conflit d’intérêts


Peu ou mal dotés en matériel de protection, notamment en masques, les auxiliaires de vie se plaignent d’être « la dernière roue de la charrette ».

Elle tourne les poignées de porte tantôt en se protégeant d’une lingette, tantôt en recouvrant sa main de la manche de son manteau.

Une auxilliaire de vie entre, chaque jour, chez les personnes âgées pour les aider « à faire leur toilette, à se nourrir, à se coucher » avec la peur au ventre. Elle court le risque de leur transmettre ou de contracter le coronavirus puisqu’elle n’est pas – ou très peu – dotée de matériel de protection.« Vous vous rendez compte qu’on leur donne à manger sans masque ! », se désole cette auxiliaire de vie sociale salariée d’une association d’aide à domicile affiliée à l’Aide à domicile en milieu rural (ADMR) à Amboise (Indre-et-Loire).

Mais elle n’a pas le choix.

Dans la stratégie du gouvernement pour endiguer l’épidémie, les aides à domicile – qui prennent soin de quelque deux millions de personnes âgées en France – regrettent d’être « la dernière roue de la charrette ».

« On a le sentiment d’avoir été abandonnés dans cette crise, alors qu’on est en première ligne », résume le secrétaire général de l’ADMR. « Elles n’ont ni masque, ni gants, ni gel hydroalcoolique… On les envoie au front avec des bouts de bois ! », déplore la directrice du réseau de l’ADMR d’Indre-et-Loire.

A force d’intervenir sans protection, le pire est arrivé.

A Lyon, une vieille dame qui toussait s’est révélée porteuse du virus.

L’aide à domicile qui s’occupait de sa toilette ne portait pas de masque. Elle présente aujourd’hui des symptômes et doit rester confinée chez elle.

« Des contaminations mutuelles de ce type, on risque d’en avoir beaucoup, s’alarme Clément Saint Olive, cofondateur de la structure d’aide à domicile Alenvi. Force est de constater que je ne suis pas en mesure de protéger mes salariés, faute de pouvoir me procurer des masques en nombre suffisant. »

« Malgré nous, on envoie à la boucherie nos intervenants. Et c’est vraiment de la chair à canon », se désole tel directeur d’une association d’aide aux personnes âgées.

« On a un super personnel, prêt à faire face, s’exclame un autre, directeur d’une fédération de l’ADMR.

Mais on a à peine de quoi tenir trois jours avec nos stocks de masques existants.

Pour que nos 600 salariés changent quatre fois de masque par vingt-quatre heures pendant cinq jours, il nous en faudrait déjà 12 000 ! »

Des dizaines de millions de patients font transiter par la plateforme des informations hautement sensibles : l’historique de leur rendez-vous avec des praticiens, parfois le motif de leur consultation, et même des ordonnances après des téléconsultations.

Lancée fin 2013, l’application qui permet aux patients de prendre rendez-vous avec un médecin en quelques clics et aux professionnels de santé de faciliter la gestion de leur cabinet a connu une croissance fulgurante.

Avec ses 1 300 salariés et ses embauches à tour de bras, Doctolib a même rejoint en mars 2019 Deezer et Blablacar dans le cercle très fermé des licornes françaises, ces entreprises valorisées à plus d’un milliard d’euros.

Doctolib doit sa réussite à un véritable trésor de guerre : son nombre d’utilisateurs.

Selon ses chiffres, pas moins d’un Français sur deux utiliserait ses services pour gérer ses rendez-vous médicaux.

Des dizaines de millions de patients qui font transiter par la plateforme des informations importantes, et hautement sensibles : l’historique de leur rendez-vous avec des praticiens, parfois le motif de leur consultation, et, depuis quelques mois, des ordonnances après des téléconsultations.

Que dit la réglementation sur la gestion de ces données ?

Doctolib la respecte-t-elle ?

Comment sont protégées ces informations sensibles ?

Lorsque vous utilisez Doctolib pour prendre rendez-vous chez votre dermatologue, par exemple, vous transmettez deux types d’informations bien distinctes à la plateforme : d’un côté, vos données personnelles (nom, adresse e-mail, numéro de téléphone…) ; de l’autre, vos données de santé (rendez-vous avec un praticien, motif de la consultation, ordonnance numérisée après une téléconsultation…).

Si cette distinction peut sembler évidente, elle est en fait assez récente.

