« Pour réussir ses études à l’université, il faut savoir s’informer »

De quelle façon s’organiser et se faire aider à l’entrée en fac ?

Comment concilier job et études ?

Les réponses d’Alain Tallon, vice-président de Paris-IV, aux questions des étudiants.

J’ai fait ma rentrée en licence de géo il y a une semaine, et déjà certains ne viennent plus en cours. Bosser tout seul dans une BU c’est impossible… Comment être autonome ?

De plus en plus d’universités ont mis en place des tutorats documentaires, qui peuvent être animés par des étudiants plus âgés, en master ou doctorat, ou en lien avec les personnels des bibliothèques et les conservateurs. Beaucoup de mentions et d’UFR ont des bibliothèques propres, où les enseignants des TD aident les étudiants à apprendre le travail documentaire. Il faut aussi éviter à tomber dans le syndrome du tout, tout de suite. Apprendre à gérer une recherche documentaire se fait durant les trois années de licence, c’est normal qu’au bout d’une semaine un étudiant ne sache pas encore en mener.

Mère d’un jeune de 17 ans qui a fait son entrée en licence de psycho il y a deux semaines, licence complètement saturée, de ce qu’il m’en a dit, je me demande comment il va pouvoir se saisir de cette matière qu’il découvre complètement ?

C’est un énorme problème que rencontrent certaines filières, et la psychologie est particulièrement touchée. Des solutions ponctuelles sont apportées, avec des cours en ligne, mais il y a un travail de fond à faire pour éviter la sélection par l’échec. Il a pu être commencé par la généralisation du tutorat. Il faut que les étudiants se renseignent sur tous les dispositifs d’aide en première année. Un des gros problèmes est que les étudiants ne sont pas informés de tous les dispositifs qui existent pour les aider, en première année notamment. C’est l’une des conséquences de l’afflux d’étudiants depuis ces dernières années.

J’ai eu une mention « très bien » au bac S pourtant depuis ma rentrée à la fac de sciences je me dis que j’ai envie de vivre et de voyager et que je pourrais réussir mes études plus tard… Est-ce une bonne idée de retarder ses études pour mieux les réussir ?

Oui. L’année de césure a été créée justement pour les étudiants qui ont un projet, à l’international, ou d’un stage de longue durée. Il faut simplement que ce soit un véritable projet pédagogique, bien inséré dans une vision à long terme de ses études. Pour cela, il est nécessaire d’en discuter avec les enseignants. De toute façon, l’année de césure est supervisée pédagogiquement par un enseignant. Mais plus l’étudiant sera le maître de son projet personnel, plus il aura des chances de réussir.

Quant au délai, chaque université organise le calendrier du dispositif de césure comment elle l’entend, et certaines proposent des césures sur un seul semestre. Au sein de mon université, Paris-IV, les dates de dépôt des dossiers sont désormais passées et la césure est d’un an.

Comment faire pour s’organiser à la fac entre les cours, les TD, le travail à la maison… Combien d’heures faut-il travailler à côté, en plus des cours, d’après vous ?

Cela dépend beaucoup des disciplines. Certaines, notamment les sciences expérimentales, ont un nombre d’heures d’enseignement très important, et c’est lors des TD et TP que l’étudiant va apprendre. Dans d’autres disciplines, par exemple littéraire, le travail en bibliothèque, autonome, prend une part beaucoup plus importante. Normalement, l’étudiant apprend progressivement à maîtriser ce travail personnel avec l’aide de ses enseignants. Il est important aussi de constituer des groupes de travail avec d’autres étudiants, pour ne pas rester seul devant ce travail demandé hors des heures d’enseignement.

Comment se fait-il que dix jours après la rentrée, certains étudiants n’aient toujours pas pu réaliser leurs IP, faute de place ? N’était-il pas possible de prévoir que cette rentrée serait « difficile », compte tenu de l’arrivée des baby boomers ? Quelles solutions proposez-vous pour l’an prochain ?

Dans la plupart des universités, le problème n’est pas lié au manque d’enseignants ou de moyens financiers pour créer de nouveaux groupes de TD, mais plutôt un problème de salles : c’est particulièrement le cas en Ile-de-France, où la situation immobilière universitaire est catastrophique. On se retrouve avec des groupes de 40 ou 50 étudiants, ce qui est une aberration.

