Vendredi dernier, la ministre de la Famille a créé la surprise et l’émotion en avouant à la France entière et à son gouvernement qu’elle se battait contre un cancer depuis plusieurs mois.

Alors que cette maladie aux multiples facettes concernera 1 homme sur 2 et une femme sur 3 au cours de sa vie en France, il n’en reste pas moins tabou.

Et Dominique Bertinotti n’est pas la première personnalité politique à avoir préféré cacher son état.

Alors qu’elle faisait front derrière Christiane Taubira lors du fameux débat sur la loi pour le mariage pour tous qui dura 162h, Dominique Bertinotti, ministre déléguée chargée de la famille, souffrait d’un cancer du sein. Et ça, personne ne le savait. Ni sa ministre de tutelle, Marisol Touraine, ni le Premier ministre. Seul le Président de la République avait été informé en mars, alors qu’elle venait de subir sa première séance de chimiothérapie.

Pendant 10 mois, elle a suivi, dans le plus grand secret, son traitement, mais n’a jamais cessé de travailler.

« Je n’avais rien, aucun signe. Et puis à un moment, sans transition, vous devenez un malade. Vous entrez bien portante, vous ressortez dans un autre monde. Ça vous tombe dessus et ça ne s’arrête plus, les examens, l’IRM, les sueurs froides, les résultats qui font peur. Vous prenez tout sur la tête, » confie-t-elle dans un entretien exclusif au Monde.

« Serais-je restée silencieuse si je n’avais pas été une femme politique ? Je ne sais pas. Personne ne peut dire comment on va entrer dans la maladie. Instinctivement, je ne voulais pas mettre le cancer au centre. Je voulais bien être une ministre malade, pas une malade ministre. C’est un tel ébranlement de vous-même… Je ne me sentais pas assez forte pour gérer en plus le regard des autres. »

courage de Dominique BertinottiD’où la peur, dès sa première intervention après les traitements qui ont causé la chute de ses cheveux. « On vous a répété que la perruque était très bien faite mais vous êtes sûre qu’elle va tomber », se souvient-elle.

Finalement, malgré quelques inquiétudes de la part des politiques les plus proches, personne ne se sera douter de son état, jusqu’à aujourd’hui.

Désormais déclarée guérie, elle prend la parole, non pas pour enlever un poids sur sa conscience ou être transparente, mais « pour aider à faire évoluer le regard de la société sur cette maladie dont le nom est terriblement anxiogène, dit-elle. Pour montrer qu’on peut avoir un cancer et continuer une vie au travail. Pour que les employeurs comprennent que la mise en congé longue maladie n’est pas forcément la meilleure des solutions. Pour qu’il y ait moins de peur, plus de compréhension. »

La maladie ne rend pas incapable, Dominique Bertinotti l’a bien prouvé, avec force et courage. Et elle n’est pas la seule.

Mitterrand, Pompidou… Ceux qui ont aussi préféré se taire…

Avouer une maladie, en politique, n’est visiblement pas chose facile.

Si on se souvient du retour, sous un tonnerre d’applaudissements unanimes, du député PS Patrick Roy, alors atteint d’un cancer du pancréas, ou bien même de Jean-Luc Romero, conseiller régional PS d’Ile-de-France, qui avait révélé sa séropositivité en 2002, d’autres membres du gouvernement avaient préféré se taire, jusqu’au bout.

Ce fut notamment le cas de François Mitterrand, qui parvint à cacher son cancer de la prostate pendant 11 ans, ​à grand renfort de subterfuges. Il demandait notamment à son médecin de falsifier ses bulletins de santé rendus publics.

Et cette pratique de transparence avait elle-même été instaurée après le silence du Président Georges Pompidou, atteint de 1969 à 1974 de la maladie de Waldenström, une forme rare de leucémie, qui lui fut fatale deux ans avant la fin de son mandat. Prétextant des grippes et des rechutes, il cache son état jusqu’au bout. Il faudra attendre les confessions de sa veuve, en 1982 afin de nommer sa maladie.

Est-ce par simple pudeur qu’ils ont préféré garder pour eux leur état de santé ?

Ou est-ce, comme Dominique Bertinotti, le regard des autres, de toute la France dans leur cas, qui a motivé leur décision ?

Pourquoi, en France, ce type de « coming out » est-il si peu fréquent ?

« Le seul fait que tout le monde s’en émeuve prouve que le tabou est encore là, explique la sociologue Marie Menoret dans Le Parisien. Les lignes bougent très lentement. Avant, le dire ou pas était l’affaire du médecin. Maintenant, c’est l’affaire du malade… Mais il est encore très seul face à une société qui a la trouille. Même si une personne sur deux guérit du cancer, les gens entendent une personne sur deux en meurt. »

Sources: leparisien.fr, aufeminin.com/news-societe