« Auparavant, la loi ne qualifiait de données de santé que les données relatives aux pathologies, comme par exemple le fait d’indiquer que Monsieur X est atteint de tel type de cancer », explique à franceinfo Guillaume Desgens-Pasanau, ancien directeur juridique de la Cnil, le gendarme français du respect des données personnelles.

Des informations comme le niveau de correction visuelle ou la prise de rendez-vous avec tel ou tel praticien bénéficiaient d’une sorte de ‘zone grise’, et n’étaient pas formellement considérées comme des données de santé.

Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) dans l’Union européenne a considérablement changé les choses.

Entré en vigueur en mai 2018, ce texte a élargi la conception de données de santé, notamment aux cas cités plus haut.

Avec cet élargissement de la notion légale de données de santé, « de nombreuses entités qui manipulaient ce type d’informations ont eu une responsabilité plus importante vis-à-vis de la réglementation », poursuit Guillaume Desgens-Pasanau.

La nouvelle législation demande en effet des précautions particulières aux entreprises ou administrations qui collectent ces données jugées sensibles. Ce qui est le cas de Doctolib.

Comme l’indique le guide pratique (PDF) coédité par la Cnil et le Conseil national de l’Ordre des médecins à destination des professionnels de santé, le RGPD impose que les données issues de la prise de rendez-vous soient traitées de la même manière que les dossiers médicaux des patients.

Pas question par exemple de vous réclamer des informations autres que celles « strictement nécessaires » à votre parcours de soin – la collecte d’informations sur votre vie familiale n’est par exemple en principe pas appropriée. L’accès aux données de santé doit également être restreint autant que possible, leur contenu sécurisé et la Cnil doit être prévenue en cas de violation de celles-ci.

Le RGPD impose également que vos données de santé ne soient pas conservées indéfiniment, et que vous puissiez y accéder facilement, voire les effacer.

Vous devez enfin donner votre consentement libre, spécifique, éclairé et univoque à la collecte de vos données de santé si l’entité qui récupère ces informations n’est pas un professionnel de santé ou un prestataire agissant pour son compte. Ce qui est loin d’être un détail, comme nous le verrons plus tard.

Interrogé par franceinfo, Stanislas Niox-Chateau martèle que les utilisateurs de Doctolib ont « le contrôle exclusif » de leurs données de santé.

Hélas, il leur est assez difficile de le constater : si vous réclamez à Doctolib de vous communiquer les données qu’ils possèdent à votre sujet, comme le RGPD le prévoit, ne vous attendez pas à recevoir un énorme fichier récapitulant votre parcours de soin ces dernières années. La plateforme ne vous communiquera que des informations succinctes, comme votre identité, votre date de naissance, coordonnées et la date de création de votre compte, comme le signale sur Twitter un internaute qui a tenté sa chance.

Pourquoi Doctolib ne communique pas à ses utilisateurs l’historique de leurs rendez-vous médicaux, alors même que celui-ci est accessible en un clic depuis la page d’accueil de son site internet ?

La réponse se trouve là encore dans l’application du RGPD recommandée par la Cnil et le Conseil national de l’ordre des médecins : en tant que plateforme de prise de rendez-vous en ligne, Doctolib n’est considérée que comme un simple prestataire des 115 000 praticiens de santé et près de 2 000 établissements de soin qui font appel chaque jour à ses services.

Ce sont eux qui, individuellement, restent légalement considérés comme les « responsables de traitement », c’est-à-dire les gestionnaires des données de santé qui leur sont confiées.

Et le patron de Doctolib de préciser que sa plateforme aide les professionnels de santé à garder la main sur leur base de données à l’aide d’une fonctionnalité leur permettant d’exporter les informations concernant leurs patients qui souhaiteraient accéder à leurs données médicales.

Des explications qui ne convainquent pas Guillaume Desgens-Pasanau. « Imaginez la difficulté pour un patient s’il doit contacter chaque médecin consulté pour exercer son droit d’accès, alors que toutes les données sont facilement accessibles par Doctolib !«  proteste l’ancien directeur juridique de la Cnil.

« L’esprit du RGPD est au contraire de faciliter l’exercice de leurs droits par les personnes concernées, et responsabiliser des ‘prestataires’ informatiques qui en réalité sont seuls décisionnaires sur les modalités de fonctionnement de leur système d’information. » Guillaume Desgens-Pasanauà franceinfo

Selon ce spécialiste, il conviendrait de distinguer juridiquement l’activité d’aide à la gestion de cabinet de Doctolib de celle de prise de rendez-vous, bien connue du grand public.