J’ai choisi mes options un peu au hasard (je suis en L1 d’histoire)… et certaines ne me plaisent pas du tout. Peut-on changer en cours de route ? Cela va-t-il me fermer des portes pour les années d’après ?

Normalement c’est à la fin du premier semestre que l’on se réoriente. Il faut que les étudiants se renseignent longtemps à l’avance sur les cours qu’ils auront à choisir. Pour cela, de nombreuses universités organisent des journées portes ouvertes, diffusent sur leur site des programmes de cours… Mais si j’ai un conseil à vous donner, c’est de ne pas rester sur l’impression d’un premier cours ou d’un premier TD. Un enseignement qui peut paraître très difficile à quelqu’un qui arrive du lycée peut, grâce à une progression pédagogique, devenir beaucoup plus facile au cours du semestre. Et puisque l’on parle de l’histoire, la plupart des lycéens ne connaissent pas les périodes anciennes de l’histoire, c’est donc un choc pour eux qui ont surtout fait de l’histoire contemporaine au lycée, mais c’est aussi un choc apprécié pour ceux qui découvrent l’Antiquité, le Moyen-Age et la Renaissance.

Travailler empêche de vraiment se concentrer sur ses études. De nombreux étudiants échouent à cause de cela. Comment faire pour allier les deux ?

La question des étudiants salariés est un problème pour laquelle il n’y a pas de solution miracle. D’autant plus que les situations individuelles de ces étudiants sont extrêmement variées. Ce qui est certain, c’est que les étudiants salariés conservent un lien personnel et en présence physique avec leurs enseignants. La solution d’un enseignement uniquement à distance, par le numérique, me paraît une utopie dangereuse. Par contre, des enseignements hybrides, entre présentiel et distanciel, semblent des solutions d’avenir.

Je n’arrive pas à concilier vie professionnelle et vie universitaire. Comment sélectionner les cours qui sont importants ?

C’est extrêmement difficile, et c’est là que l’aide d’un tuteur étudiant ou d’un enseignant référent, qui va examiner personnellement la situation de l’étudiant, peut être très utile. De toute façon, les étudiants doivent être bien conscients qu’ils peuvent avoir une aide individuelle à l’université, et se renseigner auprès des services d’orientation, enseignant responsable de parcours de formation, département ou UFR… Comme enseignant de première année d’histoire, je reçois des demandes de mes étudiants par e-mail dès la première semaine, alors que j’ai un amphi de 350 étudiants.

J’entre en troisième année de licence. Comment cela va se passer cette année pour avoir une place en master ? J’ai vu que beaucoup d’étudiants n’avaient pas eu de place.

Cela dépend beaucoup des disciplines. Certaines sont en très forte tension, d’autres moins. La procédure pour trouver une place pour les étudiants qui n’avaient aucune réponse favorable des universités semble avoir fonctionné, même s’il est très tôt pour faire un bilan approfondi. On parle de 2 000 à 3 000 étudiants qui n’auraient pas encore d’affectation en master, sur 150 000 étudiants de L3, ce n’est pas un chiffre démesuré, même s’il y a matière à améliorer l’information et la procédure, qui a été mise en place dans des délais trop rapides. Ces difficultés révèlent une fois de plus le problème majeur de l’université : la bonne circulation de l’information auprès des étudiants.

Vous savez comme moi qu’il existe nombre de diplômes qu’on obtient à l’usure et que le problème est la compétence réelle des hauts diplômés. Peut-on envisager dans l’avenir la ratification du diplôme systématique une fois l’année suivie avec un pourcentage de compétence d’acquisition au lieu d’une barre fixe ?

La démarche par compétences se développe dans l’université, c’est une excellente chose, qui rapproche l’université du monde du travail, pour autant les compétences délivrées dans l’université s’appuient sur un socle de savoirs académiques que l’on continuera d’évaluer dans le cadre de la délivrance des diplômes.

