harcèlement


Est-il temps de quitter Facebook ?

En bref:

  • À la date du 31 décembre 2018, Facebook comptait 2,32 milliards d’utilisateurs actifs dans le monde, un chiffre en augmentation par rapport aux 2,27 milliards recensés à la fin du troisième trimestre de la même année. Ce chiffre inclut les faux profils, dont on estime qu’ils seraient 83 millions
  • Vos passe-temps, vos habitudes et vos préférences sont méticuleusement enregistrés par le site, et vos données personnelles sont ensuite vendues à qui les veut – officiellement à des fins de publicité ciblée, mais il n’existe aucune mesure de protection qui puisse prévenir les escrocs et même les acteurs politiques d’utiliser ces données, comme il est expliqué dans le reportage de l’émission Frontline, « The Facebook Dilemma » (« Le dilemme Facebook »)
  • L’un des précurseurs de Facebook était un site du nom de FaceMash, sur lequel les visiteurs pouvaient donner leur avis sur le charme ou la beauté d’étudiants d’Harvard, à partir de leurs photos – photos que Mark Zuckerberg avait obtenues et utilisées sans autorisation
  • Deux anciens employés de Snopes ont démissionné après avoir découvert que Facebook payait la société Snopes, et poussait les vérificateurs de faits à discréditer les informations susceptibles de nuire à ses annonceurs

En dépit des controverses que soulèvent Facebook et son fondateur, Mark Zuckerberg, depuis quelques années, la plateforme du réseau social continue de se développer.

À la date du 31 décembre 2018, Facebook comptait 2,32 milliards d’utilisateurs actifs dans le monde, un chiffre en augmentation par rapport aux 2,27 milliards recensés à la fin du troisième trimestre de la même année.

Ce chiffre inclut cependant environ 83 millions de faux profils, et ce n’est là qu’un des nombreux dangers de Facebook. Il n’est donc pas surprenant que Facebook monnaye également maintenant votre contribution au site.

Le principal ‘produit’ de Facebook, c’est vous

Vos passe-temps, vos habitudes et vos préférences sont méticuleusement enregistrés par le site, et vos données personnelles sont ensuite vendues à qui les veut – officiellement à des fins de publicité ciblée.

Mais il n’existe aucune mesure de protection qui puisse prévenir les escrocs et même les acteurs politiques d’utiliser ces données, comme il est expliqué dans le reportage de l’émission Frontline, « The Facebook Dilemma » (« Le dilemme Facebook »).

Ce reportage relate l’enquête de James Jacoby, correspondant de Frontline PBS, à propos de l’influence de Facebook sur les démocraties, et sur les paramètres de confidentialité laxistes qui ont permis de détourner et d’utiliser les données de millions d’utilisateurs dans le but d’influer sur les élections américaines.

Le problème, c’est que Facebook a été pris à maintes reprises à faire une utilisation inappropriée des données de ses utilisateurs, et/ou à mentir à propos de ses pratiques de collecte, et il semble que pratiquement rien n’ait été fait pour corriger véritablement ces dysfonctionnements.

Tout son modèle de profit est basé sur la vente d’informations personnelles, qui profite aussi bien à la publicité ciblée qu’aux fraudes ciblées.

Pour les individus qui ont commencé à utiliser Facebook dès leur plus jeune âge, la récolte des données sur leur vie est très certainement incommensurable, et fournit à ceux qui achètent ou accèdent d’une façon ou d’une autre à ces informations un profil extraordinairement complet des individus en question.

Facebook est même capable d’accéder au micro de votre ordinateur ou de votre smartphone sans que vous le sachiez.

Si vous recevez soudainement des publicités pour des produits ou services dont vous venez de parler à haute voix, il y a de fortes chances pour qu’une ou plusieurs applications soient reliées à votre micro, et que vous soyez espionné.

L’origine de Facebook en dit long

Si Mark Zuckerberg affirme que Facebook a été créé « pour rendre le monde plus ouvert et plus connecté » et « donner aux gens le pouvoir de construire des communautés », ses premières interventions dans les réseaux sociaux peuvent difficilement être qualifiées d’altruistes.

