« Nous sommes très préoccupés ».

Pour les médecins qui souhaiteraient avoir un panorama complet des connaissances sur le nouveau coronavirus, deux scientifiques proposent une revue exhaustive de la littérature.

Laurent Lagrost est Directeur de recherche à l’INSERM. Didier Payen est l’ancien chef du service d’anesthésie-réanimation de l’Hôpital Lariboisière à Paris.

Après deux mois d’annonces, de révélations, d’étonnements et de réactions, nous y voyons un peu plus clair, grâce à la fulgurance de la réaction sanitaire, épidémiologique, scientifique, sociologique, politique et économique.

La lecture attentive des données récentes, et maintenant disponibles, semble confirmer l’impérieuse nécessité de considérer la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19), maladie infectieuse causée par le coronavirus SARS-CoV-2, avec beaucoup de sérieux et de pragmatisme.

Ceci n’exclut pas, bien au contraire, de rester positif et optimiste grâce à la rigueur d’analyse des faits, en évitant la panique née de l’ignorance, de l’incohérence d’attitude ou de la course au sensationnel.

Ainsi, les sources les plus sérieuses comme le relevé global des cas rapportés chaque jour par l’Université Johns Hopkins CSSE, les publications volontairement rapides en accès libre dans les prestigieux Lancet, Journal of American Medical Association et New England Journal of Medicine par des équipes chinoises en collaboration avec des auteurs extérieurs, nous éclairent et nous instruisent (1-3). Le SARS-CoV-2 qui nous touche (ou peut-être les SARS-CoV-2 comme il ressortira peut-être un jour des études rétrospectives) est un réel danger.

Si les comparatifs en vogue mais nécessaires avec le SRAS, le MERS, Ebola ou autres épidémies H1N1 présentent un réel intérêt pour les experts épidémiologistes et cliniciens, leur présentation « à la découpe » dans les médias semble pouvoir produire aujourd’hui un effet contre-productif et erratique dans l’esprit du grand public, premier concerné.

La transparence, si nécessaire pour tous, semble trouver des limites dictées parfois par des connotations affairistes et/ou politiques, arguant de la nécessité d’éviter la « panique ».

Celle- ci naît pourtant de l’ignorance ou pire du doute sur l’information donnée.

Ainsi, s’il est reconnu aujourd’hui que la pandémie de grippe espagnole de 1918, due à une souche H1N1, a tué entre 50 et 100 millions d’individus, plus que la peste noire, bien peu de nos compatriotes la placeraient pourtant d’emblée devant la première guerre mondiale et la considèreraient tout aussi massacrante que la seconde. Et pourtant.

Ainsi, les virus de l’infiniment petit semblent précipiter l’humanité dans un abîme de perplexité et d’oubli.

Aujourd’hui, le vaccin contre la grippe saisonnière existe, mais le citoyen français rechigne pourtant à se faire vacciner, devant le doute semé sur l’innocuité du vaccin.

Pied de nez à notre histoire, à celle des grandes guerres ou à celle de Louis Pasteur ?

Fruit d’une désinformation coupable auprès d’esprits rebelles ?

Il demeure que la grippe saisonnière tue entre 6 000 et 15 000 personnes chaque année dans notre pays pour un taux de mortalité de l’ordre de 0,1%, soit 20 à 25 fois plus faible que le taux de mortalité évalué pour l’instant pour le SARS-CoV-2.

Au passage, les nouvelles pour la grippe saisonnière au cours de l’hiver 2019-2020 ont été exceptionnellement bonnes avec seulement 52 morts à ce jour.

Il est raisonnable de considérer le taux de mortalité du SARS-CoV-2 beaucoup plus élevé que celui de la grippe.

Si le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) et le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) ont un taux de mortalité beaucoup plus élevé que celui de la grippe saisonnière et de la Covid-19, leurs propagations ont été relativement lentes et ont concerné finalement beaucoup moins de cas.

Enfin, si Ebola fait trembler l’Afrique et le Monde, avec un taux de mortalité considérable (de l’ordre de 40 à 50% avec 15.000 décès depuis 1976), sa dissémination a été beaucoup, beaucoup plus lente que celle du SARS-CoV-2.

Une illustration nouvelle d’un principe : un virus qui tue moins a plus de chances de se propager qu’un virus qui tue davantage ou le résultat d’une arithmétique dans laquelle le premier aura plus d’opportunités, et donc une plus grande probabilité de se reproduire et se transmettre que le second.

En fait, considérer chacun des paramètres (contagiosité, stabilité et affinité du virus, mortalité…) de manière isolée expose à des biais.

Seule une combinaison complexe de toutes les caractéristiques d’un virus est de nature à en qualifier sa dangerosité.

Et puis, à la complexité de la froide équation du calcul de risque vient s’ajouter le vertige immense de l’univers des grands nombres, malheureusement trop souvent galvaudé par le confort facile des fractions et des pourcentages. Le passage de 10 à 20 cas fin 2019 en chine n’a pas inquiété ni impressionné grand monde, contrairement à celui de de 20.000 à 40.000 un mois plus tard. Et pourtant, il s’agissait bien dans les deux cas d’un doublement du nombre de cas.

Enfin, et au-delà des chiffres et du décompte froid et glacial des cas et des décès, quid des femmes et des hommes, de leurs existences, de leurs relations et de leurs expériences en somme ?

Quid des formes sévères et des séquelles de celles et ceux qui ne sont pas morts mais n’ont pas encore récupéré, des comorbidités, des complications, de leurs conséquences sur la qualité de vie future, des cicatrices aux us et coutumes et aux mœurs sociales et culturelles, des liens transgénérationnels, des impacts économiques ?

Au cœur de la cellule familiale, les individus trouveront-t-il vraiment du réconfort au pied du gisant de leur aïeul dès lors qu’ils seront instruits que le taux de létalité reste tout de même moins élevé pour celles et ceux qui sont dans la force de l’âge ?

Les hommes jalouseront-ils les femmes pour leur plus grande résistance au SARS-CoV-2 ?

Commettront-ils la maladresse de ne plus contrôler leur température sous prétexte que d’autres l’ont masquée en prenant du paracétamol ?

Oublieront-ils de se laver les mains au savon au prétexte que la fiole de gel hydroalcoolique est vide ?

Leur refusera-t-on l’accès aux masques FFP2 ou FFP3 au prétexte qu’ils ne serviraient à rien quand on ne sait pas s’en servir ?

Celles et ceux avec qui nous avons échangé ces dernières semaines connaissent déjà notre opinion et notre position sur la Covid-19 et ses conséquences.