Je suis en terminale et je vais devoir choisir mes études cette année ! Est-ce que certaines universités sont plus sélectives que d’autres ? Plus difficile que d’autres ? Je pense plutôt à des matières comme l’histoire, la géographie, ou la littérature…

Le cadre des formations est un cadre national, même si chaque université a ses spécificités. Il est utile de comparer les programmes de cours des différentes universités pour aller dans celles où le lycéen a l’impression qu’il aura les enseignements qui lui conviennent le mieux. Cela dépend aussi de la situation géographique de l’étudiant et de ses possibilités de mobilité. A Paris-Sorbonne, nous avons en première année de licence, 20 % d’étudiants qui viennent d’autres académies que de celles d’Ile-de-France, ce qui n’est pas le cas de nos partenaires scientifiques, qui ont des capacités d’accueil saturées, et ne peuvent qu’accueillir les candidats de l’académie.

Est-ce que 100 % de réussite à l’université est envisageable mais surtout raisonnable ? Ne doit-elle pas fonctionner comme un cursus honorum ? Sinon pourquoi ne pas imaginer qu’on exige bientôt 100 % de réussite à l’agrégation ?

Tout dépend de ce qu’on appelle la réussite. S’il s’agit du diplôme, 100 % de réussite, non, c’est impossible, car il y a aura toujours des étudiants qui échoueront à obtenir leur diplôme, pour de multiples raisons. Par contre, par la réorientation, par les conseils en orientation professionnelle, on peut espérer peut-être pas 100 % mais un pourcentage beaucoup plus important d’étudiants qui quittent l’université satisfaits de ce qu’elle leur a apporté pour leur vie future, et principalement évidemment leur insertion professionnelle.

Pensez-vous que c’est bien d’exclure les bacheliers professionnels de l’université ? Je suis en bac pro technicien menuisier, mais j’y suis par défaut, et je veux faire Staps. Et je suis bon en matière comme le français ou général. Et les profs nous disent qu’on aura pas de boulot après le bac pro de toute façon !

La question des bacheliers professionnels est grave. C’est vrai que leur taux d’échec dans les filières classiques est extrêmement élevé. Est-ce qu’une année de remédiation/remise à niveau pour des bacheliers professionnels voulant intégrer une filière de lettres ou de sciences serait suffisante ? Les quelques expériences que je connais ne me paraissent pas concluantes. Pour autant, je reste personnellement scandalisé par le fait que le système français ne propose pas assez de possibilités de se réorienter après une orientation contrainte, au lycée, à l’université ou d’autres formations. L’idée que tout se joue à 16 ans ou 18 ans est une monstruosité pédagogique.

Ceux qui prônent la non-sélection dans les filières se rendent-ils compte de leur responsabilité dans l’échec des étudiants et du gâchis humain associé ? Envoyer des étudiants dans des filières qui ne sont pas faites pour eux n’est ce pas un mépris de l’égalité des chances, en d’autres termes vouloir être égalitaire entraîne de facto une inégalité dans les chances de réussite.

Paris-Sorbonne est régulièrement pointée comme l’université qui aurait, en licence, le plus de formations sélectives en France, ce qui est faux. Simplement, nous demandons aux étudiants, pour certaines filières, de vérifier leur niveau : c’est le cas en musique, c’est le cas en arabe, où un étudiant qui n’est pas au niveau se voit proposer une année de diplôme universitaire, où les frais d’inscription sont moindres que ceux d’une licence, pour pouvoir intégrer le cursus d’arabe. Ce n’est pas de la sélection, c’est de l’orientation éclairée, et de l’assistance à la bonne orientation des étudiants.

Comment peut-on prétendre qu’il n’y a pas de sélection à l’université avec le taux d’échec en première année ? Ce n’est pas une sélection ? Le gouvernement préfèrerait-il sélectionner directement au CV des parents ?

Ce qui s’annonce, ce n’est pas une sélection, c’est l’indication de prérequis. Pour l’instant on ne sait pas si ces prérequis seront totalement contraignants ou s’il y aura un examen individuel des dossiers qui ne rentrent pas dans les cases définies. Je pense évidemment pour cette deuxième solution. Mais ce serait un progrès évident que de dire clairement aux lycéens ce que l’on attend d’eux pour intégrer une filière universitaire. Cela peut passer aussi par des tests en ligne, qui permettent à l’étudiant de vérifier son niveau.

