Surmortalité des patients, manque de matériel, stress intense…

Les personnels soignants des hôpitaux risquent de sortir fortement impactés de leurs semaines de lutte contre l’épidémie.

Les dégâts psychologiques après vont être importants : dans les hôpitaux d’Ile-de-France, où la vague de covid-19 est en train de se stabiliser, le manque de matériel et la surmortalité des patients pèsent sur le moral des soignants.

Ils combattent l’épidémie tant bien que mal. Qu’ils en soient remerciés.

« On regarde du jour pour le lendemain ». Le professeur Yves Cohen, chef du service réanimation de l’hôpital Avicenne à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, résume la situation matérielle de son établissement.

« Ce qui me fait très peur, c’est le manque de médicament de sédation ». Les 48 lits de réanimation de l’hôpital (au lieu de 16 habituellement) affichent complet.

Sept patients ont été évacués vers la Bretagne et la Normandie cette semaine, évitant ainsi d’avoir à faire un tri parmi les malades.

Mais le Pr Cohen redoute déjà « la fin de la crise », quand « les soignants risquent de décompresser », après s’être sur-investis.

Dans son département, la Seine-Saint-Denis, la mortalité a bondi de 63% entre le 21 et le 27 mars par rapport à la semaine précédente. Même si beaucoup ne sont pas morts à l’hôpital, l’impact psychologique des nombreux décès liés au covid-19 inquiète beaucoup de soignants franciliens.

Sébastien Point, secrétaire Sud-santé à l’hôpital de Versailles évoque « la détresse psychologique des collègues qui doivent fermer les blouses mortuaires quand le patient s’en va ». « Même en réa, ils ont beau être préparés, c’est dur », confie-t-il.

« Vous en avez beaucoup qui craquent, beaucoup qui sont en larmes », décrit Nathalie (prénom modifié), infirmière au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), au contact des patients covid. Pour elle, « les dégâts psy vont être importants ». « Les étudiants, j’en parle même pas », ajoute-t-elle.

« Je pense qu’il va y avoir des abandons de formation. On les balance dans la gueule du loup, ils ont 19 ans, ils ne sont pas préparés ».

Pour le moment elle tient le coup, mais depuis le déclenchement de la crise, elle dort mal la nuit et souffre de brûlures d’estomac. Dans son équipe, neuf de ses collègues ont contracté le coronavirus.

Le manque de matériel, partout rationné, accentue le stress ressenti par les personnels soignants. Ils assurent manquer de tout, et en particulier de sur-blouses, indispensables pour prendre en charge les patients.

« Dans mon service, on arrive au bout du stock dans un ou deux jours peut-être », estime Cathy Le Gac, infirmière en réanimation à l’hôpital Beaujon de Clichy, dans les Hauts-de-Seine.

Au-delà, aucune visibilité, donc « on nous demande de les réutiliser » alors qu’elles sont à usage unique, raconte-t-elle. A Versailles, certains soignants se sont confectionnés des protections artisanales avec des sacs poubelles.

Le maire de Montreuil a lui lancé un appel aux entreprises du BTP, aux peintres et restaurateurs pour donner des sur-blouses à l’hôpital de sa ville qui en manque.

Au Kremlin-Bicêtre, sur-blouses et masques ont manqué l’espace d’une heure il y a deux semaines, empêchant les soins d’être prodigués. « Tout est fait de bric et de broc, tout est sur du flux tendu », s’énerve Cathy Le Gac.

« On n’est pas des militaires, on est des soignants, on n’a pas signé pour ça, pour risquer notre vie », surenchérit Sébastien Point.

Dans ce contexte, les hôpitaux d’Ile-de-France continuent de faire face.

L’arrivée de 400 médecins et infirmiers d’autres régions pour venir prêter main forte à leurs collègues franciliens a fait du bien. Tout comme les évacuations de patients vers d’autres régions moins touchées.

Pour autant, les personnels hospitaliers s’attendent encore à de longues semaines de combat. « Je ne comprends même pas qu’on parle du déconfinement, ça continue d’arriver constamment », insiste Nathalie qui se demande toujours « quand tout ça va s’arrêter« .