Nous sommes très préoccupés.

Cela n’engage que nous et beaucoup restent très dubitatifs et auraient tendance à ramener et résumer notre position à celle de pessimistes rabat-joie, de bougons invétérés ou bien encore d’oiseaux de mauvais augure.

Nous n’en voulons à personne bien sûr mais, au risque de nous tromper et de nous couvrir de ridicule, nous insistons tout de même…

La Covid-19 est un réel danger, alors… agissons !

Coronavirus SARS-CoV-2, de qui parle-t-on ?

Les virus sont aussi vieux que les cellules constituant les organismes terrestres et certains scientifiques pensent même que les premiers sont probablement issus des seconds.

Le virus de la Covid-19, le SARS-CoV-2, comme les autres betacoronavirus, appartient à la très large famille des Coronaviridae.

Constitués notamment d’un ARN simple-brin de grande taille, ils sont en constante mutation et évolution.

Bien que capables d’infecter plusieurs espèces, au premier rang desquelles les chauve-souris, à ce jour, 7 types de coronavirus ont été identifiés comme pouvant infecter l’Homme, avec des conséquences allant de bénignes à graves (comme pour le SRAS-CoV en 2002 et le MERS-CoV en 2012).

Pourquoi donc ces yeux hagards et dubitatifs découvrant aujourd’hui sur les flacons de gel hydroalcoolique, fabriqués avant l’arrivée du nouveau SARS-CoV-2, l’indication « Coronavirus » ?

La raison pour laquelle les coronavirus sont mentionnés sur les étiquettes des produits, pourtant manufacturés il y a quelques années, est… qu’ils existent depuis des millions d’années et ont suscité une inquiétude particulière depuis 2002, année d’apparition du SRAS.

Tout simplement.

Les rois des imbéciles à la source des versions complotistes les plus délirantes circulant aujourd’hui sur la toile et concernant l’origine douteuse des coronavirus ont donc, eux aussi, droit à leur couronne.

Le SARS-CoV-2 est plutôt discret et très contagieux.

Il sera donc difficile à contenir.

Son affinité pour les cellules humaines et pour le récepteur ACE-2 (l’enzyme de conversion de l’angiotensine), sa porte d’entrée dans la cellule, serait 10 à 20 fois plus élevée que celle du SRAS-CoV, d’où une très forte transmissibilité, y compris par des sujets asymptomatiques.

Un vrai problème.

Chez les patients infectés, le SARS-CoV-2 a pu être retrouvé dans de nombreux fluides et excrétions biologiques (sécrétions de la bouche et du nez, sang, selles, urines…). Les possibilités et modalités de transmission sont donc multiples. Elles augmentent ainsi les incertitudes et compliquent les recommandations.

La survie du SARS-CoV-2 sur surface inerte serait de l’ordre de 1 à 9 jours, en particulier en atmosphère humide et à basse température.

Une bonne nouvelle tout de même : le SARS-CoV-2 est sensible aux désinfectants usuels tels que l’eau de Javel à 0,5%, l’eau oxygénée ou l’alcool à 70% (source : Société Française de Microbiologie (SFM) – 21/02/2020).

En France, le diagnostic spécifique de la COVID-19 est réalisé actuellement par une méthode de biologie moléculaire (RT-PCR spécifique) sur un écouvillonnage nasopharyngé dont le résultat peut être obtenu entre 1 et 4 heures selon la technologie utilisée. Aucun test commercial simple n’est actuellement disponible.

Les caractérisitiques des personnes infectées

Plusieurs articles ont été récemment publiés et donnent un premier aperçu des caractéristiques des patients infectés par le SARS-CoV-2 en Chine.

Ils portent sur des groupes de 52 à 72.314 cas (1-3).

Comme pour le SRAS-CoV et le MERS-CoV, le SARS-CoV-2 peut entraîner des infections respiratoires dont les manifestations vont du simple rhume à un syndrome respiratoire sévère, pouvant nécessiter intubation et ventilation.

En bref, comme communiqué par l’OMS et dans l’ordre, les symptômes de la Covid-19 sont la fièvre (88%), la toux sèche (68%), la fatigue (38%), la production d’expectorations (33%), le souffle court (19%), la gorge irritée (14%), les maux de tête (14%), les douleurs musculaires (15%), les frissons (11%), la nausée ou les vomissements (5%), la congestion nasale (5%) et la diarrhée (4%).

Certains patients infectés n’ont aucun symptôme et déclarent se sentir bien (4, 5).

Il ressort des études récemment publiées que 80 à 85% des sujets infectés par le SARS-CoV-2 n’ont pas ou peu de symptômes, alors que 15 à 20% développent une maladie plus sévère, souvent associée à un âge avancé ou à d’autres comorbidités.

Enfin, et c’est là le point le plus inquiétant, environ 5% des sujets infectés entrent dans une phase critique de la maladie et sont admis dans les services de maladies infectieuses et de réanimation médicale, pour un taux de mortalité de l’ordre de 50% dans ce groupe, un même ordre de grandeur que pour les patients présentant un choc septique.

Au total, sur l’ensemble des patients infectés symptomatiques, le taux de mortalité est de l’ordre de 2,3%.

Beaucoup plus que pour la grippe saisonnière donc.

Le SARS-CoV- 2 infecte toutes les classes d’âge, mais de façon différenciée. 87% des patients ont entre 30 et 79 ans, alors que moins de 1% sont dans la classe d’âge inférieure à 10 ans.

La fréquence des formes sévères et le taux de mortalité augmentent avec l’âge (15% chez les patients de plus de 80 ans et 8% chez les patients entre 70 et 79 ans) (2).

Il est donc temps de se questionner sur l’origine de l’hétérogénéité de la réponse des individus face à ce virus, entre l’absence de symptôme et la survenue d’un état grave potentiellement mortel.

Cette question suggère l’impérieuse nécessité de connaitre la réponse de l’hôte à cet antigène viral. Elle reste, pour le moment, relativement méconnue et doit faire l’objet d’un énorme effort de recherche. Nous devrons en avoir les moyens. Les crédits de recherche permettront d’approfondir la virologie, mais aussi la connaissance de la réponse inflammatoire de l’hôte. A défaut, le clinicien se cantonnera à des traitements de support, dans l’espoir d’une issue positive.

Pour l’heure, on ne peut que recommander la vigilance, la protection et le confinement.

La nation chinoise a été remarquable de réactivité, de lucidité, de sérieux, même si cela s’est traduit par une dimension politique forte. Hommage à la mémoire du Docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte.