En guise de conclusion, à la question comment réussir ses études à l’université, il me semble que la première condition, et peut-être l’unique, est d’y prendre du plaisir. Les années universitaires doivent être des années de bonheur pour les jeunes filles et les jeunes gens qui les vivent. Et le bonheur n’est pas une idée nouvelle à l’université.

Source: lemonde.fr/campus

accompagner-en-justice-lenfant-victimeUn enfant a été maltraité, ou l’a peut-être été.

Certains adultes n’ont rien vu ou auraient préféré ne rien voir.

Mais, le plus souvent, chacun s’émeut, s’active, s’agite, s’énerve parfois, pour bien faire, pour mieux faire, pour trouver sa place et jouer son rôle au plus près de cette jeune victime.

Et, très vite, tout devient compliqué.

L’enfant victime peut chercher, par exemple, à se montrer fidèlement attaché aux modes de relation qu’il a éprouvés et acquis avec ses parents ou avec les autres adultes, voire avec les autres enfants, qui l’ont maltraité.

Violences, rapports de force, provocations, position de victime, auto-dépréciations sont devenus pour lui des normes de communication qu’il va peut-être tenter de reproduire avec ceux qui se proposent de l’aider.

Tout professionnel dont l’idéal est de soigner, de protéger, de réparer peut dès lors craindre d’être inconsciemment ou irrationnellement amené à agir à l’inverse de cet idéal, en particulier en institution éducative ou soignante.

Autant dire qu’accompagner un enfant victime est une mission complexe, et ceci à chacune des phases de cet accompagnement.

Elle suppose tout d’abord de renoncer à l’angélisme d’une éducation ou d’un soin eux mêmes expurgés de toute violence, et ne devrait jamais perdre de vue la personne de l’enfant, derrière son statut de victime.

Drames, catastrophes et violences n’épargnent pas les enfants. Ils les ressentent avec d’autant plus de violence qu’ils n’ont pas les ressources des adultes pour comprendre ce qu’ils subissent.

Trop souvent les adultes censés les rassurer et les protéger font défaut. L’expérience du judiciaire pour l’enfant victime est souvent douloureuse et dans certains cas, désastreuse.

Il apparaît donc essentiel que les acteurs de la protection de l’enfance puissent comprendre les enjeux auxquels l’enfant victime se trouve exposé afin de le soutenir au mieux tout au long des procédures.

C’est de ce constat, relayé par les professionnels de terrain, qu’est venu le projet de ce livre afin de permettre à tout professionnel travaillant auprès d’enfants victimes, d’avoir les repères nécessaires pour les accompagner de façon adaptée et respectueuse.

Sommaire

Présentation des auteurs.

Repères juridiques

La protection de l’enfant par ses parents

Les mesures de protection

L’enfant victime

L’audition de l’enfant victime

Les expertises. L’accompagnement de l’enfant victimes

Les « orphelins »

Des professionnels exposés

Croire en un devenir possible

Bibliographie. Coordonnées et ressources.

Biographie des auteurs
Hélène Romano – Docteur en psychopathologie clinique, psychologue clinicienne et psychothérapeute spécialisée dans le psychotraumatisme. Elle coordonne la Cellule d’urgence médico-psychologique du 94 et la consultation de psycho traumatisme au CHU Henri Mondor à Créteil, dans le service du Pr Marty. Depuis de nombreuses années elle intervient en milieu scolaire suite à des événements traumatiques et plus particulièrement sur des formations sur les pratiques dangereuses.

Publics
Cet ouvrage s’ adresse en première intention aux professionnels de l’enfance : éducateurs spécialisés, assistants-sociaux, médecins, psychologues, enseignants, conseillers-principaux d’ éducation magistrats, avocats, policiers et gendarmes.
Il concerne donc des intervenants de différentes institutions : scolaire, hospitalière, judiciaire et sociale.