Sources: diverses

Le port préventif du masque a contribué à juguler les contaminations dans les pays développés d’Extrême-Orient.

Et l’appel à ne pas en porter en France, si l’on n’est pas malade, est vu comme une grave erreur.

Le confinement généralisé de la population en France, après l’Italie et l’Espagne, rend perplexes les pays développés d’Asie.

Ceux-ci voient tout à coup des sociétés aux économies sophistiquées n’avoir comme seule solution pour contrer l’explosion des contaminations que de recourir à une méthode primitive ! Au coût économique immense ! Que seule la Chine autoritaire, la première touchée par l’épidémie, a dû mettre en œuvre…

En serions-nous arrivés là si nous n’avions pas regardé de haut les mesures prophylactiques mises en place par les tigres asiatiques ?

Celles-là même qui ont permis à Taïwan, Hongkong, la Corée du Sud et Singapour, de se protéger d’une propagation exponentielle du virus. Voire, comme pour la Corée du Sud, de la juguler.

Une telle riposte, aux allures de ratage, laisse aujourd’hui un goût amer à tous les soignants français.

Tous ces Etats asiatiques ont tiré des leçons de l’épisode de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) survenu en 2003, du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) en 2015, et de plusieurs accès de grippe aviaire.

Les aéroports de la région s’étaient alors dotés de caméras infrarouges mesurant la température des passagers, une mesure écartée en France au prétexte que « son efficacité n’est pas prouvée ». Les voyageurs ont pris l’habitude de remplir des formulaires de santé pour les remettre à des préposés en blouse blanche.

Face à l’épidémie de Covid-19, ces protocoles ont été très vite activés et enrichis de nouveaux dispositifs, afin d’établir la traçabilité des personnes déclarées plus tard infectées. Des mises en quarantaine ont ciblé les individus venant de zones infectées, ainsi que des restrictions à l’entrée du territoire – du moins à Taïwan, Hongkong et Singapour.

La mise à disposition de gels hydroalcooliques dans les lieux publics et la désinfection régulière des surfaces ont été la règle depuis le début.

Enfin, les gouvernements se sont vite assurés que des masques étaient disponibles – tout en en réservant suffisamment, et de qualité supérieure, au personnel médical. Certains pays comme la Corée du Sud ont misé sur le dépistage massif, avec succès.

En France, comme dans le reste du Vieux Continent, cette chaîne prophylactique est largement incomplète, du moins vue d’Asie. Ainsi du port préventif du masque, qui n’est autre qu’un mode de confinement ambulant et individuel très largement présent dans la panoplie en Asie.

Et je vous fais le pari que dans les prochains jours, après avoir dénigré pendant deux mois le port du masque pour la population française, toutes les instances politiques et administratives de notre pays nous diront de le porter…

La petite île ne vit pas confinée mais propose à tous ses habitants de se faire tester.

Bien entendu, la France juge que, depuis le début de la pandémie, c’est inutile

Les premiers résultats en Islande sont troublants : un malade sur deux ne s’est pas rendu compte qu’il était contaminé.

L’Islande compte quatre morts du coronavirus et 1 364 cas, pour 364 000 habitants.

Si l’île n’a pas imposé de confinement général, elle n’a pas attendu pour agir.

Dès février, les autorités ont proposé à tous ceux qui le souhaitaient de se faire tester. Jeudi, 22 195 personnes avaient déjà sauté le pas. Parmi elles, 1 % se sont révélées positives.

Plus troublant : la moitié des contaminés assurent n’avoir ressenti aucun symptôme.

Ou seulement des troubles bénins,  comme un léger rhume, relate le Dr Kari Stefansson, dirigeant de la société DeCode Genetics, spécialiste du génome humain et chargée de mener l’essentiel des tests.

Pour la Direction de la Santé, cela prouve qu’il est primordial, pour les bien-portants, de  prendre toutes les mesures pour éviter de contaminer les autres.

À commencer par porter un masque !

C’est aussi la conclusion d’une étude menée dans le Hubei, en Chine, par des chercheurs américains de l’université de Columbia, avec l’Imperial College de Londres.

Leurs savants calculs – une modélisation de l’épidémie – montrent que, sur dix personnes infectées, neuf sont  passées inaperçues. Elles n’ont pas été détectées, parce qu’elles ne présentaient aucun symptôme.