L’un des précurseurs de Facebook était un site du nom de FaceMash, sur lequel les visiteurs pouvaient donner leur avis sur le charme ou la beauté d’étudiants d’Harvard, à partir de leurs photos – photos que Mark Zuckerberg avait obtenues et utilisées sans autorisation.

Ainsi qu’il est souligné sur le site Tech Crunch :

« Bloguant à propos de ce que vous étiez en train de faire, vous avez écrit ‘J’ai presque envie de mettre certains de ces visages à côté de photos d’animaux de la ferme, pour que les gens votent pour celui qu’ils trouvent le plus séduisant.’

Juste au cas où il y aurait eu le moindre doute à propos du caractère déplorable de vos intentions.

Les graines de l’entreprise mondiale qu’est devenue Facebook ont donc germé dans un jeu grossier et non autorisé de piège à clics, dont l’idée vous excitait tellement que vous n’avez pas hésité à enfreindre les règles de sécurité, de confidentialité et de morale, uniquement pour gagner quelques vues. »

En effet, le rapport de Frontline commence par une vidéo de Mark Zuckerberg à ses débuts, tournée dans son premier bureau décoré d’un tonneau de bière et de graffitis sur les murs, évoquant le succès surprenant de sa plateforme de réseau social.

À l’époque, en 2005, Facebook venait d’atteindre les 3 millions d’utilisateurs.

Les vérificateurs de faits de Facebook n’ont plus confiance dans le site

Dans un article paru en décembre 2018 dans ‘The Guardian’, Sam Levin indique que de nombreux journalistes embauchés comme vérificateurs de faits pour le site, ont démissionné, expliquant que « la société ignorait leurs inquiétudes et ne mettait pas leur expertise à profit pour combattre la désinformation. »

L’une de ces journalistes, Brooke Binkowski, a déclaré à Sam Levin que Facebook « ne prend rien au sérieux », et que la société « préférait préserver sa bonne image et rejeter la responsabilité sur d’autres ».

Elle a également déclaré qu’elle « était convaincue que Facebook répandait des fake news pour le compte de puissances étrangères hostiles et de gouvernements autoritaires et que cela faisait partie de son modèle d’affaires. »

Brooke Binkowski a été la rédactrice en chef de Snopes, un site de vérification de faits qui a collaboré avec Facebook pendant deux ans. Elle a depuis donné sa démission, et démarré son propre site de vérification de faits.

Une autre gestionnaire de contenu du site Snopes a quitté l’entreprise, déçue des relations de Snopes avec Facebook, et a expliqué qu’elle pensait que les responsables de Facebook faisaient « semblant d’essayer d’empêcher les dégâts, mais qu’ils ne faisaient en réalité rien du tout. »

Elle a également découvert que Snopes était payé par Facebook, ce qu’elle a trouvé « vraiment écœurant », car les deux entreprises « ont des missions totalement différentes ».

Le fait que des employés de Snopes soient écœurés de l’apparent désintérêt de Facebook pour les faits est ironique en soit, quand on sait que le site Snopes lui-même a été critiqué à maintes reprises et accusé d’être mal placé pour discerner la vérité des mensonges, au vu de certains partis pris manifestes.

Tout récemment la vérification par Snopes d’un rapport sur les préjudices liés à un vaccin, réalisée par une ancienne correspondante de CBS, Sharyl Attkisson, a obtenu la note de « F », car le site faisait visiblement tout ce qu’il pouvait pour discréditer le rapport, sans véritablement s’intéresser aux éléments factuels sur lesquels il était basé.

Facebook accusé de créer une propagande

Facebook est également accusé d’avoir fait appel à Definers Public Affairs, une agence de relations publiques, dont l’utilisation de « discours antisémites pour discréditer les critiques » – en l’occurrence un groupe de protestataires baptisé Freedom From Facebook – avait créé « le type même de propagandes que les vérificateurs de faits dénoncent régulièrement ».

D’après The Guardian, les médias partenaires de Facebook (environ 40 au total, répartis dans le monde) sont divisés quant à leurs relations avec Facebook, s’agissant de vérification des faits.