L’entreprise pourrait ainsi être considérée comme simple prestataire des professionnels de santé mais aussi être qualifiée de responsable ou de co-responsable du traitement des données de ses utilisateurs. Une pratique « tout à fait possible sur le plan juridique et courante dans la pratique », estime GuillaumeDesgens-Pasanau.

Le fait que Doctolib soit considéré par la réglementation comme un prestataire des praticiens de santé qui font appel à ses services a de nombreuses conséquences.

Outre le fait que le géant de la santé numérique ne communique pas à ses utilisateurs l’historique de ses rendez-vous médicaux, l’entreprise n’a sur le papier pas besoin d’obtenir votre consentement pour collecter vos données, tant que celles-ci sont utilisées pour la finalité recherchée, à savoir la prise de rendez-vous de santé.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes se sont ainsi étonnés de recevoir des SMS de la part de Doctolib pour leur rappeler l’approche d’une consultation, alors même que ces patients ne disposaient pas de compte sur la plateforme et avaient pris rendez-vous par téléphone avec leur praticien de santé.

Surprenant, mais pas illégal : si leur professionnel de santé utilise Doctolib comme logiciel de gestion de ses rendez-vous, il n’a juridiquement aucune obligation d’informer ses patients avant d’entrer leurs coordonnées dans la plateforme. Doctolib n’aura toutefois pas l’autorisation de les utiliser à d’autres fins que celles prévues par le praticien de santé.

D’autres patients se sont émus de recevoir de la part de Doctolib un courriel contenant un questionnaire leur demandant leur avis sur une consultation récente. Là encore, l’entreprise joue un rôle d’intermédiaire : dans un billet de blog, elle rappelle qu’aucun système d’évaluation publique n’est intégré à son logiciel et assure n’envoyer ce questionnaire qu’à la demande du praticien concerné, ne pas publier les résultats ni même y accéder.

Les médecins sont-ils au fait de ces subtilités juridiques et de leurs implications ?

Sur son site internet, Doctolib indique informer « clairement les professionnels de santé et les patients sur sa politique de protection des données personnelles de santé avant qu’ils utilisent ses services » et précise que les documents détaillant sa politique de protection des données « sont joints au contrat d’abonnement des professionnels de santé et ces derniers doivent en accepter les termes pour pouvoir utiliser Doctolib ».

En pratique, les choses sont un peu différentes, et le corps médical n’est pas davantage porté sur la lecture des conditions d’utilisation d’un service que le commun des mortels.

« Il y a peut-être 10% de la profession qui est au fait de ces sujets. La majorité n’en a rien à faire et se concentre sur les soins », répond avec une franchise désarmante le professeur Stéphane Oustric, délégué général aux données de santé et au numérique du Conseil national de l’ordre des médecins.

« La plupart des médecins disposent d’une messagerie sécurisée, achètent un logiciel dont l’éditeur se dit certifié ou garanti conforme au RGPD et ne se pose pas de question tant que le programme est sympa et facile d’utilisation. » Stéphane Oustricà franceinfo

« Il y a une certaine impréparation » de la profession, acquiesce Pascal Charbonnel, médecin généraliste anciennement chargé des questions numériques au sein du Collège de la médecine générale. Pour ce spécialiste, « il y a une vraie différence entre la culture du secret médical, bien connu et pratiqué de manière cohérente chez les médecins, et le niveau d’information sur la protection des données » récoltées par les plateformes en ligne.

Afin de rendre plus intelligible son fonctionnement sur ces sujets, Doctolib a publié mercredi 12 février deux chartes de protection des données de santé, signées de la main de Stanislas Niox-Chateau, l’une destinée aux professionnels de santé et l’autre aux patients (PDF).

Vous l’ignorez peut-être mais Doctolib ne stocke pas lui-même les données de santé de ses millions d’utilisateurs.

L’entreprise sous-traite en fait cette activité à plusieurs prestataires – dont la division « Web Services » du géant Amazon – labellisés « hébergeurs de données de santé » (HDS) par des organismes de certifications agréés par les autorités.

« Nous travaillons avec plusieurs dispositifs de sécurité informatique », comme des antivirus, des pare-feu ou des mécanismes de protection contre les attaques par déni de service, détaille auprès de franceinfo Camille Cacheux, directeur général de Coreye, l’un de ces hébergeurs de données de santé, qui travaille avec plus d’une centaine de clients, dont Doctolib.

