(édito écrit début 2011)

La quête du bon psy

par

Arnaud de Saint Simon

Bernard Accoyer a-t’il déjà fait une psychothérapie ?

On peut en douter, à lire la loi encadrant l’usage du titre de psychothérapeute que le président de l’Assemblée nationale a voulue et qui sera appliquée dans les semaines à venir.  Son but semblait tout à fait louable : mieux organiser la planète psy et protéger les patients.

A l’arrivée, après sept ans d’hésitations et de controverses, cette loi va réussir le tour de force de rendre le titre de psychothérapeute encore plus flou qu’auparavant, et de réunir presque toute la profession contre elle.

Que faut-il pour être un « bon psychothérapeute » ?

L’ensemble des professionnels s’accorde à dire qu’il faut avoir fait des études théoriques solides de psychopathologie, un travail thérapeutique personnel, accepter une forme de supervision par un autre psy expérimenté, signer un code de déontologie, faire partie d’une association de pairs …. et avoir des qualités humaines requises (vaste débat).

Avec cette loi, seront « psychothérapeutes » les psychiatres, sans aucune obligation de travail personnel ou de supervision, ce qui ne manquera pas de médicaliser la souffrance psychique.

Mieux : les psychologues, qui eux aussi ont fait des études essentiellement théoriques, pourront exercer la psychothérapie …. mais n’auront pas le droit au titre de psychothérapeute.

Les actuels psychanalystes et psychothérapeutes (depuis plus de cinq ans) pourront prétendre au titre de psychothérapeute, mais devront être approuvés par des commissions régionales.

S’ils ne sont pas acceptés, ils pourront rejoindre les futurs candidats psychothérapeutes et suivre quantre cents heures de formation théorique et un stage dans des organismes à définir, ou bien encore s’intituler « psychopraticiens ».

J’espère que vous y comprenez quelque chose, car j’ai moi un peu de mal à m’y retrouver pour faire cet édito.

Comme à tous ceux qui travaillent à Psychologies, on me demande souvent quel psy choisir ?

Quelle méthode ?

Combien de temps cela va-t’il durer et coûter ?

Et, surtout, comment trouver le « bon psy » ?

Question difficile tant la relation thérapeutique est subjective, en partie inconsciente, complexe.

Chacun d’entre nous, au moment où il démarre une thérapie – je suis passé par là – est en fragilité, voire en souffrance, et à besoin d’humanité. Quoi de plus sécurisant qu’un psychothérapeute qui a connu ce même travail, cet état émotionnel, et qui a résolu sa propre équation personnelle ?

On l’aura compris, s’il y a de mauvais psys, comme de mauvais médecins, cette loi ne règle rien. Parce qu’elle privilégie la connaissance au détriment de l’expérience. Parce que je crois que c’est aux professionnels de s’organiser : on sait où mène la psychiatrie d’Etat.

Enfin, parce que le choix d’un psy est infiniment complexe !

Obsédé par le principe de précaution, notre monde moderne veut tout encadrer.

A Psychologies, nous préférons informer le patient potentiel, afin qu’il se présente à sa première séance en adulte responsable.

Et, surtout, qu’il fasse confiance à son intuition, à son droit de se tromper et de changer de psy. Les meilleurs d’entre eux se distinguent, moins par leur diplôme que par quelque chose d’un peu génial, intuitif, presque sorcier qui nous donne envie de continuer pour savoir pourquoi nous sommes attirés ou troublés.

Référence: édito écrit début 2011, de Arnaud de Saint Simon (Psychologies n° 308, 25 mai 2011)

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La psychanalyse française rue dans les brancards… avant de finir sa course au rayon des antiquités, comme en Allemagne et dans les pays du nord ?

Alors que la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, s’apprête à sortir des décrets d’application de l’article 52 de la loi concernant le titre de psychothérapeute, le milieu psychanalytique s’agite. Pourtant « il n’y a plus aucun contentieux depuis que Bernard Accoyer a renoncé à son premier texte qui se risquait à définir les diverses psychothérapies », affirme Jacques-Alain Miller, gendre de Jacques Lacan et directeur du département de psychanalyse de l’université Paris-VIII, dans Libération du 19 janvier.