Si certains pensent qu’il s’agit d’une mesure positive, d’autres déclarent :

« … être de plus en plus amers envers Facebook, en particulier suite à des révélations selon lesquelles la société avait payé un cabinet de consultants pour s’attaquer à leurs opposants en divulguant leur association avec le milliardaire et philanthrope juif, George Soros.

Ces attaques ont nourri une théorie de complot bien connue selon laquelle George Soros serait l’homme qui se cache derrière toutes sortes de causes et d’évènements libéraux dans le monde.

Il a plus tard été révélé que Sheryl Sandberg, directrice administrative, avait ordonné à son équipe d’enquêter sur les intérêts financiers de George Soros, après qu’il ait publiquement critiqué l’entreprise.

‘Comment pouvons-nous faire confiance à Facebook alors qu’il fait circuler les mêmes rumeurs que ses propres vérificateurs de faits qualifient de fake news ?’, a déclaré un vérificateur de faits de Facebook…

‘On peut se demander comment ils gèrent les histoires à propos de George Soros sur la plateforme, sachant qu’ils payent des gens spécialement pour essayer de faire le lien entre lui et des ennemis politiques ?’ »

D’après le magazine Wired, l’association Freedom From Facebook était l’idée de David Magerman, ancien cadre dirigeant d’un fonds de couverture, qui a contacté l’institut Open Markets, un groupe de réflexion dirigé par Barry Lynn, qui critique ouvertement les monopoles tels que Google et Facebook.

Les vérificateurs de faits de Facebook accusés de protéger les intérêts des annonceurs

D’après Brooke Binkowski, Facebook « poussait également les journalistes à dénoncer en priorité les fausses informations qui nuisaient aux annonceurs de Facebook ». Cela ne me surprend pas, vu la façon dont mon propre site a été la cible de cette méthode.

NewsGuard – encore un arbitre de la vérité biaisé

NewsGuard est un autre site de vérification de faits qui se positionne comme arbitre mondial de la crédibilité. Un article paru récemment sur le site Slate, met en évidence les répercussions que peut avoir une mauvaise évaluation de la part de NewsGuard, puisque l’entreprise s’est associée à Microsoft pour intégrer ses évaluations dans les critères du navigateur Microsoft Edge.

Si un utilisateur active ce paramètre, tous les résultats de ses recherches, ainsi que toutes les publications des médias sur les fils de Facebook et de Twitter, indiqueront l’évaluation de crédibilité de NewsGuard pour les sites en question.

NewsGuard s’est également associé au système des bibliothèques publiques, de sorte que tous les ordinateurs des bibliothèques affichent ses évaluations.

Le Daily Mail Online – l’un des plus importants journaux en ligne au monde – n’a obtenu qu’une note de 3 sur les 9 critères possibles, ce qui lui a valu un « carton rouge » de NewsGuard, qui avertit les lecteurs que « Ce site ne respecte généralement pas les normes de base d’exactitude et de responsabilité » !

 

Références: mercola.com, divers

« Hyperconnectés : le cerveau en surcharge », nouveau documentaire, à voir !

Un documentaire met intelligemment en garde contre les conséquences néfastes d’une addiction aux smartphones, ordinateurs et tablettes sur le cerveau.

Depuis une vingtaine d’années, smartphones, tablettes, ordinateurs et montres intelligentes ont pris une place démesurée dans la vie quotidienne.

Texto, ­vidéo­confé­rence, notification ou courriel, n’importe qui peut désormais être joignable à n’importe quel moment de la journée… ou de la nuit. On doit cet univers ultraconnecté à Internet, désormais utilisé par la moitié de la population mondiale.

Ainsi, en vingt-quatre heures, 150 milliards de courriers électroniques sont échangés à travers la planète.

Grâce à ce réseau, l’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait en deux millions d’années !

Certes, les nouvelles technologies permettent de rester en contact avec ses proches et ses collègues, mais elles demandent une attention permanente. Ces sollicitations incessantes nous obligent à donner des réponses rapides.