Ces malades qui s’ignorent seraient deux fois moins contagieux  que les autres. Mais s’ils s’avèrent aussi nombreux, ils peuvent contaminer un nombre considérable de personnes. Cela expliquerait la propagation fulgurante du virus sur la planète.

Même avis de l’Académie française de médecine :  Il est établi que des personnes en période d’incubation ou en état de portage asymptomatique excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection.  Elle recommande (que très récemment !) au gouvernement de rendre le port du masque chir obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement.

Dés que vous n’êtes plus chez vous

(faire ses courses, espace public),

PORTEZ UN MASQUE !!!

Peu ou mal dotés en matériel de protection, notamment en masques, les auxiliaires de vie se plaignent d’être « la dernière roue de la charrette ».

Elle tourne les poignées de porte tantôt en se protégeant d’une lingette, tantôt en recouvrant sa main de la manche de son manteau.

Une auxilliaire de vie entre, chaque jour, chez les personnes âgées pour les aider « à faire leur toilette, à se nourrir, à se coucher » avec la peur au ventre. Elle court le risque de leur transmettre ou de contracter le coronavirus puisqu’elle n’est pas – ou très peu – dotée de matériel de protection.« Vous vous rendez compte qu’on leur donne à manger sans masque ! », se désole cette auxiliaire de vie sociale salariée d’une association d’aide à domicile affiliée à l’Aide à domicile en milieu rural (ADMR) à Amboise (Indre-et-Loire).

Mais elle n’a pas le choix.

Dans la stratégie du gouvernement pour endiguer l’épidémie, les aides à domicile – qui prennent soin de quelque deux millions de personnes âgées en France – regrettent d’être « la dernière roue de la charrette ».

« On a le sentiment d’avoir été abandonnés dans cette crise, alors qu’on est en première ligne », résume le secrétaire général de l’ADMR. « Elles n’ont ni masque, ni gants, ni gel hydroalcoolique… On les envoie au front avec des bouts de bois ! », déplore la directrice du réseau de l’ADMR d’Indre-et-Loire.

A force d’intervenir sans protection, le pire est arrivé.

A Lyon, une vieille dame qui toussait s’est révélée porteuse du virus.

L’aide à domicile qui s’occupait de sa toilette ne portait pas de masque. Elle présente aujourd’hui des symptômes et doit rester confinée chez elle.

« Des contaminations mutuelles de ce type, on risque d’en avoir beaucoup, s’alarme Clément Saint Olive, cofondateur de la structure d’aide à domicile Alenvi. Force est de constater que je ne suis pas en mesure de protéger mes salariés, faute de pouvoir me procurer des masques en nombre suffisant. »

« Malgré nous, on envoie à la boucherie nos intervenants. Et c’est vraiment de la chair à canon », se désole tel directeur d’une association d’aide aux personnes âgées.

« On a un super personnel, prêt à faire face, s’exclame un autre, directeur d’une fédération de l’ADMR.

Mais on a à peine de quoi tenir trois jours avec nos stocks de masques existants.

Pour que nos 600 salariés changent quatre fois de masque par vingt-quatre heures pendant cinq jours, il nous en faudrait déjà 12 000 ! »

Coronavirus : ce qu’il faut savoir sur le Covid-19

C’est quoi le Covid-19 ?

Le Covid-19 est un coronavirus. Observé au microscope, il a une sorte de « couronne ». Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), le Covid-19 se manifeste par une infection respiratoire plus ou moins aiguë (fatigue, fièvre, toux difficultés respiratoires…) avec des anomalies pulmonaires radiologiques (infiltrats bilatéraux étendus). Ces symptômes sont comparables à ceux de la grippe ou d’un rhume. En cas de doute, il est nécessaire d’appeler le 15 (Samu) pour se faire dépister.

Comment se transmet-il ?

Le virus se transmet par contact direct avec les gouttelettes respiratoires produites par une personne infectée (lorsqu’elle tousse ou éternue) et au contact de surfaces contaminées par le virus. Il peut survivre sur une surface pendant plusieurs heures. La période d’incubation serait de 14 jours et le malade serait contagieux pendant trois à quatre jours.

