Quand l’alcoolisme s’écrit au féminin…

La parité avec l’addiction à l’alcool, c’est fait.

Encore plus souvent que chez les hommes, l’alcoolisme s’associe à d’autres problèmes de santé.

« On regarde encore un homme qui boit comme un bon vivant, mais une femme qui boit comme une femme ‘de mauvaise vie’. Les questions des tabous et de la morale sont de véritables dangers de santé publique, s’insurge la Dr Fatma Bouvet de la Maisonneuve (Hôpital Saint Anne). L’alcoolisme est un condensé de toutes les problématiques psychiques et sociales que vivent les femmes aujourd’hui : éléments dépressifs, cumul des responsabilités, difficultés sexuelles, problèmes conjugaux. »

Au-delà du tabou et de la stigmatisation qui entourent encore la maladie alcoolique lorsqu’elle touche les femmes y compris dans le monde médical, le Dr Bouvet de la Maisonneuve insiste sur la nécessité de bien connaitre les spécificités de la maladie alcoolique chez la femme pour adapter la prise charge.

Stop aux idées reçues : aujourd’hui, ce sont les femmes les plus instruites et qui ont le plus de responsabilités managériales qui tombent dans l’alcool, et plus généralement celles, très actives, qui ressentent la nécessité d’être parfaites. Chez ces femmes, l’alcool est vu comme un moyen de desserrerl’étau, de décompresser.

Il est important de rechercher les facteurs de risques spécifiques aux femmes (abus sexuels dans l’enfance, troubles alimentaires…). Et de repérer également les autres problèmes : addictions autres, dépression, ou troubles anxieux sociaux,  très fréquents dans cette population féminine.

Beaucoup de femmes expliquent qu’elles ont commencé à boire pour pouvoir s’exprimer en public, pour se désinhiber. Traiter ces souffrances en premiers, grâce à l’hypnose profonde, permet d’avoir un terrain meilleur pour travailler sur l’alcool.

Concernant la prise en charge de l’alcoolodépendance, elle se doit d’être globale : médicale, psychothérapique, et même sociale. Sans oublier que ces femmes ont souvent des démêlés judiciaires très fréquents du fait, d’une part, des abus sexuels ou de viols qu’elles ont subis lorsqu’elles sont alcoolisées ou bien de problèmes autour du sujet de la garde des enfants (un facteur aggravant).

Il faut aussi apprendre à vivre autrement, à trouver un autre plaisir dans sa vie, dans une créativité qui a été refoulée.

On trouve très souvent un parcours contrarié, une frustration… Il faut accompagner ces femmes dans la réalisation de soi, dans la conquête de la liberté par rapport au produit mais aussi par rapport à une conformité sociale, par rapport à tout ce qu’on leur impose en termes de conduite.

Enfin, il existe un lien très étroit entre des problématiques féminines très intimes et l’alcool, le désir non satisfait qu’il soit intellectuel, affectif ou sexuel, le mal-être corporel. Il est donc important d’avancer pour qu’elles se réapproprient leur corps.

En conclusion, rien ne se fait sans la participation des clientes, et qu’il faut notamment expliquer dès le départ que la maladie est chronique, qu’elle est émaillée de rechutes, que les rechutes ne sont pas dramatiques et que nous sommes là pour les aider à se ressaisir.

Et que la lumière est au bout du tunnel !

Chez les femmes, les complications liées à l’alcoolodépendance peuvent être plus lourdes que chez les hommes et apparaître dès le premier verre [1].

Elles sont psychiatriques (dépression, troubles anxieux…) et somatiques avec au premier rang, les atteintes hépatiques mais aussi les troubles cardiovasculaires et les cancers.

La mortalité et la morbidité sont plus élevées chez les femmes que chez les hommes notamment en raison de l’effet du produit réparti sur un poids total inférieur à celui des hommes [2,3].

Enfin, autre problématique qui pèse encore un peu plus sur les femmes : la consommation d’alcool pendant la grossesse est toxique pour l’embryon ou le fœtus [4].

Le nalméfène (Selincro), médicament contre l’alcoolodépendance, a été autorisé par l’Agence européenne du médicament (EMA) en février 2013 et en France en décembre 2013.