« Nous utilisons également des clés de chiffrement spécifiques, que nous transmettons à nos clients de telle sorte qu’ils soient les seuls en mesure d’avoir accès aux données de santé. » Coreye indique être également en mesure d’identifier les éventuelles tentatives d’intrusion dans leurs bases de données, et de rétablir l’intégrité des informations stockées en cas d’attaque.

Doctolib, qui revendique le chiffrement « systématique » de toutes les données de santé de ses utilisateurs, assure que seuls les praticiens de santé et les patients sont techniquement en mesure de consulter leur contenu grâce à un système d’identification par adresse e-mail et mot de passe.

A deux exceptions près, précise Stanislas Niox-Chateau à franceinfo : « Quand nous créons le compte Doctolib d’un praticien et que nous y importons la base de données du logiciel qu’il utilisait auparavant, ce que font également tous nos concurrents, et quand un professionnel nous demande des opérations de maintenance ou d’assistance. » Un bouton lui permet alors de donner aux équipes de Doctolib un accès temporaire à ses données, tout en restant sous sa supervision et avec une obligation de confidentialité.

Doctolib pourrait-il décider de vendre vos données de santé ? Non.

Comme l’indique Doctolib dans sa charte récemment publiée, la vente de données personnelles de santé est de toute façon punie par la loi de 5 ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende. Mais l’article L1111-8 du Code de la santé publique qui définit cette infraction précise qu’il n’est interdit de vendre que les données de santé qui peuvent être directement ou indirectement liées à l’identité des patients.

Or, Doctolib est assis sur une montagne de données que l’entreprise pourrait en théorie monnayer au plus offrant, tant que la fameuse ligne rouge de l’identification des patients n’est pas franchie.

L’entreprise de Stanislas Niox-Chateau ne se prive d’ailleurs pas d’utiliser ces données anonymisées pour vanter les mérites de son offre. La plateforme précise d’ailleurs sur son site internet le faire au nom de « l’intérêt légitime de Doctolib à produire des données statistiques anonymisées relatives à [son] impact sur l’activité des professionnels de santé (…) afin de communiquer sur son outil ».

« Je suis sûr que le ministère de la Santé serait prêt à payer fort cher l’accès aux données de Doctolib, pour par exemple l’aider à étudier à la loupe les délais de prise en charge dans les hôpitaux où ce système est installé », estime le docteur Pascal Charbonnel, membre du Collège de la médecine générale.

Un avis partagé par Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, qui juge auprès de franceinfo que les « fichiers de Doctolib valent de l’or«  et qui se dit convaincu que « l’ambition de l’entreprise, dont le fondateur a participé au développement du site de réservation LaFourchette, ne s’arrête pas à la prise de rendez-vous mais vise à dominer tout le secteur de la santé numérique« .

Cette crainte de voir Doctolib vendre des données anonymisées a le don d’agacer Stanislas Niox-Chateau, qui préfère insister sur « l’amélioration de l’accès aux soins » apportée par son application, et répète qu’il est « difficile d’être plus jusqu’au-boutistes » que ses équipes sur les questions éthiques.

« Plusieurs de nos concurrents anonymisent leurs données et les vendent à l’industrie pharmaceutique sans que personne n’y trouve rien à redire ! » s’insurge l’entrepreneur, qui dénonce la « désinformation » et les « procès d’intention » qui viseraient trop souvent son entreprise. Et martèle que le modèle économique de Doctolib restera basé sur l’abonnement versé chaque mois par les praticiens et les établissements de santé.

Valorisé à plus d’un milliard d’euros, leader européen d’un secteur de la santé numérique unanimement considéré comme porteur…

Sur le papier, Doctolib a des arguments solides pour séduire l’un des géants américains de la technologie.

Vos données de santé seraient-elles en péril si la licorne française venait à passer sous pavillon américain ? « Non ! » répondent en chœur tous les spécialistes du sujet interrogés par franceinfo.

« Si Doctolib était racheté par un acteur américain, les mêmes obligations au sens du RGPD pèseront sur lui car le RGPD a un effet extraterritorial : il s’applique à des responsables de traitement établis en dehors de l’Union européenne, mais qui traitent des données concernant des personnes établies dans l’Union », détaille Guillaume Desgens-Pasanau.