Une situation totalement inattendue et inimaginable, notamment à titre expérimental, concerne le navire de croisière Diamond Princess (6).

Ce bateau transportait 3700 passagers, parmi lesquels 10 cas d’infection au SARS-CoV-2 ont été détectés dès le 3 février 2020.

Le 20 février 2020, soit 17 jours plus tard, 619 passagers et personnels de bord (17%) ont été détectés positifs. En fait, le taux de reproduction de base (R0 ou nombre de cas secondaires produits par un individu infectieux) a été évalué 4 fois plus élevé que celui mesuré au cours de la même période dans la ville de Wuhan en Chine.

Illustration et confirmation, si besoin était, que le rassemblement de nombreuses personnes dans un même endroit est propice à la propagation très rapide du virus si les conditions d’isolement ne sont pas parfaites.

Sans intervention (confinements et quarantaine sur le bateau), une publication récente a toutefois estimé que 79% des passagers (en place des 17% constatés) auraient été contaminés sur la même période (6).

Donc, il faut être proactif car la promiscuité amplifie considérablement le risque de transmission du virus.

Mais prendre les bonnes mesures n’est pas une affaire aussi simple.

Ainsi, des chercheurs ont récemment calculé que, si la mise en quarantaine et l’isolement dans leurs cabines des passagers du Diamond Princess a de fait prévenu l’apparition de quelques 2000 cas supplémentaires sur le bateau, une évacuation précoce du navire, dès le 3 février, aurait permis de détecter et d’isoler les 76 porteurs du virus estimés à la date du 3 février et aurait permis d’éviter la propagation qui a suivi à bord.

Une autre illustration donc, celle de la complexité des situations, des approches, des prises de décision et de la mise en œuvre des dispositifs de prévention.

Que faut-il en déduire enfin ?

Que le diagnostic précoce, sur une très large échelle et y compris chez des patients asymptomatiques, permettrait d’identifier et d’isoler très tôt les sujets porteurs dans des conditions appropriées en terme de confinement et d’acceptation psychologique.

La mesure a été récemment appliquée en France mais à petite échelle et pour des groupes de patients de retour de zones à risque, mais asymptomatiques et finalement non-infectés, donc, comme ce fut le cas, sans transmission et amplification au sein du groupe.

Heureusement.

Mais cette situation n’a pas permis d’évaluer en conditions réelles le risque de créer un nouveau cluster au sein duquel le virus se propage en touchant une majorité si ce n’est la quasi-totalité des individus, amplifiant ainsi l’infection que l’on souhaite pourtant combattre.

Il faudrait donc dépister largement pour identifier, puis isoler les individus positifs, mais pas en cluster !

Donc travailler urgemment à l’échelle du foyer familial en prônant les mesures hygiéniques et l’isolement individuel, et non plus travailler seulement à l’échelle d’un large groupe d’individus, ce qui peut être contreproductif et augmenter le réservoir à virus.

Il est possible d’affirmer aujourd’hui sans détour que la Covid-19 est au moins autant contagieuse que la grippe saisonnière mais est, aussi et surtout, beaucoup plus mortelle.

L’assomption fausse « la Covid-19 n’est pas plus grave que la grippe saisonnière », que nous avons maintes fois entendue ces dernières semaines, y compris après la publication des données chinoises, illustre à elle- seule l’incrédulité.

Elle préfigure la difficulté pour certains de nos concitoyens à accepter, sans broncher, la perspective d’une mise en quarantaine au domicile familial.

Elle pourrait pourtant s’avérer incontournable et se pratiquer sur une large échelle dans les semaines qui viennent.

Dans ce contexte, les impacts psychologiques d’une mise en quarantaine ne sont pas à négliger et doivent être anticipés.

Ils peuvent aller jusqu’aux symptômes du stress post-traumatique et incluent pêle-mêle la confusion, la colère, la frustration, l’ennui, ainsi que la crainte du rationnement, du défaut d’information, de la perte financière et de la stigmatisation (7).

Mais, en situation de crise, nos compatriotes ont montré par le passé qu’ils savent, dans des conditions critiques et dramatiques, faire preuve de réalisme, de courage, de responsabilité et de cohésion.

Il faut donc faire confiance aux citoyens et à leurs valeurs en diffusant largement et sans détours les vraies informations, seules capables de combattre les fake news, même si elles sont inquiétantes.

Cacher les informations, masquer nos ignorances et nier nos limites ne sert à rien, si ce n’est à inquiéter davantage, à instiller le doute, à réduire l’adhésion à une démarche responsable et altruiste et à renforcer les comportements compulsifs.

Le sentiment d’appartenance et l’adhésion à un protocole d’isolement se conjugueront et se nourriront toujours davantage d’une démarche éclairée et volontaire que d’une disposition contrainte et mal comprise, qui sera souvent perçue comme liberticide.

Comment se protéger ?

Alors, comment s’y prendre ? Le virus de la Covid-19 se transmettant principalement de personne à personne, une première et sage précaution consiste à se tenir à distance (de l’ordre de 2 mètres) de son interlocuteur, tout particulièrement en cas de toux et d’éternuements puisque le virus est contenu dans les gouttelettes respiratoires. Ainsi, les contacts physiques doivent être bannis, du moins temporairement…

Mais, écartons d’emblée certaines craintes.

Le modèle social à la française persistera et survivra bien à l’abolition temporaire de la poignée de main et de la bise. Faisons fi de cette épitaphe aux câlins et aux bisous. Notre combat face au virus et notre reconquête sociale passeront par : « je me protège et je m’isole, donc je protège les autres ». Et gardons à l’esprit que si les personnes malades sont les plus susceptibles de transmettre le virus, les sujets asymptomatiques le peuvent également.

Une autre possibilité est la contamination au contact de surfaces ou d’objets sur lesquels le virus est présent. Ensuite, le simple geste de se toucher la bouche, le nez ou les yeux peut constituer un mode de contamination. Le nettoyage des surfaces de façons répétées deviendra un réflexe, sachant que le virus peut rester sur une surface non nettoyée pendant 7 à 9 jours.

La durée d’incubation, évaluée en moyenne à 7 jours, s’échelonnerait entre 2 et 14 jours, avec des durées beaucoup plus longues récemment rapportées, et pouvant aller jusqu’à 28 jours.

Les précautions et consignes doivent donc s’inscrire dans la durée.

Une sage décision en cas d’épidémie de Covid-19 est de décider soi-même de rester à la maison, en limitant au maximum ses déplacements et contacts avec les autres, évitant ainsi toute contamination de personne à personne.