Il est indiqué pour réduction de la consommation d’alcool chez les patients adultes présentant une dépendance à l’alcool avec une consommation d’alcool à haut risque (plus de 60 g/jour pour un homme, plus de 40 g/jour pour une femme, soit 6 et 4 consommations), ne présentant pas de symptômes physiques de sevrage et ne nécessitant pas un sevrage immédiat.

En décembre 2013, la Haute Autorité de Santé (HAS) proposait de restreindre le remboursement du médicament aux médecins spécialistes en addictologie ou alcoologie.

Le 26 février 2014, la ministre de la Santé Marisol Touraine s’est opposée à cette décision. Elle s’est engagée au remboursement du médicament lorsque prescrit par les médecins généralistes.

Le nalméfène réduit l’envie de boire en agissant comme antagoniste des récepteurs opioïdes dans la structure cérébrale dite de récompense. En s’y fixant, il modifie leur activité, ce qui aide à réduire l’envie de boire chez les personnes habituées à consommer de grandes quantités d’alcool. Il n’altère pas les effets enivrants de l’alcool.

Il est pris au besoin lorsque la personne anticipe de consommer de l’alcool, de préférence 1 à 2 heures avant le début de cette consommation.

Le médicament a été comparé avec un placebo dans deux études principales incluant 1 322 hommes et femmes présentant une dépendance à l’alcool. Les participants recevaient également des conseils pour les aider à réduire leur consommation d’alcool et à observer leur traitement.

Chez ces participants qui consommaient déjà plus de 60 g d’alcool par jour (pour les hommes) ou plus de 40 g d’alcool (pour les femmes) et qui ont pris le médicament, le nombre de jours par mois à consommation élevée a baissé de 23 à 10 dans la première étude et de 23 à 11 dans la seconde. L’absorption quotidienne a baissé de 102 g à 44 g en moyenne dans la première étude et de 113 g à 43 g dans la seconde. Chez ceux qui ont pris le placebo, le nombre de jours à consommation élevée a baissé de 2,7 et 3,7 jours et la consommation a été réduite de 10 et 18 g d’alcool par jour.

Les effets secondaires indésirables les plus couramment observés (chez plus d’une personne sur 10) étaient: nausées (sensation de malaise), vertiges, insomnie et maux de tête, indique l’EMA. La majorité de ces réactions étaient légères ou modérées et de courte durée. Des états confusionnels et hallucinations (rares) et des phénomènes de dissociation ont également été rapportés, indique l’Agence française de médicament (ANSM). Ces effets, d’une durée de quelques heures à quelques jours et d’intensité légère ou modérée, ont disparu au cours du traitement. Ces effets peuvent mimer une psychose alcoolique, un syndrome de sevrage alcoolique ou un trouble psychiatrique co-morbide.

Parmi d’autres contre-indications, le nalméfène ne doit pas être utilisé chez les personnes ayant des antécédents récents de syndrome aigu de sevrage alcoolique (incluant hallucinations, convulsions et tremblements).

Le nalméfène est apparenté à la naltrexone (nom commercial : ReVia, ailleurs: Antaxone, Depade, Nalorex et Vivitrol) qui est déjà sur le marché. La naltrexone est indiquée pour le traitement de soutien dans le maintien de l’abstinence chez les personnes alcoolo-dépendantes. Le traitement ne peut être institué qu’après la phase de sevrage alcoolique, et doit être associé à une prise en charge psychothérapeutique.

Les autres médicaments disponibles contre l’alcoolo-dépendance sont l’acamprosate et le disulfiram.

L’acamprosate (Aotal) est indiqué pour le maintien de l’abstinence. Il doit aussi être associé à une prise en charge psychothérapeutique de type TCC, de même qu’avec tout traitement médicamenteux (y compris le baclofène).

Le disulfiram (Esperal) est un adjuvant dans la prévention des rechutes.

Selincro ne concerne que les personnes non-abstinentes et n’est pas destiné aux personnes dont l’objectif est une abstinence immédiate.

Sources: psychomédia.qc.ca, EMA, ANSM, Doctissimo.

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