Comment s’en protéger ?

L’institut Pasteur de Lille recommande de «  se couvrir la bouche et le nez avec le pli du coude ou avec un mouchoir en cas de toux ou d’éternuement, et jeter le mouchoir immédiatement après dans une poubelle fermée, (…) se laver les mains régulièrement avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon  ».

Dois-je m’inquiéter ?

La grippe saisonnière tue en moyenne 10 000 personnes par an en France. Pour autant, il ne faut pas sous-estimer le Covid-19 car son taux de létalité (le rapport entre le nombre de personnes décédées et celui des cas détectés) est encore incertain. Après, il faut se rappeler que cette pneumonie s’avère bénigne dans quatre cas sur cinq et mortelle dans seulement 2,3 % des cas. Les personnes âgées de plus de 80 ans sont les plus à risque, avec un taux de mortalité de 14,8 %. Les patients déjà atteints de maladies cardiovasculaires sont les plus menacés par une issue fatale, devant les diabétiques ou les personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques ou d’hypertension.

Est-ce que je peux être remboursé si j’annule mon voyage ?

Les touristes qui avaient prévu de séjourner dans une zone touchée par l’épidémie de coronavirus peuvent reporter ou annuler sans frais s’ils sont passés par un voyagiste. Mais s’ils ont acheté leur billet ou leur voyage en direct, il leur faudra négocier… ou payer des frais.

Est-ce que je suis payé si je suis placé en quatorzaine ?

Les personnes placées en isolement par précaution pour éviter un risque de propagation du nouveau coronavirus en France bénéficient « d’un arrêt de travail et d’indemnités journalières  » pouvant aller jusqu’à 20 jours.

Quid des enfants placés à l’isolement ?

Les établissements scolaires sont fermés «au moins jusqu’aux vacances de printemps ». Les écoliers, collégiens, lycéens, étudiants et apprentis doivent rester à la maison. Ils sont moins gravement touchés, mais sont des vecteurs de la maladie. Il est possible à l’un des parents, en accord avec l’employeur, de demander un arrêt de travail. Jean-Michel Blanquer a assuré que l’État sera en capacité «  de déclencher de l’enseignement à distance massif  ». Cet enseignement s’effectue en France via le Centre national d’enseignement à distance (Cned) grâce au site maclassealamaison.

 

L’urine des enfants, l’ail, la cocaïne, la neige, ou encore l’huile de sésame : faites attention aux fausses bonnes idées qui circulent sur internet pour lutter contre le Covid-19.

Aide aux devoirs à distance, courses pour les personnes confinées… Postez vos annonces et vos questions sur cette page, les lecteurs vous répondront !

L‘épidémie de coronavirus justifie-t-elle d’attenter à nos libertés?

C’était le 4 mars dernier.

Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement était l’invitée du «Grand entretien» de France Inter.

Emmanuel Macron n’avait pas encore qualifié d’«inexorable» la progression du phénomène épidémique.

Interrogée sur la politique de l’exécutif confrontée à l’épidémie de nouveau coronavirus, la porte-parole eut ce mot: «[Lorsque nous serons] au stade 3, les métros continueront à circuler jusqu’à nouvel ordre, les transports en commun continueront à circuler jusqu’à nouvel ordre… la vie du pays ne s’arrêtera pas à cause du coronavirus.»

Les auditeurs et auditrices citoyennes se seront peut-être interrogées sur ce «nouvel ordre».

– Qui le donnerait ?

– Pourquoi ?

– Et quand ?

Moins d’une semaine plus tard, les transports en commun continuent à circuler mais les questions quant à «la vie du pays» se sont multipliées.

Le 8 mars, au terme d’un nouveau Conseil de défense tenu au palais de l’Élysée, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, a prévenu: «Les semaines à venir vont être difficiles.»

Sans décider de passer au stade 3 de la lutte contre l’épidémie, le gouvernement a choisi d’interdire sur tout le territoire national les rassemblements non plus de 5.000, mais de plus de 1.000 personnes. Les préfets devront toutefois constituer des listes de rassemblements «utiles à l’intérêt de la nation, comme les manifestations, les concours, les transports en commun», qui seront exemptés d’interdiction.