Et ça fonctionne dans les deux sens !

Il convient alors de s’assurer que les éléments essentiels sont à disposition à la maison : produits en quantités suffisantes pour l’entretien des surfaces et le lavage des mains, stock de médicaments pour les personnes sous traitement, réserves raisonnables de nourriture pour éviter de courir au supermarché du quartier, utiliser des chambres et des salles de bain séparées quand disponibles, reporter les rendez-vous et les agapes en famille ou entre amis et interdire à Gros Toutou et Petit Minou de quitter la maison.

Si nos animaux n’ont aucune chance d’être malades et de transmettre le SARS-CoV-2 des humains, ils demeurent très câlins et leur pelage peut alors constituer un hébergement et un véhicule idéal pour les gouttelettes contagieuses des personnes rencontrées à l’extérieur au cours de rendez-vous aussi tendres que secrets. A ne pas négliger : l’accès à l’eau de boisson. Disposer d’un appareil à osmose inverse pour purifier l’eau du réseau est un atout dans ce contexte. La panoplie et les préconisations du survivaliste en somme !

Il faut utiliser des mouchoirs jetables, et observer une hygiène des mains irréprochable.

Le gel hydroalcoolique est bien sûr une solution, mais de seconde intention. En effet, un lavage des mains au bon vieux savon de Marseille sous le robinet fait parfaitement l’affaire lorsqu’il est pratiqué pendant une vingtaine de seconde, et ceci après chaque contact potentiellement contaminant.

Le port de gants jetables constitue également un excellent réflexe, à condition de s’en débarrasser correctement. Outre l’hygiène du corps, l’entretien méticuleux des surfaces et des objets est un Must.

Et les masques enfin ? Bien que largement et injustement dénigrés, ils sont pourtant très utiles et très efficaces.

Leur inefficacité apparente provient, pour une très grande part, d’erreurs et d’un déficit de formation à leur bonne utilisation. Ainsi, contrairement au masque chirurgical classique, seuls les masques de norme FFP2 ou FFP3 bloquent l’entrée du virus dans les voies respiratoires.

Ceci reste vrai que si le masque est bien adapté et positionné sur le visage sans fuites sur les bords. Les masques FFP2 et 3 deviennent vite humides et, donc, la barrière qu’ils constituent inefficace.

Ils doivent être renouvelés toutes les 2 à 3 heures avec précaution, le filtre du masque lui-même constituant un piège à virus potentiellement contaminant.

Les masques FFP2 sont essentiels aux personnels soignants pour lesquels il est impératif d’y accéder de façon prioritaire et non-contingentée.

L’épisode que nous traversons a une valeur éducative, en permettant de répéter et d’imprimer des réflexes bien maitrisés. Gardons à l’esprit que la mise en œuvre de ces bonnes pratiques appelle de la systématicité et de la rigueur et doivent être observées sur la durée.

Mais avec le temps et l’expérience, les habitudes se prennent vites. Elles ajoutent une dimension citoyenne à la crise, des citoyens aidant d’autres citoyens quand ils faillissent.

Les occasions manquées

Notre pays a pourtant déjà connu des alertes, chaque année avec la grippe saisonnière et en 2009 avec la grippe H1N1.

Cette dernière a conduit à l’achat de doses vaccinales en très grand nombre (pour un coût total de l’ordre de 400 millions d’euros) et au stockage de très nombreuses boites de Tamiflu dans les hôpitaux, médicament qui n’a malheureusement aucun intérêt dans le contexte de la Covid-19.

Le vaccin est arrivé rapidement, mais moins vite que la décroissance de l’épidémie qui était déjà amorcée.

Ceci a laissé des traces dans les esprits, la population pensant avoir été alertée pour des raisons futiles et, même, pour rien. Inutile de ressasser les regrets, mais il y eut bien des rendez-vous manqués, notamment celui de l’information et de la formation du grand public.

Par exemple, on peut déplorer que des masques FFP2 n’aient pas fait l’objet d’une fabrication anticipée et sur une très large échelle, d’une distribution large et d’une formation à leur utilisation adéquate au sein de la population de notre pays.

Plus simple encore, les réflexes de base concernant l’évitement des contacts, les distances de sécurité entre individus, le lavage soigneux des mains et les précautions de décontamination ne sont pas, ou sont mal maîtrisés, encore aujourd’hui.

A méditer en comparaison à la culture et aux pratiques courantes dans d’autres pays, comme le Japon.

La détresse et le démantèlement de l’hôpital public au cours des dernières années n’arrangent en rien la situation.

Comme quoi, dans notre pays, nous savons dépenser beaucoup pour de petits riens et économiser peu pour de fâcheuses conséquences.

Et si, pour une fois, nous osions investir beaucoup et nous réinvestir ensemble pour une juste récompense ?

Toutefois, nous risquons d’entrer très prochainement en phase d’épidémie, ce qui malheureusement ne constituera pas le moment le plus opportun pour informer et former efficacement, dans le calme et la sérénité.

On sème mal par temps d’orage…

Les espoirs

Le virus SARS-CoV-2 fait actuellement l’objet d’une recherche intense et acharnée.

Les connaissances progressent chaque jour, qu’elles concernent la nature du virus, son évolution, ses modalités d’entrée dans la cellule, ses conséquences physiopathologiques, la fabrication d’un vaccin, la recherche de nouveaux traitements ou bien encore le repositionnement d’anciens.

Des dizaines d’essais cliniques sont en cours, par exemple avec des molécules antivirales ou des plasmas de patients précédemment infectés. Les objectifs primaires sont notamment d’améliorer les symptômes et de réduire ou supprimer la charge virale.

Une très bonne nouvelle semble peu à peu émerger, même s’il est encore trop tôt pour l’affirmer : le SARS-CoV-2 n’aime pas le beau temps et pourrait être sensible aux UV et au temps chaud et sec.

L’examen attentif et quotidien, depuis près de deux mois, de la progression pays par pays du nombre de cas est très éclairant.

Actuellement, la Covid-19 se limite principalement à l’hémisphère nord, en se propageant sur un axe est-ouest. La progression sur un axe nord-sud est très faible et les pays de l’hémisphère sud qui ont importé le SARS-CoV-2 ne semblent pas connaître d’explosion de la propagation et du nombre de cas. Il nous faut donc garder espoir et nous montrer attentifs et patients en attendant… le réveil de la marmotte !