 

Source: « Accompagner en justice l’enfant victime« , sous la direction du dr Romano, éditions Dunod

« Admis au deuxième groupe d’épreuves »

Ceux qui pensaient être bacheliers mardi 5 juillet 2016 seront déçus quand ils verront leur nom suivi de cette mention. Ceux qui pensaient être éliminés au premier tour seront ravis. « Le rattrapage est véritablement une seconde chance et il faut l’aborder dans cet état d’esprit », précise Corinne Barre, professeur de sciences économiques et sociales au lycée Chérioux à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

« Dans mon lycée, 30 % des élèves vont au rattrapage en série ES. La très grande majorité sont bacheliers à l’issue de ces deux oraux. Même si c’est une semaine après les autres, ils ont le titre ! » rappelle l’enseignante. « Nous sommes conscients que les élèves qui nous arrivent à l’oral ne sont pas les premiers de la classe. Tous les enseignants qui font passer les oraux sont dans cet état d’esprit », ajoute Yann Tholozan, enseignant de mathématiques au lycée Vauvenargues à Aix-en-Provence. Ce qui ne signifie pas qu’on y va les mains dans les poches.

Trois enseignants vous donnent huit conseils à ne pas négliger:

1. Récupérer ses notes et les analyser

C’est la première étape, une fois votre admission au rattrapage connue. Il faut d’ailleurs quitter rapidement son lycée pour éviter de se laisser démoraliser par ses copains qui, eux, ont eu le bac au premier tour et ont envie de le fêter. Le temps de celui qui va au rattrapage est compté… La fête ce sera après le second tour. Vous aurez tout l’été pour ça. Mais avant, soyez méthodique.

2. Penser sa stratégie

Le principe du rattrapage est simple. Il permet d’annuler deux notes obtenues à l’écrit du baccalauréat en les remplaçant par deux notes obtenues à des oraux que le candidat repasse. Deux oraux qu’il choisit. Comme le relève Yann Tholozan, « il faut en général opter pour les disciplines à fort coefficient dans lesquelles on a eu les notes les plus faibles… A condition quand même de se sentir de composer à l’oral dans les deux disciplines et d’être capable de faire mieux qu’à l’écrit ». L’enseignant conseille de faire ses calculs en mettant des notes fictives – mais possibles – et en appliquant les coefficients, pour voir quelle matière permet de passer le cap des 10 sur 20 et donc d’avoir le bac.

3. Discuter avec ses enseignants

Avec vos simulations, allez voir vos enseignants dans votre établissement. Ils sont à votre disposition ou sont joignables pour vous aider à faire le bon choix. Ils vous connaissent, savent si vous pourrez assurer à l’oral dans leur discipline et si vous pouvez escompter mieux que votre note d’écrit. A Chérioux, en banlieue parisienne, Corinne Barre attend ses élèves avec leur feuille de notes. « En bac ES, ceux qui passent au second tour ont très souvent raté l’histoire-géographie et les sciences économiques. C’est très souvent le duo qu’ils choisissent… certains prennent les langues vivantes ou les mathématiques. Pour les langues, ça marche pour ceux qui sont meilleurs à l’oral qu’à l’écrit… Pour les mathématiques, il faut se sentir de faire un oral dans cette discipline », ajoute l’enseignante.

Hugo Billard, qui enseigne au lycée de Sain-Cyr-l’Ecole (Yvelines), estime que l’histoire-géo au rattrapage, ce n’est pas pour tout le monde. « Je ne conseille de choisir cette discipline qu’aux candidats qui ont eu en dessous de 7 sur 20. Lorsqu’on a eu 9 ou 10, cela ne sert à rien car il est difficile d’y avoir un 15 ou 16 », précise l’enseignant.

4. S’inscrire auprès de son centre d’examen

Une fois le choix des deux disciplines arrêté, il faut s’inscrire dans son centre d’examen. C’est lui qui établit les dates des oraux avec les jurys

5. Travailler d’arrache-pied

Une fois les disciplines choisies, il faut se mettre en travail. Le compte à rebours est lancé ! « Je donne tous les ans le même conseil à mes élèves. Que ceux qui ont eu le baccalauréat d’emblée aident leurs camarades. Je les incite à leur donner leurs fiches de révisions. Et s’il manque un cours à un élève admis au second tour, je lui photocopie le mien. Il faut qu’il connaisse bien les grandes notions du programme. On n’attendra pas de lui un approfondissement sur un auteur, mais une bonne présentation des notions au programme et la preuve qu’il a travaillé », rappelle Mme Barre.