Mais l’ancien directeur juridique de la Cnil s’empresse d’apporter une précision : « Si Doctolib n’était qu’un simple sous-traitant des praticiens de santé comme il prétend l’être, il ne serait certainement pas susceptible d’intéresser l’un des Gafam [acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft], car sa vraie valeur réside dans le contenu de sa base de données, et pas le fait qu’il soit un prestataire de prise de rendez-vous !« 

Source: francetvinfo.fr/sante/professions-medicales/enquete-franceinfo-comment-doctolib-se-sert-de-nos-donnees-de-sante_3825805.html

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Complément d’information:

Doctolib vend donc une partie des données « pseudonymisées », sans être hors la loi.

Et pourtant… les IA (intelligence artificielle) peuvent, plus ou moins facilement, faire les liens..

Regardez cette excellent vidéo qui vous l’explique (juste moins de 3 minutes) :

La publication par le site Wikipédia de la série de 10 taches d’encre du test de Rorschach et de leurs interprétations les plus courantes, crée une vive polémique.

Le Rorschach est un test dit projectif dans lequel la personne testée doit interpréter des formes ambiguës.

Alors qu’il fait l’objet de vives critiques, et devrait appartenir à l’histoire, il demeure utilisé par certains psychologues d’approche psychanalytique (ou dynamique/analytique) pour diagnostiquer les troubles mentaux et la personnalité (1) !

Sur Wikipédia, des psychologues se sont enregistrés pour protester contre la publication en argumentant que la connaissance par le public des interprétations les plus courantes des taches diminue la validité de l’instrument en biaisant les réponses des personnes testées.
« Mais le test de Rorschach lui-même n’est pas particulièrement efficace en premier lieu », indiquent Scott O. Lilienfeld et ses collègues dans le numéro d’avril 2005 du Scientific American Mind en rapportant une analyse publiée dans la revue Psychological Science in the Public Interest.
Les auteurs ont analysé l’ensemble des études publiées jusqu’en 2000 sur la fiabilité et la validité du Rorschach, du Thématic Apperception Test (TAT), et de tests où il est demandé à la personne testée de dessiner, le résultat étant interprété par l’évaluateur.

Les trois types de tests analysés ne respectent que très peu, voire pas du tout, les critères de fiabilité et de validité, concluent les auteurs.

« En se basant sur nos résultats, écrivent-ils, nous incitons fortement les psychologues à réduire leur utilisation des techniques projectives et, lorsqu’ils choisissent de les utiliser, de se limiter à coder et interpréter le petit nombre de variables qui ont été révélées valables. »

 

(montrer une fiabilité et une validité pour ces tests est d’autant plus important, commentent les chercheurs, qu’ils sont souvent utilisés pour diagnostiquer la maladie mentale, pour prédire la violence, pour évaluer les capacités parentales et pour discerner si des enfants ont été abusés sexuellement)

Sources:
New York Times: A Rorschach Cheat Sheet on Wikipedia?
Scientific American: What’s Wrong with This Picture?
Wikipedia: Test de Rorschach

psychomedia.qc.ca
(1) Le psychologue code les réactions de la personne testée selon plus de 100 caractéristiques. Il enregistre, par exemples, si elle regarde les taches dans leur ensemble ou se concentre sur des parties seulement, si les images détectées sont inhabituelles ou typiques et quels aspects (tels que les formes ou les couleurs) déterminent la réponse. Il compile ensuite les résultats dans un profil psychologique de la personne. Dans le processus interprétatif, il peut conclure que de se centrer sur des détails mineurs, plutôt que sur l’image entière signale une tendance obsessive et que de voir des choses dans les espaces blancs, plutôt que dans les espaces colorés, révèle un esprit négatif et contradicteur. (Scientific American)

 

« Séparation : les enfants d’abord », une immersion dans les bureaux des juges aux affaires familiales du tribunal de Créteil.

Si courante qu’elle en est devenue banale, la séparation des couples avec enfants n’en reste pas moins une source de turbulences qui, parfois, nécessite le recours à la justice et à la médiation pour maintenir un semblant de lien familial en dépit des conflits.

Le documentaire de Delphine Cinier, présenté dans l’émission « Le Monde en face », s’est focalisé sur des paroles d’enfants recueillies par les juges aux affaires familiales (JAF) du tribunal de Créteil (Val-de-Marne), le premier en France à avoir « sanctuarisé » cette parole grâce à la présence d’un avocat aux côtés des enfants.