De plus, et avec les beaux jours, les comportements changeront. Avec la vie au grand air, moins de temps passé dans les espaces clos, donc moins de risque de transmission.

Enfin, les coronavirus contiennent un ARN simple-brin de grande taille, sujet aux erreurs au moment où il est recopié dans la cellule, contrairement à la molécule d’ADN double brin beaucoup plus stable. Les coronavirus ne disparaitront pas, mais il est raisonnable de penser que l’ARN de grande taille et son instabilité constituent le talon d’Achille du SARS-CoV-2.

Très probablement, comme ce fut toujours le cas par le passé, le coronavirus mutera, encore et encore. Le vent mauvais pourrait donc finir par tourner et la mauvaise pioche de 2019 pourrait très bien ne pas durer et laisser la place à un nouveau modèle de coronavirus beaucoup moins méchant.

Puissions-nous un jour dire : le SARS-CoV 2019 est mort, vive le SARS-CoV 2020 ou 2021…

Une crainte subsistera

Si l’on espère une accalmie de la météo virologique au cours de l’été prochain dans notre pays, il faut garder à l’esprit que le SARS-CoV-2 aura contaminé un très grand nombre d’individus.

De fait, il s’est d’ores et déjà exporté dans les pays de l’hémisphère sud.

Si aucune solution n’est trouvée dans les mois qui viennent, une propagation du SARS-CoV-2 peut être redoutée dans les pays du sud au cours de l’hiver austral.

Nous pourrions alors connaitre un effet boomerang, du sud vers le nord, à l’automne prochain.

Il ne faudra donc pas baisser la garde et l’été prochain dans notre pays pourrait ouvrir une fenêtre propice au lancement d’une grande campagne d’information et de formation et ainsi combler nos retards et déficits en termes d’éducation et de prévention auprès de l’ensemble des citoyens, en plus des grands plans pandémie déjà opérationnels à l’hôpital.

Si ça ne sert pas pour la Covid-19, ça pourra toujours servir pour d’autres menaces de pandémie qui risquent de se répéter dans le futur…

1 – Yang X, Yu Y, Xu J, Shu H, Xia J, Liu H, Wu Y, Zhang L, Yu Z, Fang M, Yu T, Wang Y, Pan S, Zou X, Yuan S, Shang Y. Clinical course and outcomes of critically ill patients with SARS-CoV-2 pneumonia in Wuhan, China: a single-centered, retrospective, observational study. Lancet Respir Med. 2020 Feb 24:S2213- 2600(20)30079-5. doi: 10.1016/S2213-2600(20)30079-5. Epub ahead of print. Erratum in: Lancet Respir Med. 2020 Feb 28;: PMID: 32105632.
2 – Wu Z, McGoogan JM. Characteristics of and Important Lessons From the Coronavirus Disease 2019 (COVID-19) Outbreak in China: Summary of a Report of 72 314 Cases From the Chinese Center for Disease Control and Prevention. JAMA. 2020 Feb 24:10.1001/jama.2020.2648. doi: 10.1001/jama.2020.2648. Epub ahead of print. PMID: 32091533.
3 – Guan WJ, Ni ZY, Hu Y, Liang WH, Ou CQ, He JX, Liu L, Shan H, Lei CL, Hui DSC, Du B, Li LJ, Zeng G, Yuen KY, Chen RC, Tang CL, Wang T, Chen PY, Xiang J, Li SY, Wang JL, Liang ZJ, Peng YX, Wei L, Liu Y, Hu YH, Peng P, Wang JM, Liu JY, Chen Z, Li G, Zheng ZJ, Qiu SQ, Luo J, Ye CJ, Zhu SY, Zhong NS; China Medical Treatment Expert Group for Covid-19. Clinical Characteristics of Coronavirus Disease 2019 in China. N Engl J Med. 2020 Feb 28:10.1056/NEJMoa2002032. doi: 10.1056/NEJMoa2002032. Epub ahead of print. PMID: 32109013.
4 – Organisation Mondiale de la Santé – https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel– coronavirus-2019/advice-for-public/q-a-coronaviruses
5 – Boston University Medical Campus – https://www.bumc.bu.edu/2020/02/29/a-covid-19-primer– for-the-boston-university-community/
6 – Rocklöv J, Sjödin H, Wilder-Smith A. COVID-19 outbreak on the Diamond Princess cruise ship: estimating the epidemic potential and effectiveness of public health countermeasures. J Travel Med. 2020 Feb 28:taaa030. doi: 10.1093/jtm/taaa030. Epub ahead of print. PMID: 32109273.
7 – Brooks SK, Webster RK, Smith LE, Woodland L, Wessely S, Greenberg N, Rubin GJ. The psychological impact of quarantine and how to reduce it: rapid review of the evidence. Lancet. 2020 Feb 26:S0140- 6736(20)30460-8. doi: 10.1016/S0140-6736(20)30460-8. Epub ahead of print. PMID: 32112714. 6 – Rocklöv J, Sjödin H, Wilder-Smith A. COVID-19 outbreak on the Diamond Princess cruise ship: estimating the epidemic potential and effectiveness of public health countermeasures. J Travel Med. 2020 Feb 28:taaa030. doi: 10.1093/jtm/taaa030. Epub ahead of print. PMID: 32109273. 7 – Brooks SK, Webster RK, Smith LE, Woodland L, Wessely S, Greenberg N, Rubin GJ. The psychological impact of quarantine and how to reduce it: rapid review of the evidence. Lancet. 2020 Feb 26:S0140- 6736(20)30460-8. doi: 10.1016/S0140-6736(20)30460-8. Epub ahead of print. PMID: 32112714.

Laurent Lagrost a dirigé le centre de recherche UMR1231 de l’Inserm et de l’Université de Bourgogne à Dijon et a coordonné le Laboratoire d’Excellence LipSTIC. Didier Payen est Professeur Emerite à l ‘Université Paris 7 et Professeur d’Anesthésie-Réanimation.

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Quelle tragédie !

Un enfant de quatre ans a perdu la vie cette semaine dans le Colorado.

Quelques jours auparavant, sa mère a suivi les conseils des membres d’un groupe Facebook anti-vaccins et a décidé de ne pas lui donner le Tamiflu que lui avait prescrit un médecin.

L’affaire fait grand bruit aux États-Unis.

Sur «Arrêter la vaccination obligatoire» («Stop Mandatory Vaccination»), l’un des plus grands groupes connus de désinformation sur la santé, avec plus de 139.000 membres, des internautes ont sollicité des conseils sur la façon de faire face à la grippe.