Selon des chercheurs, les ­e-mails sont la première cause de stress au travail ; leur gestion représenterait 30 % de la journée d’un salarié et un cadre sur deux n’arriverait pas à se déconnecter le soir.

Conséquences : baisse de la productivité, burn-out, dépression, perte de concentration, réduction des capacités cognitives…

Alors, comment survivre dans un monde numérisé, qualifié de « laisse numérique » ?

C’est la question que pose avec intelligence ce documentaire. Le propos n’est pas de remettre en cause ­Internet, mais de chercher à ­mettre en garde contre une forme d’addiction aux outils 2.0.

Une utilisation immodérée des appareils et autres écrans numériques a des conséquences néfastes sur le corps et l’esprit ainsi que dans la vie personnelle.

Autre problème : la moyenne de concentration au travail devant un écran ne cesse de diminuer.

En 2012, elle était d’une minute et douze secondes, contre trois minutes en 2004. Selon la chercheuse américaine Gloria Mark, pour la « génération Internet », qui est née et a grandi avec les smartphones, la durée d’attention est encore plus courte : quarante-cinq secondes.

Le documentaire rappelle que le plus simple encore est de déconnecter le plus souvent possible afin de permettre au cerveau de se reposer – ce qui est essentiel pour sa survie.

Source: « Hyperconnectés : le cerveau en surcharge », de Laurence Serfaty (France, 2016, 55 min).

Arte – Samedi 13 octobre – 23h30

 

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La suite de cette BD instructive, ici !

Un professionnel a récemment été suspendu après avoir été accusé de harcèlement contre une jeune étudiante en médecine.

Le harcèlement sexuel est « un problème à l’hôpital », a reconnu jeudi 26 octobre le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch.

Une déclaration qui suit celle de la ministre de la santé et ancienne médecin, Agnès Buzyn, qui a raconté dimanche avoir été victime de « comportements très déplacés » dans son travail.

Elle mentionnait notamment des chefs de service lui disant : « “Viens t’asseoir sur mes genoux”, des choses invraisemblables… qui faisaient rire tout le monde », a-t-elle dit.

« C’est un milieu (…) vulnérable entre le stress, les enjeux de pouvoir et les traditions qui font que (…) les acteurs ont toujours eu du mal à faire la frontière entre la plaisanterie lourdingue et ce qui est le harcèlement, a déclaré M. Hirsch, interrogé sur France Inter sur la libération de la parole des femmes à l’hôpital. J’espère que ce qui se passe aujourd’hui aidera à remettre une frontière bien claire et à éviter des comportements qui sont des comportements qui dépassent les limites et qui existent. »

Le directeur général de l’AP-HP a fait savoir avoir « encore la semaine dernière » dû suspendre un professionnel « a priori » accusé de harcèlement contre une jeune étudiante en médecine, précisant que « le conseil de discipline et le jugement viendront plus tard ».

« Il y avait une époque où on disait que pour des raisons d’hygiène les infirmières devaient être nues sous les blouses mais que ça ne s’appliquait pas aux médecins qui pouvaient tout à fait être habillés, ce qui montre le type de rapport de domination qui pouvait exister. »

Dans la foulée de l’affaire Weinstein, du nom du producteur américain visé par une série d’accusations d’agressions sexuelles, aucun milieu social ou professionnel n’échappe depuis plus d’une semaine à la multiplication des dénonciations de harcèlement et d’agression sexuelle subis par des femmes.

 

Source: lemonde.fr/societe

Le mouvement de libération de la parole des femmes, provoqué par l’affaire Harvey Weinstein, a atteint le monde de la musique, où plusieurs hommes ont été accusés de harcèlement et d’agression sexuelle.

Ce mardi 24 octobre, la chanteuse Alice Glass a témoigné sur son site de nombreux abus commis par son ancien partenaire Ethan Kath. « La première fois qu’il a abusé de moi j’avais environ 15 ans. Il avait dix ans de plus que moi », a-t-elle écrit.

Alice Glass et Ethan Kath ont formé pendant plusieurs années le groupe de musique électronique canadien Crystal Castles, qui a récolté un succès critique et une réputation sur la scène indépendante.