La réalisatrice en a suivi cinq (deux fratries de jeunes ados et une petite fille de 3 ans et demi) pendant la période délicate qui a suivi la séparation de leurs parents.

Tous ont le droit d’être entendus par un juge, mais c’est ce dernier qui décide qui peut venir s’exprimer dans son bureau, d’après les éléments qui constituent le dossier.

« L’enfant n’est pas là pour nous dire la vérité », avertit une JAF, « il est là pour nous dire ce qu’il souhaite ».

Iris et Adrien ne souhaitent plus voir leur père. Ils ont écrit un courrier à la juge, qui pourtant choisira de ne pas les recevoir, car elle estime qu’ils sont manipulés par leur mère. Ninon et Louis ne veulent plus voir leur père non plus. Trop de violence, d’insultes. Ils sont reçus. Les mots durs, impensables de la part d’un père contre ses propres enfants, résonnent dans le bureau de la juge.

Les parents seront entendus, eux aussi, pour démêler ce qui relève de leur couple de ce qui relève de leurs enfants.

Plus délicat est le cas de la petite Lila, 3 ans et demi, dont la maman a été frappée par son ex-conjoint, qui a désormais interdiction de l’approcher. Celui-ci ne voit sa fille qu’en présence d’une médiatrice familiale, dans un lieu tiers. Là encore, la justice soupçonne la mère de manipuler l’enfant. Une enquêtrice sociale estime de son côté le père apte à s’occuper de Lila car, justifie-t-elle, « il a une nouvelle épouse et un autre enfant… ».

Filmée avec sobriété et délicatesse, cette immersion met en lumière le travail important, même s’il est imparfait, de ces professionnels qui œuvrent pour le maintien – « mais pas à n’importe quel prix » – des liens entre parents et enfants.

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FRANCE 5 – MARDI 25 FÉVRIER À 20 H 50

« Le Monde en face. Séparation : les enfants d’abord », réalisé par Delphine Cinier (Fr., 2019, 70 min). Suivi, à 22 heures, d’un débat animé par Marina Carrère d’Encausse.

 

Le test de Rorschach (le fameux test des taches d’encre), du nom de son créateur Hermann Rorschach (1884 – 1922), est un test psychologique développé par le psychiatre et psychanalyste Hermann Rorschach en 1921.

Il consiste en une série de 10 « planches« , qui sont des images représentant des taches symétriques abstraites (1).

La personne qui passe le test doit indiquer ce qu’elle y voit.

Ce test, utilisé dans le cadre d’une approche psychanalytique ou dite psychodynamique, est considéré sans aucune valeur par les approches scientifiques de la psychologie.

(1)consultez-les là: https://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_Rorschach

Violences sexuelles dans l’armée : ouverture d’une enquête interne

C’est une décision historique.

Et une lueur d’espoir pour les dizaines de femmes militaires qui ont été victimes de violences sexuelles au sein de l’armée.

Elles sont peut-être même des centaines. Mais comment le savoir ? Aucun chiffre n’existe en France sur le sujet.

Cela pourrait bientôt changer, car le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé ce jeudi qu’il avait demandé l’ouverture d’une enquête interne, la première de ce genre en France.

Cette annonce fait directement écho à la sortie en librairie, ce jeudi, d’un ouvrage intitulé «La Guerre invisible» (éditions Les Arènes et Causette).

Dans ce livre, les deux journalistes Julia Pascual et Leila Milano, qui ont enquêté pendant deux ans, ont récolté les témoignages d’une quarantaine de «féminines» (le terme désignant communément les femmes dans l’armée) ayant subi des violences sexuelles.

Un tabou que la Grande Muette, composée de 15% de femmes, n’a encore jamais osé lever.

Très souvent, ces victimes n’osent pas porter plainte, dissuadées par leurs supérieurs (masculins) qui leur rétorquent qu’un tel acte mettrait leur carrière en péril ou que ces violences sont dans l’ordre des choses, dans le huis clos de l’armée, où les femmes ne sont souvent que trois ou quatre pour plus de cent hommes.

Si certaines obtiennent une condamnation au pénal, celle-ci se traduit rarement par une révocation de leurs agresseurs au sein de l’armée.