Les membres du groupe ont auparavant répandu des théories du complot, selon lesquelles les épidémies de maladies évitables sont des «canulars» perpétrés par le gouvernement. Ils ont contacté en masse les parents dont les enfants sont décédés, suggérant, sans preuves, que les vaccins pourraient être à blâmer.

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La mère d’un garçon du Colorado âgé de 4 ans, décédé de la grippe cette semaine, avait contacté l’un de ces groupes, en précisant qu’elle avait refusé de suivre la prescription de son médecin.

L’enfant n’avait pas encore été diagnostiqué, mais il avait de la fièvre, a écrit la mère. Elle a ajouté que deux de ses quatre enfants avaient reçu un diagnostic de grippe et que le médecin avait prescrit l’antiviral Tamiflu à tous les membres du ménage. «Le doc a prescrit du Tamiflu, je ne l’ai pas pris», a-t-elle écrit.

Le Tamiflu est le médicament antiviral le plus couramment prescrit pour traiter la grippe.

Il peut atténuer les symptômes et raccourcir la durée de la maladie, mais les inquiétudes concernant ses effets secondaires sont courantes, même en dehors des groupes anti-vaccination. La grippe a particulièrement touché les enfants cette saison. Les taux d’hospitalisation pédiatrique sont plus élevés que la normale et 68 enfants sont décédés, selon les centres de contrôle et de prévention des maladies aux Etats-Unis.

Les articles indiquent comment les groupes Facebook dédiés à la désinformation sur la santé tels que les vaccinations peuvent également être utilisés pour solliciter et partager des conseils médicaux potentiellement dangereux. Une étude de l’American Academy of Family Physicians (Académie américaine des médecins de famille) a révélé que 59% des parents ont déclaré que leur enfant avait raté le vaccin contre la grippe au moins une fois en raison de «désinformation ou de malentendu».

Aucun des 45 commentaires sous le post Facebook de la mère ne suggérait des soins médicaux. L’enfant a finalement été hospitalisé et est décédé quatre jours plus tard, selon une collecte GoFundMe lancée en son nom par sa famille.

La mère a également écrit que les «remèdes naturels» avec lesquels elle traitait ses quatre enfants – y compris l’huile essentielle de menthe poivrée, la vitamine C et la lavande – ne fonctionnaient pas, et a demandé au groupe plus de conseils. Elle a alors reçu des conseils sur le lait maternel, le thym et le sureau, dont aucun n’est un traitement médicalement recommandé pour la grippe.

«Parfait, je vais essayer ça», a-t-elle répondu sur le groupe.

Ses messages les plus récents ont désormais été supprimés de «Stop Mandatory Vaccination», mais dans d’autres remontant à 2017, elle a déclaré qu’elle n’avait pas vacciné ses enfants contre la grippe.

Un porte-parole de Facebook a déclaré dans un communiqué : «C’est une tragédie et nos pensées vont à sa famille et à ses proches. Nous ne voulons pas de désinformation sur les vaccins sur Facebook, c’est pourquoi nous travaillons dur pour la réduire partout sur la plate-forme, y compris dans les groupes privés».

Au cours de l’année dernière – au milieu des inquiétudes nationales concernant l’hésitation à l’égard des vaccins et la pire épidémie de rougeole depuis des décennies – Facebook a pris des mesures pour limiter le volume et la portée des groupes qui diffusent du contenu anti-vaccin.

À la suite de décisions similaires prises par Pinterest et YouTube, Facebook a annoncé en mars qu’il limiterait la portée du contenu anti-vaccination. Il a ajouté qu’il ne diffuserait plus de groupes et de pages anti-vaccination dans les résultats de recherche et la barre de recommandations, et n’autoriserait plus les utilisateurs et les groupes à diffuser de fausses informations sur les vaccins pour placer des annonces ou organiser des collectes de fonds. En septembre, Facebook a déployé des avertissements pour les utilisateurs à la recherche de contenu lié aux vaccins.

Mais Facebook a cessé d’interdire les groupes anti-vaccin eux-mêmes, citant la position délicate d’être érigé en arbitre de la vérité.

«Les groupes Facebook sont un foyer de désinformation», a déclaré Kolina Koltai, chercheuse à l’Université du Texas à Austin, qui étudie le comportement des médias sociaux et du mouvement anti-vaccination depuis 2015.

Kolina Koltai a déclaré avoir vu des publications similaires, dans lesquelles des femmes ont signalé que leurs enfants étaient atteints de rougeole ou de cancer et ont reçu des conseils médicalement douteux.

«Ces communautés sont devenues un refuge pour les parents et les femmes, pour se connecter avec les autres et demander de l’aide», a déclaré Koltai.

Lorsque ces groupes recommandent des conseils potentiellement dangereux sur le plan médical, cela peut avoir des conséquences très graves, explique la spécialiste.

 

Sources: nypost.com, Dr. Joseph Mercola (anti-vaccin), etc

 

Est-il temps de quitter Facebook ?

En bref:

  • À la date du 31 décembre 2018, Facebook comptait 2,32 milliards d’utilisateurs actifs dans le monde, un chiffre en augmentation par rapport aux 2,27 milliards recensés à la fin du troisième trimestre de la même année. Ce chiffre inclut les faux profils, dont on estime qu’ils seraient 83 millions
  • Vos passe-temps, vos habitudes et vos préférences sont méticuleusement enregistrés par le site, et vos données personnelles sont ensuite vendues à qui les veut – officiellement à des fins de publicité ciblée, mais il n’existe aucune mesure de protection qui puisse prévenir les escrocs et même les acteurs politiques d’utiliser ces données, comme il est expliqué dans le reportage de l’émission Frontline, « The Facebook Dilemma » (« Le dilemme Facebook »)
  • L’un des précurseurs de Facebook était un site du nom de FaceMash, sur lequel les visiteurs pouvaient donner leur avis sur le charme ou la beauté d’étudiants d’Harvard, à partir de leurs photos – photos que Mark Zuckerberg avait obtenues et utilisées sans autorisation
  • Deux anciens employés de Snopes ont démissionné après avoir découvert que Facebook payait la société Snopes, et poussait les vérificateurs de faits à discréditer les informations susceptibles de nuire à ses annonceurs

En dépit des controverses que soulèvent Facebook et son fondateur, Mark Zuckerberg, depuis quelques années, la plateforme du réseau social continue de se développer.

À la date du 31 décembre 2018, Facebook comptait 2,32 milliards d’utilisateurs actifs dans le monde, un chiffre en augmentation par rapport aux 2,27 milliards recensés à la fin du troisième trimestre de la même année.

