Ce que «l’affaire des suicides» de France Télécom a changé dans les entreprises…

Le procès de France Télécom-Orange et de son ancien patron, Didier Lombard, s’ouvre ce lundi.

En dix ans, «l’affaire des suicides» a fait évoluer certaines pratiques en matière de management et de ressources humaines.

Les syndicats et associations de victimes veulent faire du procès des suicides de France Télécom, qui s’ouvre lundi prochain, le procès d’«un système de harcèlement institutionnel d’une rare violence», celui «de toute une organisation du travail».

Le mode de management de l’opérateur aurait poussé dix-neuf personnes au suicide entre 2007 et 2010 et douze autres auraient tenté de le faire. Dans un contexte d’ouverture à la concurrence, de désengagement de l’État et de virage numérique, l’entreprise est à l’époque engagée dans un vaste plan de réorganisation mis en place par la direction qui veut supprimer 22.000 emplois entre 2006 et 2008 et procéder à 10.000 changements de métier.

Une restructuration jugée «indispensable à la survie de l’entreprise» selon l’ancien patron de l’opérateur, Didier Lombard, jugé pour harcèlement moral ou complicité de harcèlement moral avec six autres dirigeants et la société, en tant que personne morale.

Alors que les représentants du personnel, les organisations syndicales et les médecins du travail dénonçaient le malaise humain provoqué par ce plan chez les salariés, l’inspection du travail finira par dénoncer la «brutalité» des méthodes managériales qui «ont eu pour effet de porter atteinte à la santé physique et mentale» des salariés.

Particulièrement médiatisée, cette affaire a ému la France.

Mais a-t-elle eu un impact sur les méthodes de management et de gestion des ressources humaines au sein des grandes entreprises ?

«On peut dire que l’affaire France Télécom est la goutte d’eau qui a déclenché toute une activité autour de la prévention du stress en entreprise», explique Julien Pelletier, responsable animation scientifique à l’Anact, l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail. Car à l’époque, rappelle-t-il, le cas d’Orange (ex-France Télécom) n’est pas isolé. «À partir des années 2000 on commence à voir, dans maintes entreprises, des risques psychosociaux liés au stress, avec des suicides».

Selon ce spécialiste des conditions de travail, ces drames trouvent racine dans :

  • une accélération des restructurations
  • et de réorganisations au sein de grandes entreprises depuis les années 80-90.

Une période où l’on bascule d’un monde du travail industriel à un nouveau, dominé par les services, «avec des métiers davantage tournés vers le relationnel, la communication, où l’émotionnel prend plus de place dans le travail qui en même temps s’intensifie», précise l’expert.

Sources: lefigaro.fr, divers

En septembre 2009, Rémy L., l’employé de France Télécom Orange qui s’est immolé mardi par le feu, lançait une «lettre ouverte» à son «employeur» et à l’Etat.

Dans ce document transmis sur Frenchleaks, Rémy L. dénonçait en termes crus sa «mise à la poubelle». Il tirait la sonnette d’alarme sur la situation de certains collègues, et analysait les ratés du groupe.

Mediapart publie ce jeudi la lettre de Rémy L., l’employé de France Télécom-Orange de 57 ans qui s’est immolé mardi devant l’agence de Mérignac, en Gironde. Le document a été adressé à la direction pendant la série de suicides de plusieurs salariés du groupe, en septembre 2009.

« Lâcheté, indigence, manque de responsabilité managériale », conclut-il après avoir décrit un climat social délétère et des conditions de travail pesantes. « Continuons tous, employeur, Etat actionnaire et décideur, syndicats, salariés, à ignorer les vraies causes profondes: dans dix ans on sera encore à traiter de ce même sujet… enfin non… une certaine catégorie du personnel aura disparu par départ en retraite ou par suicide: et le problème sera réglé, enfin! », écrit-il, estimant que « cette situation est endémique du fait que rien n’est fait pour y faire face: le suicide reste comme étant LA SOLUTION! »

Toujours selon Mediapart, cette lettre devrait constituer un nouvel élément de l’enquête du CHSCT de France Télécom qui pourrait être lancée ce jeudi.

La lettre/source ici : http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/immolation-la-lettre-de-desespoir-du-salarie-a-france-telecom-en-2009_254345.html?xtor=EPR-237

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