Mais pour Jacques-Alain Miller, le combat est devenu permanent. La psychanalyse est menacée à terme de disparaitre et elle subit des pressions de plus en plus fortes notamment dans les milieux universitaires.

Des psychanalystes s’agitent donc dans les média en redoublant notamment de descriptions caricaturales des courants scientifiques qui leur sont opposés et en s’arrogeant un droit exclusif de se pencher sur la subjectivité humaine.

Ils font aussi preuve d’une ignorance des approches psychologiques scientifiques qu’ils critiquent et utilisant notamment comme cliché, efficace bien qu’erroné et manipulatoire, que les thérapies cognitives behaviorales ne traitent que les symptômes sans se soucier du psychisme de l’individu et sans recours au travail « de la parole ».(1)

Dans Le Monde du 18 janvier, Elisabeth Roudinesco s’exprimait ainsi:

« Ainsi s’opposent deux conceptions de l’homme. L’une, fréquente dans la philosophie anglophone, préconise que le sujet soit « naturalisé » pour rejoindre le monde de l’animalité : la fin de l’exception humaine. Et pour ce sujet-là, qui ne doit plus penser mais obéir, seuls sont retenus, s’il souffre, des traitements rapides évalués par des experts et agissant par dressage sur des comportements visibles. Foin de psychisme, le sujet naturalisé n’a droit qu’à des médicaments d’un côté et à des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) de l’autre. L’autre conception, issue de la tradition européenne continentale – phénoménologie et psychanalyse -, considère au contraire que pour traiter la souffrance de l’âme, des approches dites « dynamiques » ou « relationnelles », plus longues, sont nécessaires pour accompagner ou non les traitements chimiques, tant l’homme se sépare de l’animal par la parole. »

Et, de proclamer les psychanalystes comme seuls détenteurs d’une compétence d’accès à la subjectivité:

« Depuis quarante ans sont délivrés dans les départements de psychologie des formations cliniques qui se réclament de la psychanalyse et sont désormais menacées par des experts issus de la psychologie expérimentale ou cognitive. Une fois de plus, on demande à des spécialistes de donner un avis sur ce qu’ils ne connaissent pas : un boulanger juge un serrurier. D’où un conflit d’intérêts, puisque ces experts adhèrent à une conception de la subjectivité contraire à celle des cliniciens. »

On ne va pas s’en plaindre ! Depuis le début de l’introduction de la psychologie dans les universités françaises, la psychanalyse a pris très vite toute la place et a rejeté systématiquement toutes les nouvelles approches.

À ce sujet, Jacques-Alain Miller propose que l’université mette « d’un côté la psychanalyse, la psychologie clinique, et la psychopathologie. Et de l’autre, la psychologie expérimentale et cognitiviste. Chaque domaine avec ses compétences propres. Faute de quoi, la psychanalyse disparaîtra très vite de l’université. » (Libération, 19 janvier).

Le problème est que la psychologie clinique et la psychopathologie font partie des domaines de compétence de la psychologie cognitive…

(1) Alors que l’approche cognitive behaviorale (ou cognitivo-comportementale) consiste souvent, bien au contraire, à traiter des modes de réaction et de comportement, détats émotifs, de pensées et de fonctionnement, de valeurs, sans oublier les croyances qui se sont principalement élaborés à partir des expériences de l’enfance. Bien entendu, il s’agit d’un travail d’envergure qui se fait « par la parole », traitant aussi bien des symptômes que des causes.

Article rédigé en 2010, avant la publication du decret inique réglementant le titre de psychothérapeute aux seuls médecins et psychanalyses, n’ayant pourtant aucune formation en psychothérapie. Les antidépresseurs et anxiolitiques ont encore de beaux jours devant eux…

L’auteur de cet loi injuste, dépossédant les vrais psychothérapeutes de leur titre, est M.Accoyer, lui-même médecin spécialiste.

Sources: psychomédia, lemonde, libération