Ce chiffre inclut cependant environ 83 millions de faux profils, et ce n’est là qu’un des nombreux dangers de Facebook. Il n’est donc pas surprenant que Facebook monnaye également maintenant votre contribution au site.

Le principal ‘produit’ de Facebook, c’est vous

Vos passe-temps, vos habitudes et vos préférences sont méticuleusement enregistrés par le site, et vos données personnelles sont ensuite vendues à qui les veut – officiellement à des fins de publicité ciblée.

Mais il n’existe aucune mesure de protection qui puisse prévenir les escrocs et même les acteurs politiques d’utiliser ces données, comme il est expliqué dans le reportage de l’émission Frontline, « The Facebook Dilemma » (« Le dilemme Facebook »).

Ce reportage relate l’enquête de James Jacoby, correspondant de Frontline PBS, à propos de l’influence de Facebook sur les démocraties, et sur les paramètres de confidentialité laxistes qui ont permis de détourner et d’utiliser les données de millions d’utilisateurs dans le but d’influer sur les élections américaines.

Le problème, c’est que Facebook a été pris à maintes reprises à faire une utilisation inappropriée des données de ses utilisateurs, et/ou à mentir à propos de ses pratiques de collecte, et il semble que pratiquement rien n’ait été fait pour corriger véritablement ces dysfonctionnements.

Tout son modèle de profit est basé sur la vente d’informations personnelles, qui profite aussi bien à la publicité ciblée qu’aux fraudes ciblées.

Pour les individus qui ont commencé à utiliser Facebook dès leur plus jeune âge, la récolte des données sur leur vie est très certainement incommensurable, et fournit à ceux qui achètent ou accèdent d’une façon ou d’une autre à ces informations un profil extraordinairement complet des individus en question.

Facebook est même capable d’accéder au micro de votre ordinateur ou de votre smartphone sans que vous le sachiez.

Si vous recevez soudainement des publicités pour des produits ou services dont vous venez de parler à haute voix, il y a de fortes chances pour qu’une ou plusieurs applications soient reliées à votre micro, et que vous soyez espionné.

L’origine de Facebook en dit long

Si Mark Zuckerberg affirme que Facebook a été créé « pour rendre le monde plus ouvert et plus connecté » et « donner aux gens le pouvoir de construire des communautés », ses premières interventions dans les réseaux sociaux peuvent difficilement être qualifiées d’altruistes.

L’un des précurseurs de Facebook était un site du nom de FaceMash, sur lequel les visiteurs pouvaient donner leur avis sur le charme ou la beauté d’étudiants d’Harvard, à partir de leurs photos – photos que Mark Zuckerberg avait obtenues et utilisées sans autorisation.

Ainsi qu’il est souligné sur le site Tech Crunch :

« Bloguant à propos de ce que vous étiez en train de faire, vous avez écrit ‘J’ai presque envie de mettre certains de ces visages à côté de photos d’animaux de la ferme, pour que les gens votent pour celui qu’ils trouvent le plus séduisant.’

Juste au cas où il y aurait eu le moindre doute à propos du caractère déplorable de vos intentions.

Les graines de l’entreprise mondiale qu’est devenue Facebook ont donc germé dans un jeu grossier et non autorisé de piège à clics, dont l’idée vous excitait tellement que vous n’avez pas hésité à enfreindre les règles de sécurité, de confidentialité et de morale, uniquement pour gagner quelques vues. »

En effet, le rapport de Frontline commence par une vidéo de Mark Zuckerberg à ses débuts, tournée dans son premier bureau décoré d’un tonneau de bière et de graffitis sur les murs, évoquant le succès surprenant de sa plateforme de réseau social.

À l’époque, en 2005, Facebook venait d’atteindre les 3 millions d’utilisateurs.

Les vérificateurs de faits de Facebook n’ont plus confiance dans le site

Dans un article paru en décembre 2018 dans ‘The Guardian’, Sam Levin indique que de nombreux journalistes embauchés comme vérificateurs de faits pour le site, ont démissionné, expliquant que « la société ignorait leurs inquiétudes et ne mettait pas leur expertise à profit pour combattre la désinformation. »

L’une de ces journalistes, Brooke Binkowski, a déclaré à Sam Levin que Facebook « ne prend rien au sérieux », et que la société « préférait préserver sa bonne image et rejeter la responsabilité sur d’autres ».

Elle a également déclaré qu’elle « était convaincue que Facebook répandait des fake news pour le compte de puissances étrangères hostiles et de gouvernements autoritaires et que cela faisait partie de son modèle d’affaires. »

Brooke Binkowski a été la rédactrice en chef de Snopes, un site de vérification de faits qui a collaboré avec Facebook pendant deux ans. Elle a depuis donné sa démission, et démarré son propre site de vérification de faits.

Une autre gestionnaire de contenu du site Snopes a quitté l’entreprise, déçue des relations de Snopes avec Facebook, et a expliqué qu’elle pensait que les responsables de Facebook faisaient « semblant d’essayer d’empêcher les dégâts, mais qu’ils ne faisaient en réalité rien du tout. »

Elle a également découvert que Snopes était payé par Facebook, ce qu’elle a trouvé « vraiment écœurant », car les deux entreprises « ont des missions totalement différentes ».

Le fait que des employés de Snopes soient écœurés de l’apparent désintérêt de Facebook pour les faits est ironique en soit, quand on sait que le site Snopes lui-même a été critiqué à maintes reprises et accusé d’être mal placé pour discerner la vérité des mensonges, au vu de certains partis pris manifestes.

Tout récemment la vérification par Snopes d’un rapport sur les préjudices liés à un vaccin, réalisée par une ancienne correspondante de CBS, Sharyl Attkisson, a obtenu la note de « F », car le site faisait visiblement tout ce qu’il pouvait pour discréditer le rapport, sans véritablement s’intéresser aux éléments factuels sur lesquels il était basé.

Facebook accusé de créer une propagande

Facebook est également accusé d’avoir fait appel à Definers Public Affairs, une agence de relations publiques, dont l’utilisation de « discours antisémites pour discréditer les critiques » – en l’occurrence un groupe de protestataires baptisé Freedom From Facebook – avait créé « le type même de propagandes que les vérificateurs de faits dénoncent régulièrement ».

D’après The Guardian, les médias partenaires de Facebook (environ 40 au total, répartis dans le monde) sont divisés quant à leurs relations avec Facebook, s’agissant de vérification des faits.