La musicienne a quitté le groupe en 2014, un départ motivé, explique-t-elle désormais, par les violences subies : harcèlement moral et sexuel, viol, agressivité…

« Je n’avais pas le droit d’avoir mon propre téléphone ni ma propre carte de crédit, il décidait qui étaient mes amis et lisait mes e-mails privés, restreignait mon utilisation des réseaux sociaux, et surveillait tout ce que je mangeais. »

Plusieurs concerts du groupe – qui continue d’exister sans Alice Glass – ont été annulés, selon le site spécialisé Pitchfork, et Ethan Katz a nié en bloc les accusations de son ancienne partenaire de scène.

Jeordie White, le bassiste et guitariste du célèbre chanteur de metal Marilyn Manson, a été renvoyé du groupe, à la suite d’accusations de viol portées contre lui, a annoncé le chanteur mercredi.

Dans un long témoignage, la musicienne Jessicka Addams, du groupe Jack Off Jill, a accusé M. White, surnommé « Twiggy Ramirez » au sein du groupe, de viol et de comportements violents et abusifs. Elle explique également qu’à l’époque des faits, son label l’a persuadée de ne pas raconter l’histoire publiquement, sans quoi la carrière de son groupe serait compromise.

Deux autres musiciens, de la scène indépendante, ont été rattrapés par des accusations depuis le début de l’affaire Weinstein.

Le magazine américain SPIN a récemment appris que Matt Mondanile, ancien guitariste du groupe Real Estate, avait quitté le groupe en 2016 en raison d’accusations de « traitement inacceptable des femmes ». Dans le même magazine, plusieurs femmes ont témoigné contre le musicien, relatant des scènes d’agressions sexuelles répétées.

Mercredi, la musicienne indépendante Julia Holter a témoigné publiquement, décrivant Matt Mondanile comme un homme qui « n’a pas de limites ». « Le harcèlement moral était tel que j’ai du faire intervenir un avocat », a-t-elle expliqué.

Après avoir initialement rejeté, en 2016, des accusations similaires, Matt Mondanile s’est récemment excusé pour son « comportement inapproprié ».

Le Canadien Alex Calder, ancien musicien de Mac DeMarco, a été renvoyé de son label, Captured Tracks pour des raisons similaires. « Une accusation d’agression sexuelle contre Alex Calder nous est récemment parvenue (…) nous ne travaillons plus avec lui (…) et nous ne sortirons pas son album, qui était prévu le 20 octobre », a détaillé le label dans un communiqué.

Source: lemonde.fr

Depuis la chute du producteur hollywoodien Harvey Weinstein, les Américaines se sont emparées de la parole, attestant d’un ras-le-bol général.

L’effet Weinstein est venu s’ajouter à l’effet Trump : les femmes se sont emparées de la parole aux Etats-Unis.

Depuis la chute du producteur hollywoodien, les Américaines témoignent tous azimuts.

Un ras-le-bol général.

Contre ceux qui se croient en terrain conquis.

Contre ceux qui mettent en doute la parole des victimes.

Bien au-delà de Hollywood, le mouvement s’est répandu à Wall Street, dans la Silicon Valley. « Un cri primal global », a titré le Los Angeles Times, en évoquant les répercussions mondiales du slogan « Me too » (moi aussi), né aux Etats-Unis.

Le déferlement a commencé par un message posté dimanche 15 octobre, dix jours après le début de l’affaire Weinstein, par la comédienne Alyssa Milano. « Si vous avez été harcelée ou agressée sexuellement, répondez à ce Tweet en écrivant : moi aussi ». L’actrice souhaitait « donner aux gens la mesure de l’ampleur du problème ».

En quelques heures, le message a reçu 37 000 commentaires. Vingt-quatre heures plus tard, il avait suscité 12 millions de réactions sur Facebook.

Certaines femmes partagent tous les détails, jusqu’aux noms. D’autres, seulement les faits. « Un ami de mon père. Personne ne m’a crue. » Certaines se contentent du hashtag « #MoiAussi ».