En mathématiques, même chose. « Je donne en général à mes élèves des QCM qui permettent de réviser le programme de l’année. L’élève va avoir 4 ou 5 questions lors de son oral qui vont lui permettre d’aborder une bonne partie du programme. Il faut qu’il montre qu’il a travaillé, qu’il sait de quoi on lui parle. Même s’il n’a pas le temps de tout faire, il faut qu’il prouve qu’il sait comment s’y prendre, qu’il a de la méthode. »

6. Ne jamais oublier qu’un examinateur est un enseignant !

M. Tholozan et Mme Barre donnent tous les deux le même conseil : « Ne pas dire à son examinateur qu’on n’a pas étudié ce chapitre en classe » ou « que le prof était nul ». « Ce genre de réflexion indispose plutôt l’examinateur », rappelle Corinne Barre. Il ne faut jamais oublier que celui qui fait passer l’oral est un enseignant qui connaît par cœur les tactiques des lycéens… Il ne faut pas oublier non plus qu’il faut structurer sa prestation orale.

« En histoire-géographie, c’est très vrai. Il faut absolument produire un exposé structuré. Sur votre feuille de préparation, vous devez avoir dégagé une problématique et établi un plan structuré en trois parties avec trois sous-parties. Il peut manquer des choses, ce n’est pas très grave, mais vous devez montrer vos capacités à organiser logiquement un travail », rappelle l’enseignant. « Cet oral est une occasion de montrer votre intelligence. En établissant un croquis ou une carte, vous prouvez que vous êtes capable de schématiser des relations entre plusieurs événements… et vous marquez forcément des points », ajoute-t-il.

7. Se mettre dans la tête que son examinateur est un allié

« Un enseignant qui fait passer les oraux est plutôt enclin à la bienveillance. Je vais mettre une mauvaise note à l’élève qui ne connaît pas les notions ou les cours… Mais je peux aussi mettre un 18 sur 20 », rappelle Corinne Berre. « On sait en faisant passer les oraux qu’on n’aura pas affaire aux meilleurs élèves. On ne s’attend donc pas à des merveilles. En mathématiques, on va essentiellement poser des questions de cours. Et si l’élève sèche sur un point, on va l’interroger sur d’autres sujets pour lui permettre de se rattraper », ajoute Yann Tholozan.

Les deux enseignants ont déjà vu des élèves transformer un « 3 » ou « 4 » obtenu à l’écrit en un 18 sur 20 à l’oral. D’ailleurs, certains enseignants demandent aux élèves combien de points il leur manque. Cette question montre assez bien l’esprit d’une épreuve qui ne s’appelle pas « rattrapage » pour rien !

8. Gérer son temps

La durée de l’épreuve varie en fonction de la matière. En général, elle dure quarante minutes : vingt minutes de préparation et vingt minutes de passage. En histoire et géographie, vous aurez deux sujets, l’un en « majeure », l’autre en « mineure », comme lors de l’écrit. « Il faut toujours commencer par préparer sa mineure. Trop d’élèves se laissent prendre par le temps, passent vingt minutes sur la majeure et arrivent devant l’examinateur sans avoir du tout réfléchi à la mineure. C’est une erreur tactique qui coûte cher. Il faut passer cinq minutes sur la mineure qui vaut un quart des points », précise Hugo Billard.

9. Ne pas oublier

… sa carte d’identité et son relevé de notes. Ce sont des pièces obligatoires. Mais il est autre chose à ne pas oublier : la politesse. « Soyez poli ! » rappelle Hugo Billard. « Le baccalauréat est un sésame pour l’enseignement supérieur. Pour franchir cette étape, vous devez montrer que vous êtes capable de vous plier aux codes de notre société. La politesse en fait partie. Que vous le vouliez ou non, vous serez aussi évalué sur votre courtoisie. Il n’y a pas de points spécifiques au barème pour cela, mais l’examinateur y est sensible », rappelle l’enseignant.

Vous pouvez le faire. Bon courage !

bac

 

Deux enseignants ont accepté de donner leur méthode et leurs trucs imparables pour faire la différence.

Laissons-leur la parole, à l’approche du bac.

Opinion du 1er correcteur:

« Chaque élève de terminale connaît l’art de la bonne copie : questionnement clair, argumentation logique, exemples expliqués, un ou deux schémas légendés, un croquis structuré, le tout lisible et propre, et en bon français, s’il vous plaît.