«Le stade 3 ou stade épidémique correspond à une circulation active du virus, peut-on lire sur le site du gouvernement. La stratégie repose alors sur l’atténuation des effets de l’épidémie. L’organisation prévoit la mobilisation complète du système sanitaire hospitalier et de ville, ainsi que les établissements médico-sociaux pour protéger les populations fragiles, assurer la prise en charge des patients sans gravité en ville, et des patients avec signes de gravité en établissement de soins. Les activités collectives sont fortement impactées.»

L’évolution rapide de la situation épidémiologique conduit aussi, dans le même temps, à l’émergence de nouvelles questions éthiques et déontologiques.

Le 8 mars sur BFMTV, le Pr Gilles Pialloux, chef du service d’infectiologie de l’hôpital Tenon (Paris) a exposé les interrogations relatives au respect du secret professionnel et aux libertés individuelles.

Faut-il par exemple, au nom de l’efficacité de la lutte contre l’épidémie, révéler les identités des personnes infectées et de celles dites à risque?

Ces mêmes questions, et de multiples autres, sont désormais soulevées en Italie où le gouvernement vient de décider, par décret, la mise en place dans le nord du pays d’un confinement géant concernant plus de quinze millions de personnes.

Comment, pour résumer,

concilier la santé publique

et le respect des libertés individuelles ?

Ces dernières sont-elles compatibles avec l’émergence d’un possible fléau épidémique ?

Subordonner les libertés individuelles à d’autres valeurs ?

On trouvera, en France, les réponses à ces questions dans le prochain avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

La Croix révélait le 2 mars qu’Olivier Véran avait demandé à cette institution de rendre rapidement un avis sur les «mesures de santé publique contraignantes» pouvant être prises dans le cadre de le lutte contre l’épidémie. Le CCNE va rendre son avis «rapidement» après avoir constitué un groupe de travail ad hoc pour cette «mission flash».

Cet avis devra «éclairer le lien entre impératifs de santé publique et respect des droits humains fondamentaux», selon le CCNE. Et La Croix de voir, dans cette saisine, «un signe supplémentaire que le gouvernement envisage activement le passage à la troisième phase de l’épidémie de coronavirus, correspondant au seuil d’alerte sanitaire maximale».

À dire vrai, le gouvernement aurait pu faire l’économie de cette démarche. Le CCNE avait déjà longuement travaillé cette question.

C’était il y a une décennie, lors de la pandémie grippale due au virus A (H1N1) qui suscitait alors des frayeurs collectives équivalentes à celle que nous observons aujourd’hui –à cette nuance près que l’agent pathogène était un virus grippal contre lequel un vaccin protecteur pouvait être utilisé.

Le document du CCNE («Questions éthiques soulevées par une possible pandémie grippale», avis n°106, 5 février 2009) traite de l’ensemble des questions relatives aux rapports entre le respect des droits individuels et les impératifs de sécurité sanitaire dès lors qu’une pandémie due à un agent pathogène contagieux menace de larges fractions de la population.

Précision: cette analyse concerne des sociétés démocratiques, les régimes autoritaires s’embarrassant généralement assez peu de la dimension éthique des mesures qu’ils décident de prendre –comme en témoigne depuis peu l’exemple de la Chine confrontée au nouveau coronavirus.

En vingt-et-une pages, l’avis de 2009 résume parfaitement les éléments du sujet et les dilemmes auxquels sont confronté·es aujourd’hui les responsables de l’exécutif.

Le virus aviaire A (H5N1) touchait alors de nombreux pays d’Asie et laissait très sérieusement redouter la survenue d’une pandémie grippale chez l’être humain – au point d’inquiéter le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) et la Délégation interministérielle à la lutte contre la grippe aviaire (DILGA).

D’emblée, quelques questions parurent essentielles aux yeux du Comité.

À commencer par celle de savoir s’il faut subordonner les libertés individuelles à d’autres valeurs «plus ajustées à l’efficacité de la stratégie de lutte contre ce fléau sanitaire».

Ou encore: jusqu’où une limitation aux allées et venues des personnes peut-elle être imposée?

