« Je vais dévisser » : mal-être et dépression explosent en temps de crise sanitaire…

L’incapacité de voir le bout du tunnel, la solitude, l’inquiétude au niveau professionnel.

Le coronavirus, le confinement, et aussi le terrorisme qui continue de frapper, plongent de nombreux Français dans un profond mal-être : les syndromes dépressifs ont doublé en quelques semaines.

« Ce qui est dur, c’est l’accumulation. Il y a eu beaucoup trop de choses cette année », confie Marie, 43 ans. Cette Toulousaine, mère de deux enfants, sent qu’elle est « à deux doigts » de basculer.

Avec son mari médecin généraliste, elle suit les chiffres du Covid de manière « quasi obsessionnelle ». Mais elle essaie chez elle de ne parler que de choses positives : « Sinon, je vais dévisser ». Cette cadre supérieure a depuis dix jours « du mal à bosser, à trouver du plaisir ». « Tout est labeur : s’occuper des enfants, fêter les anniversaires, organiser les Skype avec les copains. J’ai un sentiment d’étouffement« .

Mal-être, déprime et aussi dépression gagnent du terrain.

Entre fin septembre et début novembre, le nombre de personnes dans un état dépressif a doublé, de 10 à 21% selon Santé publique France.

Déjà lors du premier confinement et les mois qui ont suivi, la consommation d’anxiolytiques et de somnifères a augmenté, avec près de 1,6 million de traitements supplémentaires délivrés en 6 mois par rapport au niveau prévisible.

Un appel à l’aide d’une étudiante : « Je vais bientôt avoir 21 ans et le temps que j’ai passé sur terre me semble déjà beaucoup trop long ». Le confinement « n’a fait qu’empirer les choses, mon avenir, si j’en ai un, est plus qu’incertain (…), je me rends compte à quel point je suis seule, absolument personne ne prend de mes nouvelles. La pire des choses c’est que j’ai dû rentrer chez mes parents ».

Si les enfants semblent davantage protégés, Julie a vu sa fille de 10 ans sombrer. « Quand son centre aéré a fermé pendant les vacances parce que la directrice a eu le Covid, j’ai commencé à voir des tics apparaître », raconte la mère de famille. Mais le basculement a eu lieu le jour de la rentrée, marqué par le port du masque pour les écoliers et l’hommage à Samuel Paty. Le soir même, la fillette a fait une crise d’angoisse : « On va pas s’en sortir ». Ses tics se sont accentués et elle a déclenché « quelque chose du style syndrome de Tourette ».

L’enfant habituellement calme a commencé à insulter sa mère, tenir des propos incohérents, crier dans sa chambre. Elle est désormais suivie par un psychologue et va consulter un neurologue. « Le contexte, ça l’a fait vriller », décrit Julie.

La Croix-Rouge reçoit environ 300 appels par jour, trois fois plus qu’il y a un an. Des mots reviennent. Rosine Duhamel, responsable du pôle de soutien psychologique, a noté quelques paroles d’appelants. « Je ne voulais pas revivre un confinement. (…) Je n’en vois pas la fin, je ne sais pas si les choses reviendront comme avant un jour et ça me fait terriblement peur« .

La solitude pèse pour beaucoup.

« Avec la répétition et la durée, les ressources pour s’adapter s’épuisent », explique Rosine Duhamel. « Et quand les mécanismes de défense s’effondrent, on risque de tomber dans un état dépressif. C’est ce que l’on voit aujourd’hui. Il est urgent d’en parler à un psy pour en parler, et mettre en place des outils pour aller mieux ».

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Harcelée au travail, Marie a fait un burnout et souffre de troubles de l’humeur

Après un burnout, elle est tombée dans une dépression, qui a duré un an et demi. Ce sont des reproches incessants et des pressions au travail qui l’ont conduite au burnout. Cette affaire de harcèlement au travail sera portée devant la justice.

Aujourd’hui, Marie est de nouveau en dépression après avoir essayé de reprendre le travail. Une dépression qui s’accompagne de troubles de l’humeur.

Marie dit redouter ne pas réussir à surmonter cette dépression.