Alyssa Milano n’a pas inventé le slogan.

Il existe depuis 2006, à l’initiative d’une responsable associative afro-américaine de New York, Tarana Burke. A l’époque, il n’avait pas mobilisé au-delà de la communauté noire. Avec l’affaire Weinstein, Hollywood a donné une publicité universelle au comportement de prédateur que le producteur incarne jusqu’à la caricature.

Le phénomène « Me too » l’a étendu au-delà du cinéma.

La sénatrice démocrate Claire McCaskill s’est souvenue que, jeune élue dans le Missouri, elle était allée demander conseil au président de l’Assemblée locale. « Vous avez apporté vos genouillères ? », lui a-t-il demandé. La gymnaste McKayla Maroney, médaille d’or aux Jeux olympiques 2012, a témoigné sur Twitter du « traitement » infligé aux adolescentes par le médecin de l’équipe nationale Larry Nassar – aujourd’hui en prison. « Notre silence a donné le pouvoir à des gens malfaisants depuis trop longtemps, a-t-elle regretté.Il est temps de le reprendre. »

Dans la Silicon Valley, on réfléchit à la manière de contrecarrer les accords de confidentialité, qui permettent aux firmes d’imposer, légalement, un code de silence. « La justice encourage les plaignants à accepter un règlement négocié, moins coûteux sur le plan psychologique et financier. En contrepartie, les accusés exigent une clause de confidentialité, explique la professeure Deborah Rhode, de la faculté de droit de Stanford. La loi devrait restreindre le recours au secret. »

A Sacramento, le siège du Parlement de Californie, 240 femmes politiques, assistantes parlementaires et lobbyistes ont signé une lettre ouverte pour se plaindre du harcèlement sexuel « rampant » dans leur institution : « tripo­tages », commentaires déplacés, « sous-entendus à connotation sexuelle déguisés en plaisanteries », promesses d’avancement ou menaces de représailles.

Elles ont lancé leur propre site, We said enough (« nous avons dit : assez »). Et elles espèrent que grâce à leur nombre, les femmes vont enfin être crues. « Peut-être que nous sommes arrivés à un tournant, estime Esta Soler, la présidente de l’association Futures without ­violence. Les témoignages sont enfin considérés comme crédibles. »

La contagion « Me too » s’inscrit aussi dans le contexte politique.

Pour Janice Min, ancienne directrice de la création du Hollywood Reporter, le déferlement d’indignation suscité par l’affaire Weinstein est une forme de ­« sublimation de la colère contre Donald Trump », un an après la sortie de la fameuse vidéo dans laquelle il se vantait de pouvoir impunément « attraper » les femmes par le sexe.

Son élection reste vue comme une gifle par beaucoup.

D’autant que les républicains essaient de revenir sur des acquis fon­damentaux comme le droit à l’avortement, aussi bien que sur des conquêtes récentes comme l’obligation faite aux compagnies d’assurance de rembourser la contraception.

« Trump donne aux femmes un sentiment d’urgence à changer les choses », a expliqué Alyssa Milano.

Selon le groupe Emily’s List, qui aide les femmes à se lancer dans la politique, les femmes devraient se présenter en nombre record aux élections de 2018.

En neuf mois, l’association a reçu 16 000 demandes préliminaires de soutien contre un total de 920 pour l’élection 2016.

La Women’s March, qui avait rassemblé trois millions de personnes à Washington au lendemain de l’investiture de M. Trump, commence à s’engager, elle aussi, en politique.

Elle réunit sa première convention nationale à ­Detroit, le 27 octobre. Mot d’ordre : « Revendiquer notre temps ».

En France, une femme sur cinq a été harcelée sexuellement au cours de sa carrière.

Et seulement 5% des cas ont été portés devant la justice.

Depuis ce week-end, des témoignages de victimes affluent sur Twitter sous le hashtag #balancetonporc.

La parole des femmes victimes de harcèlement sexuel au travail se libère.

Pour preuve ces multiples témoignages relayés sur Twitter depuis ce week-end sous le hashtag #balancetonporc. Il faut dire que les cas de harcèlement sexuel dans le cadre professionnel sont loins d’être marginaux.