Ces derniers peuvent ainsi allègrement rester à leur poste, tandis que, la plupart du temps, les victimes, elles, sont mutées, loin de leur bourreau, le temps que l’affaire se tasse et ne devienne plus qu’un mauvais souvenir. Dans d’autres cas, elles se font oublier d’elles-mêmes en partant en congé maladie pour cause de dépression…

L’enquête interne du ministère de la Défense «visera en particulier à présenter et commenter les suites professionnelles, disciplinaires et judiciaires données notamment aux cas évoqués (NDLR : dans le livre), tant du côté des agresseurs présumés que des victimes», a indiqué Jean-Yves Le Drian dans une lettre adressée à l’Inspection générale des armées et au Contrôleur général des armées.

Les services concernés devront rendre leurs conclusions d’ici fin mars. Ils devront formuler des recommandations censées constituer «un plan d’action vigoureux» pour combattre de tels agissements.

La mise en place d’une organisation simple et efficace «pour améliorer la remontée d’informations complètes sur ces sujets et en assurer un suivi fiable» devra également être étudiée, en s’inspirant de ce qui se fait dans d’autres ministères.

«On se réjouit que les choses puissent bouger», a réagi Julia Pascual, l’une des auteures de «La Guerre invisible», interrogée par LeParisien.fr.

Cette journaliste de Causette a tout de même un doute sur l’efficacité d’une telle enquête, estimant qu’ «il aurait été plus fort de commander un rapport à une commission d’enquête parlementaire».

«Cela aurait été un gage de transparence», a-t-elle ajouté.

C’est ce qui s’est passé l’an dernier aux Etats-Unis, où les violences sexuelles dans l’armée sont un véritable fléau (encore 5 415 cas recensés en 2013) .

Le Congrès a en effet été chargé en 2013 d’enquêter sur les cas de violences sexuelles dans l’US. Army et sur la façon dont elles étaient traitées par la justice militaire.

Cela avait donné lieu, en décembre, à une loi ôtant à tout commandant le droit de contourner une condamnation prononcée par une cour militaire (c’était souvent le cas). Le texte prévoit également de faire passer au civil toute plainte qu’un commandant aurait refusé de traiter.

En outre, tout militaire ayant été reconnu coupable d’agression sexuelle doit désormais être révoqué ou, au moins, sanctionné.

En France, il n’existe aucun recensement de victimes de violences sexuelles tel qu’il en existe aux Etats-Unis depuis une dizaine d’années déjà. Par ailleurs, «cela fait des années que des parlementaires dénoncent l’absence de la notion de harcèlement sexuel dans le code de l’armée», commente Julia Pascual.

Dans le civil, le harcèlement sexuel est passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.

Dans l’armée, un officier peut décider de qualifier un harcèlement sexuel de simple «comportement inadapté» et de se contenter de condamner l’agresseur à dix jours d’arrêt.

Soit la même sanction qu’un matelot reconnu coupable de n’avoir pas ciré ses chaussures…*

* Ces faits sont rapportés dans «La Guerre invisible», p.140, dans le chapitre «Le cas Isabelle D.». Isabelle D., secrétaire de 25 ans au centre d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA) de Metz, harcelée par son supérieur hiérarchique. Sa plainte n’aboutit pas et elle se voit mutée au Centre de commandement de la Marine nationale, à 333 kilomètres de chez elle, tandis que son agresseur est maintenu à son poste avant d’être simplement mis au placard.

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Quelle tragédie !

Un enfant de 4 ans meurt après que des anti-vaccins ont conseillé sa mère.

Quelle tragédie !

Un enfant de quatre ans a perdu la vie cette semaine dans le Colorado.

Quelques jours auparavant, sa mère a suivi les conseils des membres d’un groupe Facebook anti-vaccins et a décidé de ne pas lui donner le Tamiflu que lui avait prescrit un médecin.

L’affaire fait grand bruit aux États-Unis.

Sur «Arrêter la vaccination obligatoire» («Stop Mandatory Vaccination»), l’un des plus grands groupes connus de désinformation sur la santé, avec plus de 139.000 membres, des internautes ont sollicité des conseils sur la façon de faire face à la grippe.

Les membres du groupe ont auparavant répandu des théories du complot, selon lesquelles les épidémies de maladies évitables sont des «canulars» perpétrés par le gouvernement. Ils ont contacté en masse les parents dont les enfants sont décédés, suggérant, sans preuves, que les vaccins pourraient être à blâmer.

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La mère d’un garçon du Colorado âgé de 4 ans, décédé de la grippe cette semaine, avait contacté l’un de ces groupes, en précisant qu’elle avait refusé de suivre la prescription de son médecin.