« J’ai fait une dépression en 2018 à la suite d’un burnout. Elle a duré 18 mois. J’ai repris le travail. Puis, j’ai fait une pneumopathie et en même temps un syndrome bipolaire.

C’était la première fois. J’étais consciente que j’étais très euphorique. Je me suis mise à faire des photos, à écrire. Je ne dormais pas beaucoup. Mon mari me trouvait étrange. Ma psychiatre me dit que je ne suis pas bipolaire, mais que j’ai des troubles de l’humeur. Pendant la phase maniaque que j’ai eue, je me suis mise en danger. C’est vrai qu’on se sent tout-puissant.

Ayant fait un burnout et une dépression, j’ai pensé que c’était ma façon de retrouver goût à la vie. En fait, j’étais encore dans la maladie.

J’ai un traitement composé d’un régulateur d’humeur, d’un antidépresseur et de quelque chose pour dormir. Ma psychiatre m’a dit qu’il fallait absolument que je prenne mes médicaments et qu’il fallait compter au moins une année pour soigner ça. Je fais confiance à ma thérapeute, donc je prends les médicaments. Mais j’ai trois enfants, je ne peux pas être dans le gaz toute la journée.

J’ai vécu du harcèlement au travail et ça m’a complètement anéanti. C’est une affaire qui va passer devant le tribunal. 

Ça ravivera certainement des douleurs, mais je suis capable de m’en détacher. Ils voulaient supprimer tous les temps partiels parce qu’on dérangeait le bon fonctionnement de l’entreprise. On ne vous dit pas les choses et si vous ne comprenez pas, on vous fait subir du harcèlement, on vous maltraite, on vous diminue, on dit que vous faites mal votre travail, on cache le travail bien fait.

Je suis partie en congé individuel de formation parce que je n’en pouvais plus.

Après un an, je suis retournée sur mon lieu de travail. Mon ancienne chef épiait tout ce que je faisais. Comme je revenais d’un an d’absence, je devais recevoir normalement trois semaines de formation. Ils ont estimé que j’avais besoin de seulement deux jours de formation. La personne qui devait me former n’a pas voulu le faire. C’était une période où j’allais mal puisqu’on me faisait des entretiens impromptus.

C’était tout le temps des reproches, alors que ça faisait 15 ans que j’étais dans cette entreprise.

Pour me déstabiliser, on me donnait 30 à 40 mails à traiter en deux heures avec des compétences qui n’étaient pas les miennes

J’étais mangée par le stress.

Quand la personne n’a pas voulu me faire la formation, j’étais en larmes. Je suis allée dans le bureau de la responsable de formation et trois personnes m’attendaient. Ils m’en ont mis plein la figure. En sortant, j’ai fait une crise d’angoisse. J’ai avalé une boîte d’anxiolytiques sur mon lieu de travail.

J’ai sollicité le médecin du travail et les délégués syndicaux. Personne n’a voulu faire son travail. Le médecin du travail a dit que c’était moi qui avais un problème.

Après ça, j’ai fait une grosse dépression qui a duré un an et demi. Je n’étais pas complètement guérie et j’ai voulu retourner au travail. Je suis tombée dans une nouvelle dépression. J’ai pris une avocate qui s’occupe de la situation. Et il y en a encore pour deux ans avant que ça ne passe devant le tribunal. Je l’ai fait de façon symbolique pour être reconnue victime.

Je n’arrive pas à trouver le moteur qui pourrait m’aider à sortir de cette dépression. J’aimerais bien en sortir, mais je ne fais rien pour. J’attends, et le temps est long. Je me suis isolée. Je voudrais retrouver ma vie d’avant, celle où j’étais dynamique, où j’arrivais à aller travailler et à m’occuper de mes enfants. Mon angoisse, c’est de rester comme ça pendant des années. La notion de plaisir n’existe pas. L’envie n’existe pas. « 

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Le Cri (en norvégien : Skrik)

 

Tableau expressionniste de l’artiste norvégien Edvard Munch peint entre 1893 et 1917.

Cette œuvre, symbolisant l’homme moderne emporté par une crise d’angoisse existentielle, est souvent considérée comme l’œuvre la plus importante de l’artiste.

 

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