En France, en 2014, une femme sur cinq a été confrontée à une telle situation au cours de sa carrière, selon un rapport du Défenseur des droits. Mais seuls trois cas sur dix ont été rapportés à la direction ou à l’employeur et seulement 5% des cas ont été portés devant la justice.

Comment agir en cas de harcèlement sexuel au travail ?

• Comment identifier un cas de harcèlement sexuel au travail ?

Il convient de rappeler la définition juridique du harcèlement sexuel.

Que ce soit en droit pénal, ou en droit du travail, le harcèlement sexuel est un délit qui se caractérise par «le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle» qui «portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant» ou créent «une situation intimidante, hostile ou offensante».

«Toute forme de pression grave, même non répétée, dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte sexuel, au profit de l’auteur des faits ou d’un tiers», est encore considérée comme du harcèlement sexuel.

Dans le milieu professionnel, il y a harcèlement sexuel même s’il n’y a aucune relation hiérarchique entre la personne harcelée et son harceleur, qui peut être aussi bien un collègue qu’un supérieur.

• Quels sont les recours ?

Une victime de harcèlement sexuel au travail peut attaquer son harceleur.

Pour cela, elle dépose plainte auprès de la gendarmerie, du commissariat ou par une lettre directement adressée au procureur de la République. Elle dispose d’un délai de six ans après le dernier fait de harcèlement (geste ou propos) pour porter plainte. Après, la justice ne peut plus rien faire.

Autre recours possible, la victime peut attaquer son employeur, dans la mesure où il est responsable de la sécurité de ses salariés. Dans ce cas, elle doit saisir le conseil des prud’hommes ou le tribunal administratif (pour les fonctionnaires). Elle peut mener ces deux procédures en même temps.

«Cette seconde procédure est souvent oubliée des victimes qui veulent surtout punir leur harceleur, souligne Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT). Mais s’en contenter reviendrait à sortir les femmes du droit commun», souligne-t-elle.

• Vers qui d’autre se tourner ?

Une victime de harcèlement sexuel au travail peut se tourner vers les syndicats de l’entreprise, de plus en plus formés à ces problématiques, vers des associations, comme l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT). Ou encore vers le médecin du travail, l’inspection du travail ou le Défenseur des droits, qui peut faire une enquête au sein de l’entreprise.

• Comment apporter des preuves ?

Des textos, des e-mails ou même des enregistrements clandestins constituent évidemment des preuves matérielles.

Des récits de collègues, des témoignages d’anciennes victimes qui occupaient ce poste, des certificats médicaux, ou encore un arrêt maladie, sont autant d’éléments qui peuvent être également présentés à la connaissance des juges. «Il s’agit de fournir tout un faisceau d’éléments qui peuvent corroborer une parole» insiste Marilyn Baldeck.

• Quelles sanctions sont prévues ?

Le harceleur encourt au pénal jusqu’à 3 ans de prison et 45.000 euros d’amende dans des circonstances aggravantes, comme par exemple l’abus d’autorité chez un supérieur hiérachique.

Quant à la victime, «elle peut obtenir, en attaquant son employeur, 10.000 à 30.000 euros de dommages en réparation du préjudice moral et du manquement aux obligations de sécurité. Ainsi que 6 mois de salaire au minimum» lorsqu’il y a eu rupture du contrat de travail, précise Marilyn Baldeck de l’AVFT.

«Beaucoup perdent leur emploi, ne retrouveront plus de travail, ou se retrouvent au chômage de longue durée, vivant des minima sociaux. Il ne faut pas demander le minimum», conseille Marilyn Baldeck.

D’après un sondage Ifop, quatre femmes actives victimes sur dix estiment que la situation de harcèlement sexuel s’est terminée à leur détriment (atteinte à la santé physique ou mentale, carrière bloquée, contrat non-renouvelé, arrêt de travail, licenciement pour faute grave ou inaptitude, démission…).
Sources: lefigaro.fr/social, l’expérience de mes clientes au cabinet

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