Didier Jambart, atteint de la maladie de Parkinson, aurait développé une addiction au sexe et au jeu provoquée par son traitement…

Le médicament Requip a-t-il brisé la vie d’un homme ? Le Tribunal de grande instance de Nantes doit rendre sa décision ce jeudi pour déterminer si le laboratoire GSK connaissait ou non les effets secondaires du médicament Requip, entre 2003 et 2005.

Un homme, Didier Jambart, 51 ans, réclame réparation pour l’addiction au sexe et au jeu provoquée, selon lui, par le Requip, un médicament du laboratoire GlaxoSmithKline qu’il prenait pour soigner sa maladie de Parkinson.

« J’avais une pêche d’enfer, j’étais comme dopé

C’était comme un Kärcher dans la tête, je n’étais plus maître de rien », a indiqué cet ancien cadre habilité secret-défense aux chantiers d’armement DCNS. Soigné pour la maladie de Parkison, cet homme « sans histoires », marié et père de deux enfants, avait vu son comportement changer radicalement après l’administration en 2003 de cette préparation destinée à stimuler la production de dopamine.

« Les 4-5 premiers mois, j’avais une pêche d’enfer, je me levais à 4h du matin pour courir 10, 25 kilomètres, j’étais comme dopé. Mais après, c’est allé plus que trop loin », a-t-il confié.

L’enfer prend d’abord la tournure d’un besoin compulsif de jouer qui l’amène à dilapider les économies familiales et à voler les coordonnées bancaires de collègues et de proches, ce qui lui vaut un déclassement professionnel. Puis se développe, en plus, une hypersexualité tout aussi compulsive qui le conduit à s’exhiber sur Internet, à se travestir et à se faire violer.

« Ma vie a été brisée, ma famille et moi sommes devenus des pestiférés », a ajouté Didier Jambart, qui affirme avoir commis huit tentatives de suicide, et a été décrit par l’un de ses avocats comme « normal au plan de la morale, de la légalité et de son intégration à la société » avant les faits.

Un nouveau scandale sanitaire?

Les troubles ont cessé après l’arrêt du traitement en 2005, non sans avoir provoqué un « traumatisme psychologique majeur résultant directement des épisodes d’hypersexualité et de jeu pathologiques », selon les avocats du plaignant, qui s’appuient sur plusieurs expertises.

En 2006, la Commission régionale de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux des Pays de la Loire avait établi une causalité directe entre les comportements évoqués et le Requip. Et Didier Jambart avait bénéficié d’un non-lieu pénal pour les délits commis sous l’empire du médicament.

Pour l’un des avocats du plaignant, Me Marot, ce médicament de grande série mis sur le marché français en 1997 a souffert d’« un défaut d’information loyale«  de la part du laboratoire, qui a selon lui réalisé un « bénéfice considérable » avec cette préparation.

« Comme dans l’affaire du Mediator, l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire) n’a pas fait son boulot », a estimé Jacqueline Houdayer, présidente de l’association d’aide aux patients Cadus, qui soutient Didier Jambart.

« Aucun indice d’effets indésirés »

Me Jacques-Antoine Robert, pour GlaxoSmithKline, a assuré que « sur la base des données scientifiques de l’époque, il n’existait aucun indice d’effets (indésirés) du Ropinirole », la molécule utilisée.

Admettant la possibilité d’une « réaction extrêmement rare », il a estimé qu’en l’espèce le dossier ne contenait « pas assez d’éléments de preuve pour établir une causalité » et a réclamé une expertise judiciaire.

Le patient, qui avait refusé une indemnisation de 30 000 euros de l’Office national d’idemnisation des accidents médicaux, réclame 450 000 euros de dommages et intérêts au laboratoire et à son ancien neurologue.

Sources : lexpress.fr, ladepeche.fr, 20minutes.fr

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LE MONDE du 27.04.09

‘information médicale est-elle transparente ?
Non, répondent sans détour le collectif Formindep (Pour une formation et une information médicales indépendantes) et l’association de consommateurs UFC-Que choisir.
Selon eux, la loi qui oblige les professionnels de santé à déclarer leurs éventuels conflits d’intérêts avec les firmes pharmaceutiques lorsqu’ils s’expriment publiquement sur un produit de santé, « n’est pas respectée« .