L’enfant n’avait pas encore été diagnostiqué, mais il avait de la fièvre, a écrit la mère. Elle a ajouté que deux de ses quatre enfants avaient reçu un diagnostic de grippe et que le médecin avait prescrit l’antiviral Tamiflu à tous les membres du ménage. «Le doc a prescrit du Tamiflu, je ne l’ai pas pris», a-t-elle écrit.

Le Tamiflu est le médicament antiviral le plus couramment prescrit pour traiter la grippe.

Il peut atténuer les symptômes et raccourcir la durée de la maladie, mais les inquiétudes concernant ses effets secondaires sont courantes, même en dehors des groupes anti-vaccination. La grippe a particulièrement touché les enfants cette saison. Les taux d’hospitalisation pédiatrique sont plus élevés que la normale et 68 enfants sont décédés, selon les centres de contrôle et de prévention des maladies aux Etats-Unis.

Les articles indiquent comment les groupes Facebook dédiés à la désinformation sur la santé tels que les vaccinations peuvent également être utilisés pour solliciter et partager des conseils médicaux potentiellement dangereux. Une étude de l’American Academy of Family Physicians (Académie américaine des médecins de famille) a révélé que 59% des parents ont déclaré que leur enfant avait raté le vaccin contre la grippe au moins une fois en raison de «désinformation ou de malentendu».

Aucun des 45 commentaires sous le post Facebook de la mère ne suggérait des soins médicaux. L’enfant a finalement été hospitalisé et est décédé quatre jours plus tard, selon une collecte GoFundMe lancée en son nom par sa famille.

La mère a également écrit que les «remèdes naturels» avec lesquels elle traitait ses quatre enfants – y compris l’huile essentielle de menthe poivrée, la vitamine C et la lavande – ne fonctionnaient pas, et a demandé au groupe plus de conseils. Elle a alors reçu des conseils sur le lait maternel, le thym et le sureau, dont aucun n’est un traitement médicalement recommandé pour la grippe.

«Parfait, je vais essayer ça», a-t-elle répondu sur le groupe.

Ses messages les plus récents ont désormais été supprimés de «Stop Mandatory Vaccination», mais dans d’autres remontant à 2017, elle a déclaré qu’elle n’avait pas vacciné ses enfants contre la grippe.

Un porte-parole de Facebook a déclaré dans un communiqué : «C’est une tragédie et nos pensées vont à sa famille et à ses proches. Nous ne voulons pas de désinformation sur les vaccins sur Facebook, c’est pourquoi nous travaillons dur pour la réduire partout sur la plate-forme, y compris dans les groupes privés».

Au cours de l’année dernière – au milieu des inquiétudes nationales concernant l’hésitation à l’égard des vaccins et la pire épidémie de rougeole depuis des décennies – Facebook a pris des mesures pour limiter le volume et la portée des groupes qui diffusent du contenu anti-vaccin.

À la suite de décisions similaires prises par Pinterest et YouTube, Facebook a annoncé en mars qu’il limiterait la portée du contenu anti-vaccination. Il a ajouté qu’il ne diffuserait plus de groupes et de pages anti-vaccination dans les résultats de recherche et la barre de recommandations, et n’autoriserait plus les utilisateurs et les groupes à diffuser de fausses informations sur les vaccins pour placer des annonces ou organiser des collectes de fonds. En septembre, Facebook a déployé des avertissements pour les utilisateurs à la recherche de contenu lié aux vaccins.

Mais Facebook a cessé d’interdire les groupes anti-vaccin eux-mêmes, citant la position délicate d’être érigé en arbitre de la vérité.

«Les groupes Facebook sont un foyer de désinformation», a déclaré Kolina Koltai, chercheuse à l’Université du Texas à Austin, qui étudie le comportement des médias sociaux et du mouvement anti-vaccination depuis 2015.

Kolina Koltai a déclaré avoir vu des publications similaires, dans lesquelles des femmes ont signalé que leurs enfants étaient atteints de rougeole ou de cancer et ont reçu des conseils médicalement douteux.

«Ces communautés sont devenues un refuge pour les parents et les femmes, pour se connecter avec les autres et demander de l’aide», a déclaré Koltai.

Lorsque ces groupes recommandent des conseils potentiellement dangereux sur le plan médical, cela peut avoir des conséquences très graves, explique la spécialiste.

 

Sources: nypost.com, Dr. Joseph Mercola (anti-vaccin), etc

 

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