STYLE ET MAÎTRISE DU FOND

Mais une excellente copie ?

Elle s’en différencie, à chaque phrase, par le style comme par la maîtrise du fond. Idées et exemples n’y sont utilisés qu’une fois, les personnages et les faits sont replacés précisément dans leur contexte, les notions reliées à leur concepteur…

Si la bonne copie répète efficacement, l’excellente copie démontre. Elle s’appuie sur des faits précis et les confronte à des points de vue ou des espaces différents.

Par exemple, dans une bonne copie, les Etats-Unis sont qualifiés en 1991 de vainqueurs de la guerre froide et de gendarmes du monde, ce qu’ils restent malgré une tentation isolationniste ancienne. Une excellente copie ajoute que cette tentation s’accompagne paradoxalement d’une crainte du déclin.

Elle le prouve en décrivant la polémique intellectuelle qui voit s’opposer en 1990 l’historien britannique Paul Kennedy, qui pense ce déclin inévitable, et le géopoliticien américain Joseph Nye, pour qui on ne peut plus définir la puissance seulement par la projection militaire ou la production économique, mais aussi par la capacité d’influence (soft power).

excellente copie au bacRÉDIGÉE POUR CONVAINCRE UN LECTEUR EXTÉRIEUR

Une excellente copie est une bonne copie qui confronte les concepts, cite des savants, se sert de citations non tronquées pour répondre au sujet posé. Face à des documents, elle ne se contente pas d’expliquer ce qu’ils avancent, mais se demande aussi ce qu’ils ne montrent pas.

Une excellente copie est rédigée pour convaincre un lecteur extérieur de sa maîtrise du verbe et des idées, en réponse à une question rarement surprenante, et non pour prouver à un professeur que l’on a seulement bien appris son cours. »

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Opinion du 2ème correcteur:

« Imaginez un compteur dans l’esprit du correcteur : un arc de cercle gradué de 1 à 20, parcouru par une aiguille qui oscille selon la satisfaction qu’il éprouve en lisant votre copie. Supposez que rapidement installée dans la partie de droite, l’aiguille se stabilise au-dessus de 15, et pourquoi pas vers 18. Que se sera-t-il passé ?

INTRODUCTION

Dans l’introduction, vous m’aurez montré que vous avez bien saisi le sujet, en le reformulant par une question qui pourrait commencer par « autrement dit ». C’est essentiel. Vous aurez ensuite pris un peu de distance, en indiquant le domaine ou le contexte dans lequel la question se pose. Ou pourquoi on se la pose.

Puis vous aurez écrit une série de trois à cinq nouvelles questions qui détaillent l’interrogation initiale. Je comprends que c’est votre plan.

DÉVELOPPEMENT

Chacun de vos paragraphes commence par une des questions de votre liste, ou bien par une affirmation présentée comme hypothèse. Je comprends bien le contenu et l’enchaînement de votre développement : vous faites une objection et, en y répondant, vous précisez ce que vous écriviez précédemment, ou bien vous prenez un exemple qui vous sert de point de départ pour une minidiscussion, ou encore vous partez d’une formule de philosophe (une citation), que vous dépliez comme une petite explication de texte, pour insérer une théorie apprise en classe qui vient éclairer le point où vous en êtes. L’aiguille du compteur est vraiment du bon côté.

Combien de parties dans votre devoir ? Entre trois et cinq.

De toute façon, il n’y a pas de norme absolue, ce sont de grandes étapes centrées sur les questions que vous avez rangées dans l’ordre le plus logique et le plus convaincant pour parvenir à la position que vous avez décidé de défendre.

CONCLUSION

J’en suis dans ma lecture au premier tiers de votre dernière partie. J’ai une idée de ce que vous allez conclure. Tant mieux, c’est bon signe. Pour la conclusion, vous répondez sobrement à la question initiale.

Toutes les fautes ont été corrigées, le vocabulaire philosophique est bien maîtrisé ; le sujet est saisi sans erreur ; la pensée est logique et claire.

Peut-être la position que je défendrais moi-même ne serait-elle pas la vôtre, mais peu importe. Il y a des philosophies dans la philosophie, et celle que vous avez pratiquée se tient bien. »

Source: lemonde.fr