’addiction aux opioïdes qui a causé la mort de près de 300 000 personnes en vingt ans aux Etats-Unis, dont 72 000 pour la seule année 2017.

C’est une enquête menée à travers les Etats-Unis et qui fait froid dans le dos.

Elle concerne des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

Il y est question de douleurs physiques intolérables, de pilules prétendument magiques, d’accoutumance mortelle, de décès en masse et d’un scandale sanitaire hors du commun.

Des victimes issues de tous les milieux sociaux, n’ayant pas le profil habituel des toxicomanes mais qui, pour faire passer des douleurs diverses (arthrose, sciatique, douleurs abdominales…), se sont accoutumées à des médicaments antidouleur qui se sont révélés particulièrement dangereux.

Dans ce documentaire diffusé dans le cadre de l’émission « Envoyé spécial », plusieurs extraits font frémir : on y voit une mère de famille s’écroulant subitement au supermarché sous les yeux de son enfant. Ou un quadragénaire plongeant dans le coma au volant de son véhicule. Sans parler de la petite Emma, née quinze jours plus tôt dans une clinique du Tennessee et qui, sans ses huit doses de morphine par jour, succomberait de douleur. Le bébé souffre du syndrome d’abstinence néonatal, il est chimiquement accro aux antidouleur.

La raison ? Sa mère prenait en masse des antalgiques dérivés de l’opium et a contaminé sa fille. D’autres images montrent des policiers munis d’un spray nasal spécial (Narcan) – antidote efficace aux opioïdes – sauvant des vies in extremis.

En première ligne sur la liste noire : l’OxyContin, médicament antidouleur à base d’opium – deux fois plus puissant que la morphine – fabriqué par l’influent laboratoire Purdue. Lancé en 1996 à grand renfort de publicité, l’OxyContin a rapidement envahi les pharmacies des particuliers. A l’époque, des médecins payés par Purdue assuraient, face caméra, que les opioïdes étaient non seulement très efficaces, mais surtout sans danger.

Le succès commercial est gigantesque.

Vingt ans plus tard, la plupart des anciens patients modèles choisis par Purdue pour incarner les vertus du médicament sont morts. Les auteurs du documentaire ont retrouvé, en Caroline du Nord, une survivante. En 1996, une sciatique la faisait souffrir. A force d’ingurgiter des doses de plus en plus importantes d’OxyContin, les douleurs s’estompent. Pour un temps, puisqu’il faut toujours augmenter les doses. Le cercle vicieux est sans fin.

Depuis plus de quinze ans, Purdue est dans le viseur des autorités. En décembre 2001, des sénateurs, inquiets des pratiques du laboratoire, avaient auditionné un responsable de l’entreprise. En 2007, trois cadres de Purdue ont plaidé coupable devant la justice, qui a infligé une amende de 600 millions de dollars au laboratoire.

La fin du cauchemar ? Pas du tout. Le lobby pharmaceutique américain continue sa campagne en faveur des opioïdes.

Face caméra, une ancienne visiteuse médicale de Purdue, recrutée en 2008, raconte l’efficacité de ses visites aux médecins de famille. « Vos patients ont des douleurs ? J’ai le médicament qu’il vous faut pour les soulager… » Ses primes, conséquentes, augmentaient selon les dosages prescrits par les médecins.

Avec la multiplication des morts par overdose, la très discrète et richissime famille Sackler, propriétaire de Purdue, risque cette fois de sérieux ennuis. Une centaine de villes et près de trois cents avocats ont engagé des centaines de procédures contre ses méthodes.

« Antidouleurs : l’Amérique dévastée », de Pierre Monégier, Brice Baubit et Emmanuel Lejeune (France, 2019, 55 min). Francetvinfo.fr/france-2/envoye-special

 

Source: lemonde.fr

Le résultat d’une étude réalisée par des chercheurs du Centre hospitalier universitaire de la Charité (Berlin) et de l’Université technique de Darmstadt (Hesse) démontre que les thérapies non-médicamenteuses sont tout aussi efficaces pour le traitement des douleurs chroniques que la prescription d’analgésiques.

Les pathologies rassemblées sous l’appellation « douleurs chroniques » rassemblent les douleurs rhumatismales telles que l’arthrite et les douleurs dorsales, mais aussi certaines maladies du système nerveux.

Actuellement, les traitements de première intention sont à base d’analgésiques puissants contenant généralement des opioïdes. Un des principaux reproches à leurs encontre porte sur les effets secondaires, qui entrainent la détérioration de certains organes, notamment les reins et le tractus gastro-intestinal.

Parallèlement à cela, on constate que les traitements à base de physiothérapie et de consultations psychologiques prennent de plus en plus d’importance.

Les chercheurs ont étudié différentes sources de données concernant les traitements médicamenteux et non-médicamenteux. Ces données provenaient de patients ayant subi une affection de longue durée en rapport avec des douleurs chroniques. Dans le cadre de leur méta-analyse, les chercheurs ont utilisé un total de 3 647 études, rassemblant près de 11.000 patients. L’objectif était de créer un aperçu des effets à long terme des différents types de traitement de la douleur chronique.

Les conclusions sont étonnantes, d’après Christoph Stein.

Ce responsable du département d’anesthésiologie et de soins intensifs, sur le campus Benjamin Franklin de la Charité, déclare ainsi que « sur le long terme, les effets thérapeutiques des analgésiques sont cliniquement insignifiants en comparaison à un placebo ».

Il ajoute « qu’au cours d’une utilisation prolongée, les analgésiques puissants ont le même effet que la physiothérapie ou des consultations psychologiques« .

 

Sources : « Was hilft bei chronischen Schmerzen? » – Communiqué de presse de la Charité – 04/04/2013 – http://redirectix.bulletins-electroniques.com/RWijh, BE Allemagne numéro 654 (9/04/2014) – Ambassade de France en Allemagne, bulletins-electroniques.com/actualites/75630.htm

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