Ces questions ne furent pas posées, du moins sous cette forme, lors des trois périodes pandémiques grippales du XXe siècle (en 1918, en 1957 et en 1968).

Elles émergent aujourd’hui et conduisent, comme le fait le CCNE, à évoquer, dans un État de droit, la formule de Montesquieu dans L’Esprit des lois: «Il y a des cas où il faut mettre, pour un moment, un voile sur la liberté, comme l’on cache les statues des dieux.»

En pratique, deux situations peuvent justifier une mise entre parenthèses de l’application du droit législatif:

  • l’état de siège et l’état d’urgence
  • les «circonstances exceptionnelles».

«La théorie des circonstances exceptionnelles […] repose sur la constatation que, parfois, du fait des circonstances, l’Administration est dans l’impossibilité d’agir conformément aux principes ordinaires de la légalité. Dès lors, pour assurer les besoins de la défense nationale, du rétablissement de l’ordre, et de la continuité des services publics essentiels à la vie nationale ou locale, l’autorité publique peut prendre, à titre provisoire, les mesures imposées par les circonstances, sans respecter ni les procédures habituelles, ni la législation en vigueur

Protéger prioritairement certaines catégories de personnes

Aux yeux des sages du CCNE, il ne fait aucun doute que dans le cas d’une pandémie grave et intervenant brutalement, le gouvernement pourrait prendre, soit sur le fondement d’un décret proclamant l’état d’urgence, soit sur la base de la théorie des circonstances exceptionnelles, des mesures telles que la réquisition ou le confinement de certaines catégories de citoyen·nes, ou des restrictions à la circulation.

D’ailleurs, tout est en place dans le code de la santé publique.

Comme on l’observe en France depuis plusieurs semaines, un plan de prévention et de lutte envisage des mesures destinées à limiter les déplacements, les rassemblements de personnes ou le fonctionnement de la vie scolaire, culturelle ou économique afin de prévenir la contagion.

Le CCNE ne cache pas ici une forme d’embarras.

Il est «bien conscient que ces restrictions aux libertés fondamentales pourraient s’avérer nécessaires».

Mais dans le même temps, «il attire l’attention sur le danger qu’il y aurait à les étendre au-delà de ce qui est nécessaire à la lutte contre la pandémie».

Il s’inquiète aussi «d’une conception maximaliste du principe de précaution», ou des tentations «d’affichage démagogique».

Il rappelle, enfin, «que tous les droits et libertés qui n’auront pas été spécifiquement écartés devront continuer à être appliqués». Le code de la santé publique dispose d’ailleurs «que l’état d’urgence sanitaire ne dispense pas du respect de la vie privée des personnes et de la confidentialité des informations relatives à leur santé».

Le CCNE rappelait aussi qu’une pandémie peut susciter des réactions de stigmatisation qu’il faut anticiper. On le voit aujourd’hui avec le nouveau coronavirus qui a émergé en Chine.

«Éviter de telles réactions doit être l’un des objectifs de la communication des pouvoirs publics, écrivaient les auteurs et autrices de l’avis en 2009. Pour empêcher qu’une peur collective, alors inévitable mais compréhensible, ne dégénère en phénomènes de panique irrépressible, les grands médias doivent prendre toute la mesure de leur potentiel d’influence sur les comportements individuels et collectifs. Le poids considérable de leur implication dans l’amplification des réactions émotionnelles collectives, et des effets corrélatifs de stigmatisation qui peuvent en résulter, devraient d’ores et déjà inciter à engager un travail de concertation aboutissant à la mise en place d’un comité de réflexion dédié au rôle des médias, en termes d’anticipation et de responsabilité, en cas de pandémie

D’autres questions éthiques, d’une autre nature, pourraient aussi rapidement se poser.

À commencer par les limites à la disponibilité de thérapeutiques, comme les médicaments antiviraux (actuellement en cours d’expérimentation) voire, plus tard, de vaccins préventifs.

– Comment trancher lorsque des biens de santé ne peuvent être mis à la disposition de tous et de toutes du fait de leur insuffisance ?

– Comment, et sur quelles bases, établir des priorités, hiérarchiser?