C’est pourquoi l’UFC-Que choisir a annoncé, lundi 27 avril, qu’elle portait plainte contre neuf médecins pour non-respect de l’article L.4113-13 du code de santé publique. « Nous avons, symboliquement, choisi des leaders d’opinion pour susciter un électrochoc, mais il ne s’agit que des arbres qui cachent la forêt », explique Christophe Leguehennec, chargé de mission santé à l’UFC.

argent-labo-pharmacieCes plaintes ont pour origine l’enquête menée en avril 2008 par le Formindep. Durant un mois, ce collectif de professionnels de santé a observé les prises de position de plus de 150 médecins dans les médias et les congrès. Résultat : alors qu’aucun d’entre eux n’avait déclaré de liens d’intérêts, en réalité près d’une soixantaine en avait.

Le collectif a écrit aux conseils départementaux de l’ordre des médecins, chargé du respect de la loi et du contrôle des conventions passées entre les médecins et les laboratoires pharmaceutiques. « A de rares exceptions près, c’est l’opacité générale », constate le docteur Philippe Foucras, responsable du Formindep. « Nous n’avons pas à répondre à vos questions extrêmement pernicieuses », a fait valoir le secrétaire général du conseil de l’ordre de Paris.

Son homologue du Pas-de-Calais confirme que son instance est bien « garante des contrats et conventions signés entre un médecin et l’industrie » mais, ajoute-t-il, « les formations médicales continues ne pourraient pas, dans la plupart des cas, être réalisées sans le support de l’industrie pharmaceutique ».

D’autres ont rétorqué que « les documents contractuels en notre possession sont et doivent demeurer confidentiels ». Finalement, « c’est suite à nos propres recherches que nous avons découvert des liens, souvent majeurs, entre certains médecins et l’industrie pharmaceutique« , explique le docteur Foucras.

Directs ou indirects, durables ou ponctuels, ces liens d’intérêts peuvent recouvrir des fonctions rémunérées de consultant, de conseil, des participations à des essais cliniques, des rapports d’expertise, des conférences, des actions de formation, etc…

Les médecins mis en cause sont essentiellement des spécialistes (gynécologue, cardiologue, diabétologue, professeur de nutrition, etc.) à qui il est reproché de mettre en avant certains traitements sans préciser les liens qu’ils ont avec les laboratoires qui les commercialisent. « Tous les médecins qui ont un certain renom ont peu ou prou des liens avec l’industrie pharmaceutique et tous les congrès médicaux ainsi que la formation continue vivent en partie grâce aux laboratoires », justifie le docteur Henri Rozenbaum, président de l’Association française pour l’étude de la ménopause (AFEM), l’un des neuf médecins visés par une plainte. « Une plainte ? Vous me l’apprenez. En 2008, j’avais un lien avec un seul labo ; je n’en ai plus aucun à l’heure actuelle et je ne crois pas avoir enfreint la loi », souligne-t-il.

« Savoir qui parle, pouvoir distinguer la communication de l’information, n’est pas un point de détail ; c’est la qualité des soins mais aussi les répercussions sur les prescriptions et leur coût pour l’assurance-maladie qui sont en jeu », considère l’UFC-Que choisir. L’association réclame la création « d’une base de données publique recensant les déclarations d’intérêts des médecins ».

Dans son rapport de 2007 consacré à l’information des médecins généralistes sur le médicament, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) pointait du doigt « les conflits d’intérêts omniprésents » et « la nécessité d’appliquer de manière rigoureuse la loi relative aux conventions et aux liens unissant les professionnels de santé aux entreprises ».

Sandrine Blanchard

La communication médicale encadrée
La loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé encadre la communication médicale.L’article L4113-13 du code de la santé publique prévoit ainsi que : « Les membres des professions médicales qui ont des liens avec des entreprises et établissements produisant ou exploitant des produits de santé ou des organismes de conseil intervenant sur ces produits sont tenus de les faire connaître au public lorsqu’ils s’expriment lors d’une manifestation publique ou dans la presse écrite ou audiovisuelle sur de tels produits. Les manquements aux règles sont punis de sanctions prononcées par l’ordre professionnel compétent. »

Il a toutefois fallu attendre le 25 mars 2007 pour que le décret d’application de la loi soit publié.

Article paru dans l’édition du 28.04.09