Si certains pensent qu’il s’agit d’une mesure positive, d’autres déclarent :

« … être de plus en plus amers envers Facebook, en particulier suite à des révélations selon lesquelles la société avait payé un cabinet de consultants pour s’attaquer à leurs opposants en divulguant leur association avec le milliardaire et philanthrope juif, George Soros.

Ces attaques ont nourri une théorie de complot bien connue selon laquelle George Soros serait l’homme qui se cache derrière toutes sortes de causes et d’évènements libéraux dans le monde.

Il a plus tard été révélé que Sheryl Sandberg, directrice administrative, avait ordonné à son équipe d’enquêter sur les intérêts financiers de George Soros, après qu’il ait publiquement critiqué l’entreprise.

‘Comment pouvons-nous faire confiance à Facebook alors qu’il fait circuler les mêmes rumeurs que ses propres vérificateurs de faits qualifient de fake news ?’, a déclaré un vérificateur de faits de Facebook…

‘On peut se demander comment ils gèrent les histoires à propos de George Soros sur la plateforme, sachant qu’ils payent des gens spécialement pour essayer de faire le lien entre lui et des ennemis politiques ?’ »

D’après le magazine Wired, l’association Freedom From Facebook était l’idée de David Magerman, ancien cadre dirigeant d’un fonds de couverture, qui a contacté l’institut Open Markets, un groupe de réflexion dirigé par Barry Lynn, qui critique ouvertement les monopoles tels que Google et Facebook.

Les vérificateurs de faits de Facebook accusés de protéger les intérêts des annonceurs

D’après Brooke Binkowski, Facebook « poussait également les journalistes à dénoncer en priorité les fausses informations qui nuisaient aux annonceurs de Facebook ». Cela ne me surprend pas, vu la façon dont mon propre site a été la cible de cette méthode.

NewsGuard – encore un arbitre de la vérité biaisé

NewsGuard est un autre site de vérification de faits qui se positionne comme arbitre mondial de la crédibilité. Un article paru récemment sur le site Slate, met en évidence les répercussions que peut avoir une mauvaise évaluation de la part de NewsGuard, puisque l’entreprise s’est associée à Microsoft pour intégrer ses évaluations dans les critères du navigateur Microsoft Edge.

Si un utilisateur active ce paramètre, tous les résultats de ses recherches, ainsi que toutes les publications des médias sur les fils de Facebook et de Twitter, indiqueront l’évaluation de crédibilité de NewsGuard pour les sites en question.

NewsGuard s’est également associé au système des bibliothèques publiques, de sorte que tous les ordinateurs des bibliothèques affichent ses évaluations.

Le Daily Mail Online – l’un des plus importants journaux en ligne au monde – n’a obtenu qu’une note de 3 sur les 9 critères possibles, ce qui lui a valu un « carton rouge » de NewsGuard, qui avertit les lecteurs que « Ce site ne respecte généralement pas les normes de base d’exactitude et de responsabilité » !

 

Références: mercola.com, divers

Une étude de l’Agence française du médicament précise que le détournement du médicament comme coupe-faim représente 77 % des prescriptions.

Le quotidien Libération consacre un large dossier dans son édition du mardi 6 septembre 2011 à l’enquête sur le Mediator, ce médicament antidiabètique largement prescrit aux personnes en surpoids pour ses effets anorexigènes.

Deux nouveaux témoignages viennent mettre à mal la stratégie de défense du laboratoire Servier dans l’affaire du Mediator. Selon deux chercheurs, celui-ci aurait falsifié des rapports d’experts afin de faciliter la mise sur le marché du médicament.

Selon le journal, deux témoignages ont été recueillis par deux juges parisiens, dont celui de Jean Charpentier, le médecin qui a « rédigé pour Servier les études destinées à obtenir l’autorisation de mise sur le marché du Mediator en 1973″.

Jean Charpentier a reconnu que son travail avait été falsifié pour que la molécule du Mediator soit reconnue comme un antidiabétique. « Il a aussi confirmé que son rapport a été modifié pour supprimer toute référence à l’effet coupe-faim du Mediator ainsi qu’à sa parenté avec l’amphétamine », indique Libération.

Selon eux, le laboratoire aurait sciemment dissimulé les caractéristiques de coupe-faim du médicament afin de le commercialiser sous forme d’antidiabétique en 1973.

D’après Le Figaro, le professeur jean Charpentier, neurochirurgien ayant découvert le Mediator dans les années 1960, a avoué aux juges son étonnement « de voir le Mediator sortir comme antidiabétique car cela n’a rien à voir sur le plan expérimental, ni sur le plan clinique. » De son côté, le pharmacologue Jacques Duhault démontre que le produit est « un puissant anorexigène » et regrette que le laboratoire « n’ait pas arrêté le Mediator en 1999 au nom du principe de précaution. »

« Il n’y a pas eu tromperie »

L’avocat des laboratoires Me Hervé Temime a toutefois réfuté sur Europe 1 toute volonté de tromperie de son client. « Les laboratoires Servier n’ont pas trompé les autorités en masquant le fait que le Mediator était un coupe-faim, ce qu’il n’était pas », a déclaré Me Hervé Temime.

« Servier n’est absolument pas dans le déni. Servier ne conteste pas les travaux qui ont été fait dans les années 1960 et la fin des années 1960 sur cette molécule. Servier considère simplement qu’il n’y a pas eu de tromperie, il n’y a pas eu d’escroquerie, il n’y a pas eu d’obtention indue d’autorisation de mise sur le marché. C’est tout. »

Désinformation

Le témoignage du docteur Charpentier vient cependant renforcer la thèse selon laquelle le laboratoire Servier a exercé une « désinformation » sur son médicament auprès des autorités. Or, si cette désinformation était confirmée par la justice, l’assureur du laboratoire Servier, Axa, refuserait de participer à l’indemnisation des victimes.

Le Fonds public d’indemnisation des victimes du Mediator, lancé jeudi, a déjà reçu plus de cinq cents appels et cent trente dossiers, a indiqué dimanche le ministre de la santé, Xavier Bertrand. Une étude de l’Agence française du médicament précise que le détournement du médicament comme coupe-faim représente 77 % des prescriptions.

5 millions de malades concernés

Le Mediator a été retiré du marché en novembre 2009 en raison des risques cardiaques encourus par les patients. L’antidiabétique, largement prescrit comme coupe-faim, a causé 500 à 2000 morts, selon plusieurs études. Cinq millions de malades l’ont utilisé.

Sources : lemonde.fr, ladepeche.fr, AFP, Alfred Tanneau

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