«Chacun devra être convaincu que c’est sans favoritisme mais uniquement dans le souci de limiter l’extension de la pandémie que la puissance publique agit, souligne le CCNE. En vertu du sens égalitaire de la justice, il s’agit en premier lieu de rappeler que le but est de protéger toute la population, quelle que soit la position de ses membres dans l’échelle sociale et son âge

Pour autant, il existera immanquablement des «priorités opposées».

Ainsi, dans la plupart des plans de lutte, les personnes à haut risque de complications et celles dont l’activité est nécessaire à la prise en charge des malades et à la vie du pays pendant la pandémie sont considérées comme devant être prioritairement protégées.

Mais attention, pour le CCNE, «sélectionner les personnes à protéger en priorité en fonction de leur seule valeur “économique” immédiate ou future, c’est-à-dire de leur “utilité” sociale, n’est pas acceptable. La dignité d’une personne n’est pas tributaire de son utilité, qui est du reste une notion extrêmement difficile à cerner, notamment en la circonstance».

Et de souligner, en 2009, que si son taux d’attaque était comparable à celui des trois pandémies du XXe siècle, et en l’absence de toute mesure de lutte, la prochaine pandémie pourrait être responsable, ne serait-ce qu’à l’échelle nationale, «de dizaines de milliers de décès».

Outre les priorités visant l’ensemble de la population, les plans de lutte contre les pandémies prévoient la protection prioritaire des personnes exerçant des activités jugées essentielles au fonctionnement du pays pendant la pandémie.

Les personnels de santé, plus précisément les personnels soignants, seraient naturellement les premiers à être protégés contre une pathologie contagieuse vis-à-vis de laquelle ils sont plus exposés, du fait de leur profession, que celui de l’ensemble de la population. Cette priorité est, pour le CCNE, d’autant plus légitime que le système de santé doit pouvoir faire face à la crise sanitaire et éviter que sa désorganisation soit source de décès ou de complications graves potentiellement évitables.

En dehors du système de santé, les pouvoirs publics ont également le légitime souci du maintien d’activités essentielles au pays (transports, sécurité, production d’énergie, etc.) et certaines personnes travaillant dans ces secteurs d’activité seraient prioritairement protégées.

Chaque personne doit être consciente de ses responsabilités

Au terme de son analyse, le CCNE formulait des recommandations qui, onze ans plus tard, n’ont perdu ni de leur pertinence, ni de leur actualité.

À commencer par le fait que, quelle que soit l’incertitude sur la date de survenue d’une future pandémie grippale (et en raison même de cette incertitude), la population française devrait être mieux informée de la nature et des conséquences possibles d’une infection due à un nouveau virus.

«Un des objectifs essentiels des pouvoirs publics, avec le soutien des grands moyens d’information, doit être de rassurer, préparer et éviter le plus possible les réactions de panique avec leurs corollaires de violences.

Les préoccupations pragmatiques et stratégiques visant à enrayer au plus vite l’extension de la pandémie ne sont pas incompatibles avec les exigences éthiques.

La connaissance par la population des règles éthiques qui devront être appliquées en cas de crise sanitaire pandémique, conditionne, au contraire, l’efficacité de la stratégie de lutte contre la propagation virale

Le plan de lutte français devrait aussi, selon le CCNE, être parfaitement connu, afin que chaque personne, dans son environnement familial et social, puisse être consciente de ses propres responsabilités dans ce plan.

«Pour être efficace, cette communication devrait être faite par différents canaux et sous différentes formes et être répétée au cours du temps, comme les pouvoirs publics ont su le faire pour d’autres questions de santé publique majeures, comme la préconisation de la limitation à la prescription d’antibiotiques», ajoutait ainsi le Comité.

Et de conclure, il y a onze ans, avec des accents que l’on peut aujourd’hui, au vu de la crise hospitalière, qualifier de prophétiques:

«Les difficultés chroniques de certains maillons de notre système de santé (urgences en particulier) imposent une évaluation approfondie, par des études ad hoc, de l’impact d’une pandémie sur le système de soins hospitaliers.»

 

Source: slate.fr

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a lancé un message d’espoir :

« la plupart » des personnes infectées vont guérir.

Sur les « 80.000 cas rapportés en Chine », berceau de l’épidémie,

« plus de 70 % ont guéri ».